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Chère Hélène,
Tu auras compris que lorsque je ne vais pas très bien, je suis du genre à me réfugier dans un certain silence... Sans doute mon éducation ?
Je te parlais dans un récent texto (ou mail) de mes démons.
Quels sont-ils et pourquoi des démons ?
D'un côté, depuis des années, happé et parfois englué dans mon travail, j'éprouve de réelles difficultés à être moi-même, à être ce que je crois (?). Mon travail, dans les combats que je mène a tendance à me rassurer, et je m'y plonge souvent de manière déraisonnable, sans nécessairement m'en rendre compte.
D'un autre côté, il y a mes filles que je couve sans doute exagérément et dont j'ai le triste sentiment d'être seul à m'occuper.
Et puis il y a la volonté de construire avec quelqu'un un avenir tant ma solitude est quelquefois profonde.
Tout cela me conduit à m'emballer, me contredire, prendre des risques, m'illusionner, à courir par monts et par vaux à la recherche d'un temps qui me fuit, à la recherche du Beau, du Vrai.
Mais lorsque je le trouve - je suis en train de m'en rendre compte une nouvelle fois -, j'ai comme une tendance à le fuir, sans pouvoir m'expliquer pourquoi.
J'ai le sentiment que c'est ce que je suis en train de vivre...
Ce que tu éprouves pour moi me fait peur, non dans la profondeur de tes sentiments, mais dans la difficulté, voire l'incapacité d'y répondre comme tu le souhaiterais, comme je le souhaiterais sans doute.
Je regarde par exemple la semaine dernière, et surtout celle qui arrive.
Lundi je dois gérer une multitude de détails administratifs pour la société, rencontrer la mère des filles pour faire une énième mise au point, et aller tourner dans l'après-midi les premières images de notre film.
Mardi et mercredi, je suis nécessairement à Paris pour deux réunions importantes en vue de la sortie de notre film le 30 novembre prochain.
Mercredi soir ailleurs pour éventuellement signer un contrat avec un technicien spécialisé dans les images aériennes et essayer du matériel avec lui.
Jeudi matin, retour à Paris pour 9H00 afin de récupérer mon nouvel ordinateur, puis un RdV pour un prochain film et en fin de journée la réunion parents/profs au collège des filles.
Vendredi, malgré tout ce qui s'accumule, j'espère pouvoir faire quelques travaux chez moi car des ouvriers viennent samedi matin...
Et la semaine suivante, avec la sortie de notre film qui se rapproche risque d'être du même acabit.
Bref, tu auras compris que je ne vois pas quand nous pourrons nous voir, quand je pourrais prendre du temps du côté de chez toi, même si l'envie est là.
Aussi, je me pose réellement la question du devenir de notre relation.
Je ne souhaite ni souffrir, ni, surtout, te faire souffrir.
Et je "sais" que je ne pourrais répondre à tes attentes légitimes.
Ta situation, la mienne, tes souhaits et tes désirs, mes sentiments, mes démons... Bref, depuis deux jours, je tourne et re-tourne cela dans tous les sens et, la distance (qui ne me fait pas peur) ne jouant pas un rôle positif, je ne vois malheureusement pas d'issue... que celle de te dire que nous n'arriverons à rien à cause de ces démons. Que tu vaux mieux qu'un courant d'air tourmenté entre des envies et des nécessités qu'il n'arrive pas à faire coïncider ou simplement cohabiter.
J'ai mal en te disant cela. J'ai envie d'effacer toutes ces lignes. Pourtant ma franchise, mon ressenti m'obligent. Ce que j'éprouve pour toi m'empêche de te mentir, de me mentir.
Je pourrais dire que tout cela tombe mal, à une mauvaise période. Ce ne serait pas faux ; mais ce ne serait pas juste car cela risque - je le sais - de se reproduire.
Tu m'as mis en garde et je ne veux pas être à l'origine de douloureuses souffrances.
J'ai une fois de plus l'impression de passer à côté de quelque chose d'important.
Vieux loup solitaire je suis, vieux loup solitaire, je devrais sans doute le rester.
Pardonne-moi (ou pas) cette attitude, ce choix nécessaire...
Je t'embrasse, chère Hélène.
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