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Johnny Hallyday revisité (1943-2017)

le jeudi 11 janvier 2018, à 18:58. Posté par Michel Ernest


    Il y a le mont Saint-Michel
    La basilique à Saint-Denis
    Le pont du Gard, la tour Eiffel
    Et il y a aussi Johnny

    Car cet artiste est un emblème
    Un véritable monument
    Et la France profonde l'aime
    Comme on aime un proche parent

    Johnny s'appelle Jean-Philippe
    D'un père Belge, il naît en France
    Et selon la loi, en principe
    Il reste Belge en son enfance

    Son père et sa mère divorcent
    Et bien que ses parents lui manquent
    Avec ses cousins, il s'efforce
    D'être un honnête saltimbanque

    À seize ans, jeune guitariste
    Fan d'Elvis et Fats Domino
    Lors, au Golf Drouot il assiste
    Au spectacle de ses héros

    Un an plus tard sous le surnom
    De Johnny Hallyday, il sort
    Son tout premier microsillon
    Un rock'n'roll en trois accords

    Avec son déhanché sexy
    Son regard d'acier, ses gros bras
    Quand il chante, c'est l'hystérie
    Et les coups pleuvent quelquefois

    Un imprésario le remarque
    Et lui fait signer un contrat
    L'homme s'appelle Johnny Stark
    Il lui décroche l'Olympia

    Il chante avec "Les Parisiennes"
    Son grand succès : "Retiens la nuit"
    Mais c'est avec "Let's twist again"
    Qu'il goûte enfin au paradis

    À vingt ans il est déjà mûr
    Pour écrire ses mélodies
    Il va crier tout son "amuuur"
    À sa kyrielle de groupies

    Johnny, bien qu'idole des jeunes
    Fait son service militaire
    Et durant un an, pour le fun
    Il fait pleurer dans les chaumières

    À peine quitté la caserne
    Il chante "Le pénitencier"
    Puis met son célibat en berne
    Pour Sylvie Vartan épouser

    Peu après que soit né David
    Son union semble moribonde
    Aussi Johnny pense au suicide
    Dans l'indifférence du monde

    Les beatniks et puis les hippies
    Lui ont chapardé la vedette
    Alors il chante Jésus-Christ
    En mil neuf cent soixante-sept

    À vingt-six ans, il compte alors
    Déjà dix années de carrière
    Et c'est dans le Palais des Sports
    Qu'il fête cet anniversaire

    C'est là qu'il chante "Que je t'aime"
    Pour la toute première fois
    Et son excellent "Requiem
    Pour un fou" qui fait un tabac

    "Toute la musique que j'aime
    Elle vient de là elle vient du blues"
    Ainsi que "J'ai un problème"
    Qu'il chante avec sa tendre épouse

    Sont chaque fois des disques d'or
    Quand ils ne sont pas de platine
    Et plein aux as il crie alors :
    "Salut les copains" et copines

    Il s'en va à San Francisco
    En famille et à toute force
    Cinq ans après c'est le fiasco
    L'idole et sa femme divorcent

    Johnny qui reste un Dieu vivant
    Se retrouve maintenant seul
    Et cabossé par tous les vents
    Il sort un nouveau hit : "Ma gueule"

    L'artiste est au creux de la vague
    Quand il croise Nathalie Baye
    Qui lui fait quitter ses "Santiag"
    Et met sa caisse à la ferraille

    Elle lui présente Godard
    Qui lui fait tourner "Détective"
    Puis, trouvant ses chansons trop noires
    Veut qu'un ami les lui écrive

    Cet ami c'est Michel Berger
    Qui magnifie la solitude
    De ce "Chanteur abandonné"
    Par la "rock'n'roll attitude"

    Puis le grand Goldman lui compose
    Entre un bon pop et un country
    Quelque chanson à l'eau de rose
    Où la voix de Johnny s'épanouit

    Il collabore avec son fils
    Part en tournée avec Eddy
    Ouvre l'année quatre-vingt-dix
    Avec la chaleur de Bercy

    Malgré des Guignols qui se moquent
    De lui et sa "Boîte à coucou"
    Johnny reste de son époque
    Et contre le sort tient le coup

    En mil neuf cent quatre-vingt-treize
    Il fête ses cinquante automnes
    Au Parc des Princes c'est à l'aise
    Que dans la foule il s'abandonne

    Et puis c'est au Stade de France
    Qu'il tente d'"Allumer le feu"
    Enfin ce jour là, pas de chance
    Car sur la Capitale, il pleut

    Mais la chanson cartonne vite
    Ainsi que l'album "Sang pour sang"
    Que son fiston lui a écrite
    Est presque disque de diamant

    Ce qui l'amène encore au Parc
    Pour ses soixantièmes bougies
    Où parmi ses duos on remarque
    Les grands artistes d'aujourd'hui

    Il tourne le film "Jean-Philippe"
    Avec Fabrice Lucchini
    C'est l'histoire d'un pauvre type
    Qui n'a jamais été Johnny

    En deux mil huit l'idole annonce
    Qu'elle arrêtera dans deux ans
    D'ailleurs un gros coup de semonce
    Du crabe lui glace le sang

    À soixante-sept ans, notre homme
    Alimente les faits divers
    Entre son tout nouvel album
    Son changement de manager

    Son exil à Los Angeles
    Son procès contre son docteur
    Le pauvre Johnny n'a de cesse
    Qu'on éteigne les projecteurs

    À la fin de l'an deux mil douze
    Le rocker casse la baraque
    Moitié ballade, moitié blues
    Son dernier hit sort dans les bacs

    Enfin Johnny, Eddy et Jacques
    Sous le nom "Les vieilles canailles"
    Viennent faire leur come-back
    Sans que l'idole ne défaille

    L'ultime et cinquantième album
    De Johnny sort l'année suivante
    Il se hisse sur le podium
    En première place des ventes

    Atteint d'un cancer du poumon
    Courageusement il se bat
    Avec Eddy, avec Dutronc
    Sur scène il retourne au combat

    Epuisé, il garde la chambre
    Et décède près de Versailles
    Dans la soirée du cinq décembre...
    Géantes sont ses funérailles

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