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Eloge du pire et du meilleur (Patrice)

le dimanche 11 février 2018, à 18:58. Posté par COLLECTIF (auteur : Patrice)







    J’aime le christianisme et ses valeurs, la compassion, le pacifisme, le pardon et sa fille émotive et fragile la philanthropie, j’aime tous les christianismes et toutes leurs pratiques, ostentatoires ou discrètes, austères ou joyeuses, à genoux ou debout, adoratrices d’images ou iconoclastes: J’aime les réformistes, les contre réformistes, les descendants du grand schisme, les cathares, les bougoumiles, les témoins de Jéhovah et les autres; toutes les manières de croire, du mysticisme à la quête de vérité par l’étude des textes, qu’elle soit étroite interprétation ou lecture entre les lignes; toutes les religions, d'amour, de haine, comme celles dont la réalité de la haine trahit l’abstraction de l’Homme qu’elles aiment, image bien trop distante du réel, ce porc vautré d'Homme réel.
    J’aime tous les chrétiens ainsi que tous les croyants de toutes les confessions: Les musulmans, les bouddhistes ou les taoïstes - car j’aime le Dieu énergie autant que l’anthropomorphe. J’aime même et surtout les plus extrémistes d‘entre eux, ces malades psychiatriques: Celui qui voit en sa chair et ses frémissements l'expression du Malin et, dans le secret de la nuit, prend douleur pour expiation; le soufi dont la vie est prière se retirant du monde pour ne plus connaître qu'Allah, de même que le moine, son frère, ayant choisi le silence et la désincarnation; j’aime le boddhisattva sans savon pour laisser vivre ses poux, comme le curé dégoûté lapidant deux chiens en pleine fornication; le prêtre qui, à force d’interdits, à force d’abstinence, fait tendre ses fantasmes vers le plus répugnant et, à bout de frustrations, s'éprend un peu trop des enfants; j'aime également les femmes qui se voilent, les femmes fantômes mais aussi tous ceux qui les fustigent, les fidèles raisonnables, les féministes, les républicains, les athées et les croyants aspirant à l'excommunication de Dieu qui écrivent, clament ou chantent la mort de tous les maîtres; car, si j’aime la soumission à un être suprême ou la tentative de se rapprocher de Lui, mon coeur bat aussi fort pour les anarchistes et le premier d‘entre eux Lucifer, l'individualisme, le refus du pouvoir qu’on subit comme de celui dont on use; si j'aime les mystiques dont la foi est le chemin les menant au surhumain et qui, leur desserrant les poings, les ouvre à l’altérité, je suis autant épris de tous leurs détracteurs n'y voyant qu’oppression, obstacle au bonheur car contrat contre nature ou vulgaire assurance vie. Et j’aime cette vulgaire assurance vie, le pari pascalien et les contrats contre nature, l'amour courtois, la quête d'une vie dématérialisée et supérieure dans le rejet du corps, sur terre ou dans la tombe, de même que j'aime les hédonistes, les voluptueux et les adeptes de l‘ici et maintenant.
    j'aime Jésus comme ceux qui l’ont cloué, les valeurs chrétiennes autant que les aspirations rimbaldiennes, le fascisme ou la nostalgie des paganismes; le national socialisme d'élite épris d’antichristianisme oublié derrière la chape du plus monstrueux, sa quête romantique d'anciens dieux dans le corps calciné des sorcières médiévales, voire j'aime le plus monstrueux, l’eugénisme, la quête de pureté - et les scientifiques ayant mis à jour son absurdité - et l’encore plus monstrueux, la négation du droit d’appartenir à l’humanité et l'industrialisation glaciale de l'assassinat, quelque part dans les plaines mornes de Pologne. Et j'aime le peuple juif, ainsi que tous les opprimés de toutes les époques, au moins autant que leurs oppresseurs; j'aime aussi les justes, les résistants, les combattants au nom de la liberté, de la culture ou du territoire, et les cibles de leurs luttes; les poseurs de bombe par humanisme, idéologie ou foi, comme les détracteurs de la violence au nom de l’amour, de la vérité ou d’une injonction divine; j'aime les ponts qui sautent, les détournements d’avions et les tours qui s'effondrent, Babylone envahie, les voitures qui explosent et le monde qui crie non et veut fraterniser: J’aime les guerres, chaudes ou froides, comme les traités de paix; j’aime l’absurdité des tranchées et le mouvement dada.
    J'aime tous les paganismes, germanique, égyptien, grec ou romain; j’aime Antonin Artaud et les Aztèques, la cruauté portée en droit inaliénable - car j'aime la cruauté autant que la bonté - comme les porteurs de crucifix qui les ont exterminés; j'aime l'émergence des civilisations, leur apogée et leur domination, leur déclin et leur disparition: J’aime toutes les ascensions et toutes les chutes, toutes les naissances ainsi que toutes les morts, donnant d’autres naissances.
