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Du temps de ma génération
Quand Charlot on voulait mimer
Dans la cour de récréation
On marchait en accéléré
C'est que les films des années vingt
Se tournaient à la manivelle
Mais vu qu'on y a mis des freins
Charlot est bien trop naturel
En mil huit cent quatre-vingt-neuf
L'Exposition universelle
Se construit depuis le Pont-Neuf
Jusqu'au pied de la tour Eiffel
C'est l'année où à Londres naît
Charles Spencer, alias Charlie
Le plus Helvète des Anglais
Le plus Américain, aussi
Ses parents font du music-hall
Et il est balloté sans fin
Pour eux, la vie n'est pas très drôle
Les laissant souvent sur leur faim
Bien vite les époux divorcent
Et en asile psychiatrique
On jette la mère de force
Le père mourant alcoolique
Recueilli par des gens honnêtes
On le retrouve vers dix ans
En train de danser les claquettes
Au sein d'une troupe d'enfants
Dans une troupe de théâtre
On l'embauche comme portier
Et plus les tournées vont s'accroître
Et plus on va le remarquer
Puis il intègre une autre troupe
Où chacun a son auditoire
Charlie incarne dans le groupe
Celui qui imite les stars
Bientôt Fred Karno le remarque
Et dans sa troupe l'incorpore
Lors, pour l'Amérique il embarque
Et là-bas il séduit encore
Quand un grand producteur l'engage
Pour tourner avec Mack Sennett
Quelques courts et moyens métrages
Charlie devient une vedette
Affublé d'une redingote
D'un melon, d'un grand pantalon
L'œil noir et la mine pâlotte
Le genre bourgeois vagabond
Charlie se crée un personnage
Galant, joli-cœur et ballot
Que les Français de tous les âges
Appellent gentiment Charlot
Chaplin va avoir la trentaine
Quand il épouse pour un an
Une jolie américaine
Qui ne lui donne pas d'enfant
Après "Charlot fait une cure"
"Charlot soldat" et "L'Emigrant"
Il joue un rôle sur mesure
Dans "Le Kid" où il est enfant
Tandis qu'il tourne son chef-d'œuvre
Intitulé "La ruée vers l'or"
Se trouve enceinte de ses œuvres
Une femme mineure encore
Les parents de la jeune fille
Menacent de le dénoncer
Pour éviter qu'on l'embastille
Charlie consent à se marier
Mais l'union ne fait pas la force
Chacun fait sa tête de lard
Aussi Charlie paie le divorce
Plus de cinq-cent-mille dollars
Peu après, notre pauvre Charles
Devant sa caméra déprime
Car hélas le cinéma parle
Tuant l'art de la pantomime
Lors il tourne dans l'ancien style
Quelques films aux nobles messages
Dont "Les lumières de la ville"
Où la musique est le langage
Pour la troisième fois [sur quatre]
Charlie passe la bague au doigt
À une actrice de théâtre
Qu'il embauche comme il se doit
Elle joue dans "Les temps modernes"
Et aussi dans "Le dictateur"
Mais foin des prix qu'on lui décerne
Elle s'en va tourner ailleurs
Le seize juin quarante-trois
Alors que la guerre fait rage
Pour une quatrième fois
Charlie s'abandonne au mariage
Un an plus tard naît Géraldine
Qui est sa quatrième enfant
[D'ailleurs le couple O'Neill-Chaplin
En aura sur près de vingt ans]
Vient le temps de la guerre froide
De la période maccarthyste
Où le F.B.I. se persuade
Que Chaplin est un communiste
L'artiste avec beaucoup de trempe
Résiste à l'odieuse cabale
Puis avec "Les feux de la rampe"
Il retourne au pays natal
Les Américains l'avertissent
Qu'à son retour point de sésame
Alors Charlie se fixe en Suisse
Plutôt qu'affronter l'oncle Sam
Après une absence bien longue
Il tourne deux films en dix ans
Dont "La comtesse de Hong-Kong"
Puis il disparaît des écrans
À l'hiver soixante-dix-sept
Il s'éteint comme une bougie
La nuit même ou à Nazareth
Le messie venait à la vie
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