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Il était une fois dans un pays dont on avait oublié l’endroit..., un jour encore plus sombre qu’à l’accoutumée, pesant comme l’angoisse d’un mauvais souvenir, l’empreinte d’une faute tatouée, tapie dans les ventres, mauvaise mère.
Tandis que le jour clignait ce matin d’un rai de lumière pâle à l’horizon, ici et là on vaquait sans entrain, et chacun s’affranchissait de tout et du reste simplement pour s’en débarrasser, s’en dé-farder.
Depuis longtemps les préaux d’écoles ne résonnaient plus des cris de leurs marmailles en guerre, et les murs de classe s’effritaient de sourdines sans éclats.
Capitaines au long cours d’une coque sans voile, les maîtres dispensaient magistralement leur savoir à un même élève dupliqué au quantum de pupitres disponibles.
Le monde semblait retenir son souffle et tous y contribuaient.
Naturellement et sans y prêter attention, l’ Homme mutait. Peut-être souffrait-il d’avoir un temps mené une course dont il craignît qu’elle ne le menât à sa perte ? Alors sage et prudent, il se contraignait maintenant à retenir son précieux souffle, en veillant à n’aspirer à rien, afin de ne rien perdre en expirant.
Alimentée de tant d’eaux grasses, notre mer d’huile ne frissonnait d’aucun zéphyr ou grain écumant.
Pourtant, ...
Dans cette salle d’accouchement où l’on attendait sans impatience la première plainte de ce petit Être déjà essoufflé, ce fut une voix de ténor qui jura tonitruante :
« Où t’as mis les clef !!!! »
La surprise passée tous se redressèrent autour du bébé soulagé. On eût dit l’éclosion brutale d’une mêlée surprise d’avoir perdu son ballon.
Toute à sa douleur, la maman ne prit conscience que bien plus tard qu’au lieu d’un pleur en bonne et due forme, la chair de sa chair s’était exclamée :
« Où t’as mis les clef !!!! »
Interloqué, le père réprima d’un geste maladroit sa quête idiote et improbable d’une quelconque clef perdue au fond de ses poches, pour aller agrandir de l’ovale de sa bouche bée, le OH ! d’étonnement du groupe rassemblé.
Responsable et bien élevé, le seul homme de science présent au chevet tenta quelques mots d’apaisement et se surprit à baragouiner.
« Mirouf Ab’el Kaïb, Salaam.. »
L’effroi transforma alors son visage souriant en grimace apeurée. Sa moue tordue portait en son arc la surprise, l’horreur, l’incompréhension et l’inquiétude de s’être entendu prononcer des paroles qui ne lui appartenaient pas, et dans une langue qu’il considérait personnellement comme barbare.
Malheureusement ce phénomène de détournement vocal ne fut pas en ce jour sombre, un cas isolé.
En effet d’Est en Ouest et du Nord au Sud on rapportait, pour qui pouvait encore l’exprimer, nombreux témoignages inquiets de qui s’était entendu prêter ses voies à d’autres voix.
On cria, ou plutôt tenta de crier ‘Au scandale !!!’ à la narration de l’histoire navrante de ces amants espagnols incapables de s’avouer leur passion dans une autre langue que l’Inuit. On connaît le triste effet d’une sensation glacée sur le fonctionnement masculin pour s’imaginer les efforts de madame à devoir continuer d’oeuvrer lèvres gercées. Le chaud soufflait le froid.
Il convient également de citer ce chef de parti politique devenu fou de s’être époumoné à vociférer un « OUI », qui hors de ses cordes était compté « NIET ».
Le constat était terrible et l’affliction juste et généreuse, le monde souffrait d’un mal ignorant des races, couleurs, rangs et castes.
Pauvres et riches livraient côte à côte un même combat « Se faire comprendre ». Et cependant que « Se comprendre » pouvait encore être évité, l’état de guerre mondiale fut décrété.
Mais qui était l’ennemi ?
De symposiums en capharnaüms, de vaines et incompréhensibles palabres se tinrent tout autour de la planète avant que l’on ne s’aperçoive qu’un homme, un seul homme semblait épargné par le fléau.
