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Je le hèle
celui qui s'aile
pour l'envolée belle d'aimer.
Je le hèle, je le harcèle :
"Le Bonheur est-il à portée ?"
Comme un navire dont les ailes
le font colombe ensanglantée ,
à l'heure où chacun s'interpelle,
au monde qui paraît sombrer,
j'ajoute ma voix qui rappelle
qu'il n'est d'écho sans vérité.
On dit que les choses s'emmêlent
-raison de plus pour s'en mêler-
Oh oui ! la vie peut être belle !
L'espoir ne se peut mensonger.
Mais comment dire le délire
et la fureur juxtaposées
du pousse-au-jouïr
le privant d'ouïr
la mise en garde du désir
qui ne peut compter que sur soi.
Sous peine de bientôt gésir,
ci-gît, maudit sans foi ni loi,
un siècle qui fut si cruel
que lui-même en désespéra.
Le monde est un grand carroussel
que nul ne semble diriger.
Les zombies qu vont pêle-mêle,
comment peut-on les réveiller ?
Qui peut venir pour nous sauver ?
Pourtant l'alizé nous appelle...
Que l'on me donne un porte-voix.
Sur le pont les corps s'amoncellent.
Qu'un pilote soit de ceux-là
qui n'avaient jusqu'ici le droit
que d'exécuter avec zèle
les décisions des gens de droit.
La mer au soleil étincelle.
Tout peut encore être sauvé.
Oh oui ! la vie peut être belle
si le navire est dirigé.
Les jeunes ont leur mot à dire
et c'est important de rêver.
Que le navire serre et vire
pour prendre le vent au plus près.
Car trop souvent le coeur chavire.
-Le vent se perd au cacatois-
La vigie que le vide attire
tombe quarante pieds plus bas.
Le flot s'agite, enfle sa voix.
Le bateau gîte chaque fois.
L'étrave craque, roule et croit
que c'est la fin.Tandis que moi
-Faut-il que je pleure ou j'appelle
pour que vous écoutiez parfois ?
Que je me lamente ou soupire
ou que j'implore ou que j'aboie ?-
tandis que je sombre et me noie,
tout comme vous pareils à moi
Nous sommes coquilles de noix
pris entre la mer et l'effroi.
(Entre l'amer, la peur, le froid !)
Ainsi qu'une frêle nacelle
qui pousse au vent voleur qui va,
entendez-vous vibrer la voix
au creux profond de violoncelle
pour vous émouvoir cette fois ?
La seule voie pour l'avenir
c'est de venir les dénoncer
ceux-là qui se font la part belle
sous prétexte de société
libérale et conflictuelle
et qui condamnent à mourir
les inutiles, ceux et celles
des villes déshumanisées,
des bidonvilles qu'on margelle.
(La marge à force d'augmenter
pourrait bien finir par gagner.)
Et BOUM ! OUI ! GARE À L'ÉTINCELLE !
Mais qui l'aura donc fait craquer
l'allumette ou bien le briquet
le jour où tout pourrait sauter ?
A moins que quelque part en nous
s'élève encor l'écho très doux
de celui qu'on assassina
pour avoir dit la paix, la foi
d'un autre qui mourut un jour
parce qu'il enseignait l'amour.
Liffré (35) 1999
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