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A toi cher Daniel Gélin + en souvenir du Grand Huit et de Saint-Malo
Qui dira du coeur lourd
la douloureuse histoire
écrite, lentement, au fil changeant des jours,
le rêve abandonné par l'enfant qu'on fait homme
et la révolte de l'adolescent sourd ?
Et comment raconter la fuite inexorable
vers les champs de l'oubli des sourires d'antan,
le poème mort-né ressenti tant et tant
et la peine qui va, seule, à contre-courant ?
Où est-il donc celui qui pourra nous décrire
L'ANGOISSE
projetée soudain au regard fou
de l'être dépouillé dans son bien le plus cher :
la bonté, disparue aussitôt découverte,
la beauté, révélée à l'amant ébloui,
souillée par le scandale
et ce muet reproche de nous faire souffrir ?
Oh ! pouvoir exprimer avec de pauvres mots
l'amertume sans fin et la détresse immense
devant l'indifférence d'un monde sans pitié
et la fleur d'innocence précocement fauchée
et l'ombre taciturne et la nuit de nos larmes
et la peur de nos coeurs !
Qui dira le pourquoi qui nous a crucifiés
un jour de pleine gloire et d'aube-tourterelle ?
Qui dira de la mort le sordide baiser
et cet effroi dans l'âme et ce froid dans les membres ?
Il pleut sur mon enfance, il pleut sur mes amours !
Où sont les noces virginales,
l'écho qui s'atténue des promesses anciennes,
le grimoire amoureux effacé par les larmes
et la folle égérie qui a trahi..? pour rien !
Quand sonnent seuls nos pas dans la maison déserte, combien pèse l'absence ?
Le temps court à l'éphéméride....
L'Ophélie, alanguie, s'est noyée dans l'étang.
Où est la flèche d'or qui s'est trompée de coeur ?
L'eau courante des pleurs est tarie pour toujours
mais la viole d'amour vibre comme autrefois
à son chant romantique
et CRIE !... désespérée.
Rennes 1995
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