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Alfred Dreyfus revisité (1859-1935)

le vendredi 09 mars 2018, à 11:25. Posté par Michel Ernest


    En choisissant Alfred Dreyfus
    Je prends un risque, savez-vous.
    Car des rimes riches en "us"
    Il n'en existe pas beaucoup

    Aussi pour éviter la rime
    J'ai trouvé un simple remède
    J'abandonne le patronyme
    Et toujours je l'appelle Alfred

    Alfred Dreyfus naît à Mulhouse
    De Raphaël, industriel
    Et de Jeannette, son épouse
    Dans la religion d'Israël

    En mil huit cent soixante-dix
    L'Alsace devient germanique
    Jeannette et Raphaël choisissent
    De rester dans la République

    Dans un élan patriotique
    Alfred s'engage dans l'armée
    Puis l'École polytechnique
    Fait de lui un bon officier

    Il entre à l'école de guerre
    À l'âge de trente et un ans
    Puis épouse une diamantaire
    Qui lui donne deux beaux enfants

    Au ministère de la Guerre
    Il occupe une place en or
    Il est capitaine stagiaire
    Attaché à l'état-major

    À l'ambassade d'Allemagne
    On escamote avec succès
    Un bordereau qui accompagne
    Des documents secrets français

    Et sur le bordereau, bien sûr
    Quelques vilains olibrius
    Croient reconnaître l'écriture
    Du capitaine Alfred Dreyfus

    Coup monté, antisémitisme ?
    [Disons, les deux mon adjudant]
    En tout cas c'est un vrai séisme
    Que cause cet événement

    Alors Alfred est arrêté
    En Conseil de guerre on le traîne
    Devant les juges remontés
    Les graphologues se déchainent

    Ils se contredisent, s'insultent
    On pense à un acquittement
    Finalement, il en résulte
    Un verdict à contre-courant

    C'est à une très lourde peine
    Qu'Alfred Dreyfus est condamné
    Il part au bagne de Cayenne
    Après s'être fait dégrader

    Ni Jean Jaurès, ni Clémenceau
    Deux humanistes respectables
    N'ont défendu notre héros
    Lors, il gagne l'Île du Diable

    Le Capitaine, soi-disant
    Voulant s'enfuir de cet enfer
    Sur l'ordre du gouvernement
    Rapidement est mis aux fers

    Très vite sa santé décline
    Et son moral est au plus bas
    Il écrit beaucoup, il jardine
    Il lit, sans trop de résultats

    Tandis qu'Alfred sur son atoll
    En est à parler aux requins
    Un militaire en métropole
    A mis la main sur un coquin

    Cet espion semble être le traître
    Ce que le tribunal récuse
    Alors Zola, de tout son être
    Crie au gouvernement : "J'accuse !"

    Bientôt toute la France gronde
    Les "antis" et les "pros" s'affrontent
    Échangeant des propos immondes
    Qu'aujourd'hui, ils nous feraient honte

    Quant aux preuves indiscutables
    Du forfait de notre exilé
    Ce n'était qu'une triste fable
    Créée par un agent secret

    Depuis quatre ans, l'ex-capitaine
    De son rocher crie "au secours"
    Quand un nouveau procès, à Rennes
    Le rapatrie pour quelques jours

    L'issue de cette révision
    Ne l'acquitte pas pour autant
    On ramène sa détention
    À dix ans d'emprisonnement

    Une grâce présidentielle
    Vient mettre un terme à son supplice
    Mais la finalité réelle
    N'intervient qu'en mil neuf cent six

    Alfred a quarante-sept ans
    Et après treize ans de galère
    Déclaré enfin innocent
    Il redevient un militaire

    Au bout d'une année et demie
    Adorné de quatre barrettes
    La Légion d'honneur à l'appui
    On lui fait prendre sa retraite

    Mais vivaces sont les passions
    Il est l'objet d'un attentat
    Durant la mise au Panthéon
    Des cendres d'Émile Zola

    Lorsqu'éclate la Grande guerre
    Il réincorpore l'armée
    Et pour son courage exemplaire
    Il est encore décoré

    Quand vient le jour de sa retraite
    Officiellement approuvée
    Il quitte la Grande muette
    Pour son Alsace retrouvée

    À soixante-quinze ans, sans bruit
    Il meurt d'une crise cardiaque
    C'est mieux que de mourir d'ennui
    Sur l'Île du Diable, ou de Pâques

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