Oublié de tous et dans l’indifférence totale, ce cosmonaute que nous nommerons GZU (alias codé de confidentialité ), entamait sa sept millième circonvolution orbitale, lorsqu’un savant savant plus éclairé qu’allumé, remarqua sur le grand écran de la salle opérationnelle du centre de recherche de ce qui reste à prouver de FOUZY les RIDELLES, que le mouvement des lèvres de GZU collait parfaitement à son discours, ou plutôt à sa plainte ;
« Suis cloué là haut, j’veux rentrer, j’ai faim !!! ».
Presque rapidement les plus grands météorologues rassemblés entr’um et en consortium, quittèrent leur château de cartes pour affirmer au monde et à sa proche banlieue qu’ils connaissaient l’origine du Mal.
Un courant d’air, un tourbillon, peut-être un grain, ou plus simplement un vent, (on ne savait pas trop comment qualifier le phénomène) issu du ‘FINFON’ (terme scientifique indiquant un lieu trop éloigné et désert pour y passer d’agréables vacances) de notre galaxie, avait pénétré Ozone en nos cancers, juste sous les tropiques, et s’était emparé des mots sans sens de chacun.
Ainsi nos paroles de convenance, joutes verbales, conversations de bar et autres boniments qui constituaient alors l’essentiel de nos échanges verbaux, tournoyaient maintenant tout autour de nous dans une joyeuse farandole orchestrée par un mystérieux soulèvement séditieux, puis se répandaient sans conscience sur les peuples ignares du sens des mots que nous sommes.
On avait perdu le sens des mots.
L’on fit bâtir d’énormes ventilateurs et encore d’autres souffleries atomiques, ergo-économiques en plastique que l’on plaça sous le courant d’air afin de lui opposer un contre courant, un vent contraire, en vain.
Rapidement nous n’étions plus qu’histoires sans paroles et nos chansons de gestes ne se résumaient plus désormais qu’à un seul d’entre eux, le bras d’honneur.
Encore une fois la délivrance vint de là où on l’attendait le moins.
Sacrifié par les hommes et sourd à leur maux, GZU (alias codé de confidentialité) puisa dans sa solitude introspective et affamée, la volonté farouche de ne pas en rester là, de se mettre à table, et de s’opposer ainsi à ce qui semblait être son inéluctable et funeste destin.
Au prix de mille efforts il s’extirpa de sa geôle orbitale, et sa capsule rougie des feux de nos atmosphères, éventra notre ciel désespéré, laissant filer jusqu’au sol un flot de lumière flamboyante, torrent de vie qui vint inonder la terre de ses eaux couleurs vives !
La foule silencieuse rassemblée sur la grand’place du monde fixait maintenant d’un seul regard l’engin posé, qui pétait, éructait et crachait jusqu’à s ‘apaiser dans un ultime soupir.
Brusquement, comme s’il s’était agit d’un brouillon projeté hors de sa corbeille, la lourde porte de l’ogive en ferraille s’éjecta violemment au milieu de l’espace. Apparut alors dans la lumière, le corps droit, le visage fort et les bras en croix, GZU .
D’une voix si puissante à en perdre la vie qu’elle fit en un instant le tour du monde, pour revenir en écho à un public soufflé, il s’écria :
« MANGER !!!!!»
Ebahis et conscients d’avoir bien entendu là le mot prononcé, les Hommes comprirent alors qu’à un vent malin et dispersif de leurs mots insensés, il convenait d’opposer un souffle, leur souffle de vie.
Malheureusement la seule victime de cette résurrection fut bien notre sauveur, GZU .
En effet, affligé de graves séquelles irréversibles, il erra longtemps parmi les Hommes, racontant ça et là fadaises et billevesées à un public d’enfants et de nigauds, prêts à gober d’un trait, bouche bée, l’histoire de ce pain démultiplié, ou bien cette autre d’un ectoplasme surpris à marcher sur l’eau.
En ce temps là, et bien avant la télé, tout le monde en convint, plus qu’un sang c’était assurément un vin qui coulait en ses veines.
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