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Raspoutine revisité (1869-1916)

le dimanche 11 mars 2018, à 16:29. Posté par Michel Ernest


    Entre mil huit cent soixante-huit
    Et mil huit cent soixante et onze
    Tous ses biographes hésitent
    À dire quand est né le gonze

    En soixante-neuf, dirons-nous
    Histoire de fixer un âge
    Car sur la vie de ce gourou
    Je ne veux pas en faire huit pages

    On sait que c'est en Sibérie
    Que Raspoutine voit le jour
    Non, ce n'est pas le fils maudit
    Du Tsar ou quelqu'un de sa cour

    Il laisse tomber sa famille
    Pour se vouer au sacerdoce
    Et vêtu de quelques guenilles
    En Sibérie roule sa bosse

    Un jour il quitte sa province
    Pour se rendre à Saint-Pétersbourg
    Là-bas, les religieux bons princes
    Impressionnés par son discours

    Lui offrent l'hospitalité
    À l'institut théologique
    Aussitôt notre illuminé
    Tisse sa toile maléfique

    Un peu moine, un peu guérisseur
    Un peu poète, un peu prophète
    Un peu ivrogne, un peu hâbleur
    Un peu coureur de bergerettes

    Quelques miracles accomplis
    Viennent aux oreilles du Tsar
    Dont le jeune fils est au lit
    Atteint d'une maladie rare

    Le Tsarévitch est hémophile
    Un mal incurable en ce temps
    Aussi le Tsar réclame-t-il
    Le moine au chevet de l'enfant

    Raspoutine sauve Alexis
    Seul héritier de la couronne
    Dès cet instant, l'Impératrice
    Pour le guérisseur se passionne

    Bientôt la famille au complet
    Lui voue une telle affection
    Qu'on lui attribue au palais
    Un appartement de fonction

    Il devient le lieu de passage
    De moultes sollicitations
    Des plus importants personnages
    Aux jeunes filles et garçons

    Lors, attirés par son charisme
    Les membres du gouvernement
    Aux séances de spiritisme
    Le rejoignent secrètement

    En mil neuf cent seize, les Russes
    Sont défaits par les Allemands
    Dans le peuple il n'en faut pas plus
    Pour montrer du doigt le géant

    "Le moine est vendu aux Teutons
    C'est un ennemi de nos terres
    Il faut l'abattre !", tonne-t-on
    Ce qu'un prince consent à faire

    Accompagné de quelques gouapes
    Ce prince invite Raspoutine
    À profiter de ses agapes
    Et se conclure en partie fine

    Au repas le moine ingurgite
    Une abondante nourriture
    Que le hobereau hypocrite
    Avait imprégné de cyanure

    Mais au lieu de mourir d'emblée
    L'ogre se porte comme un charme
    Aussi le prince dégoûté
    Est contraint de sortir son arme

    Et sur le moine demandant
    Qu'on lui resserve un peu de vin
    Il tire un coup à bout portant
    Puis appelle le médecin

    Quand l'homme examine le corps
    Raspoutine toujours respire
    Longtemps il faut attendre encore
    Pour que le moine enfin expire

    Mais quelques minutes après
    Le moine saute au cou d'un homme
    Quatre ou cinq balles sont tirées
    Et d'une matraque on l'assomme

    Les conjurés jettent le corps
    Dans la Neva et puis se sauvent
    Épuisés de tous leurs efforts
    Laissant au fleuve le grand fauve

    Quand on repêche son cadavre
    On voit bien qu'il est mort noyé
    Ce qui veut dire et qui me navre
    C'est que vivant on l'a jeté

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