    J'aime le sacré, le blasphème, les pudibonds et les pornographes; les habitués des maisons closes et les utopistes amoureux de l’amour unique dans le mariage irrévocable; j’aime les vertueux et les vicieux, pécheurs aux lendemains coupables ou trouvant en leur débauche un sens ésotérique à leur vie; j’aime les gens sains, les drogués à l’éden infernal et les autodestructeurs, les drogués de vie saine à la vertu vicieuse; j’aime les transgressions des poètes maudits et leurs condamnations pour mauvaises moeurs; les ministères de la morale et les barricades; les pro life et les défenseurs du suicide, vie intangible contre honneur du seppuku; j'aime les avocats des injections létales et leurs procureurs opiniâtres, l’intransigeance et la magnanimité, la responsabilisation et la victimisation; J’aime les libéraux et leur foi inexpugnable en l’individu comme le communisme et l’état Dieu pour berger d‘un troupeau d‘inconscients, le voeu de liberté sans restriction et sa conception dans les lois; j'aime les utopies, toutes les idéologies et leur réalisation: j'aime Thomas More, Karl Marx, Lénine, Trotski et Staline, ainsi que tous leurs pourfendeurs; j'aime les révolutionnaires usant des armes pour araser la table, de son passé et de ses Hommes, et qui pavent l'enfer de leurs bonnes intentions, je les aime d’un amour aussi fort que celui que je porte à ceux qui les combattent et croient au progrès. J’aime la fin des idéologies: Et si la construction du mur de la honte est un chef d’oeuvre, sa destruction l’est autant, car sur ses ruines est né, fleur d’espoir, le nouvel âge d‘or berlinois.
    J’aime la philosophie et les philosophes, les débrouilleurs de concepts comme les guides proposant un chemin de vie: Les optimistes, les pessimistes, les nihilistes, les mystiques, les platoniciens et les matérialistes, le respect du ciel plein comme l’aspiration à le vider. J'aime l'Art et les artistes, tous les Arts, tous les artistes, qu’ils soient du monde ou de la solitude, de la tristesse ou de la joie, de la pudeur ou de l'impudeur; qu’ils soient du voyage ou de l‘immobilité, du réel ou du fantasmagorique, de la figuration ou de l’abstraction; j’aime le classicisme autant que les romantiques le critiquant, les diatribes baudelairiennes ainsi que les valeurs régissant la peinture d'Ingres: Lignes pures et imitation de la nature contre flou et déformations de l’imagination; j'aime les artistes traditionalistes et les avant-gardistes, les représentants de la musique tonale autant que les inventeurs de l‘atonalité; j’aime les critiques et les créateurs conservateurs, les passéistes, les porteurs et les épris de modernité; les fauvistes, les impressionnistes, leurs défenseurs et ceux qui, par mépris et ironie, leur ont trouvé leur nom; j’aime Margaret Thatcher et les punks, les punks et les skinheads; certains poèmes de Léo Ferré, sa blessure et tous ceux qui l’ont blessé; j'aime tous les peintres russes du siècle passé qui, las des images pieuses obligatoires, choisirent l'exil, de même que les responsables de leur fuite; les errances désargentées, mystiques et alcooliques de Jack Kerouac, entre béatitude et enfer, comme l’Amérique inégalitaire où il a tracé sa route; J’aime Georges Orwell et l’armée du Salut, les hippies et Lyndon Johnson; et j’aime la course supposée entre Matisse et Picasso, Gauguin contre Van Gogh, la course aux armements et la conquête de l‘espace; J'aime les gens de l’ordre et de raison autant qu’Alfred Jarry, son appartement pour nains et son flingue intempestif; j’aime Knut Hamsun, écrivain norvégien, Hamsun éreintant Maupassant et tentant de lui donner, par un nouveau roman, une leçon de naturalisme; et Dieu sait à quel point j'aime Maupassant.
    j'aime donc toutes les destinées, individuelles et collectives, le chaos de la psyché et de l'humanité, de son Histoire et de son actualité, chaos sans doute né des entrailles d’un dieu malade de trop d‘excès: Toutes les luttes mêlées, nationales, individuelles ou artistiques, tous les djihads, introspectifs ou missionnaires, tous les courants et tous les extrémismes qui sont chacun muse des autres, géniteur et progéniture, ne cessent de se nourrir en se complétant ou s’opposant, et dissimulent sous leurs différences des motivations communes, j’aime toutes les tentatives de s'extraire des lois supposées de la nature et les quêtes de sens - ainsi que celles ayant pour sens le plus grand respect des lois de la nature - quels que soient leurs effets: Élévation, progrès, Art, violence, guerre, destruction, oppression ou frustration; j'aime donc tout ce qui fait défaut aux animaux, le pire comme le meilleur, le louable comme le détestable, l’honorable comme le honteux, tout étant en relation, indissociable comme les cellules d’un être vivant, uni par d'innombrables, d’inextricables et d‘invincibles liens: En un mot,
    dans sa totale entièreté,
    j'aime
    L’HOMME



    Patrice
    http://www.mespoemes.net/patrice









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commentaire ( 1 ) (Ajouter un commentaire)
rivaudais le dimanche 11 février 2018, à 20:48
Et bien moi j'aime bien Patrice et son humour parfois caustique (c'est d'ailleurs en caustique qu'il est le meilleur) et j'apprécie particulièrement celui-ci qu'il faut lire et relire pour en tirer toute sa saveur. Ce texte en plus de son humour particulier (à prendre au deuxième ou troisième degré) a beaucoup de force et donne à réfléchir. Merci Patrice. Et merci au Collectif qui nous permet de découvrir ces lignes à méditer

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