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Il avait un regard si pur, si beau, malgré son air étrangement absent, qu'à l'évidence, rien ne l'avait souillé du mal de la planète. Budoc était aveugle.
Mais il savait comme il disait "Se voir par en dedans". Et ce qu'il apercevait au fond de son âme devait être bien doux, car il y avait ce sourire radieux qui semblait éclairer du soleil de sa joie, non seulement l'enfant lui-même, mais tous ceux qui le regardaient. On comprenait très vite qu'il n'avait pas besoin de ses yeux pour voir clair aussi en ses interlocuteurs. Pourtant nul n'en semblait gêné. Chacun de ceux qui lui parlaient se rendait compte très vite que, faisant fi des défauts évidents tout autant que de ceux trop bien cachés, Budoc ne retiendrait de lui que le côté positif et les qualités essentielles. Oui ! Budoc, le petit aveugle, n'était malvoyant que pour la malveillance, indiquant par contre clairement, encore que sans ostentation -sans le vouloir peut-être, sans le vouloir sûrement, car il ne fut jamais moraliste ni frère prêcheur- le chemin à suivre pour devenir meilleur. Mais tous nous comprenions que ses yeux morts étaient des fleurs de la sagesse. Et quand nous croisions ce regard, inerte, mais pas sans vie,nous savions que nous commencions à plonger dans un bain d'innocence. Tout comme nous avions l'impression de nous sentir meilleurs dans le miroir terni de ce regard éteint.
Ce sont ces yeux-là qui m'apprirent la lumière, la vraie, celle de l'âme, du rêve et de l'amour. Et c'est de penser à cet enfant-là, mort depuis si longtemps, qui fait que je n'ai jamais douté vraiment, ou jamais pour longtemps, d'une vie autre et meilleure que celle que l'on vit, que l'on voit ici-bas.
"Le contes de l'Enfant Perdu"
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