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Mata Hari revisitée (1876-1917)

le vendredi 27 avril 2018, à 07:13. Posté par Michel Ernest


    Marguerite Gertrude Zelle
    Qu'on surnommait "Mata Hari"
    Était une femme très belle
    Qui a hélas très mal fini

    Je vais vous compter son histoire
    Au présent de l'indicatif
    Pour tenter de vous faire accroire
    Un mensonge rétroactif

    Celle-ci naît à Leeuwarden
    En Hollande, en plein dans la Frise
    Fille d'Antje van der Meulen
    Et d'Adam, qui vend des chemises

    On est au milieu de l'été
    De mil huit cent soixante-seize
    Et malgré leur humble métier
    Les Zelle peuvent vivre à l'aise

    Treize ans plus tard, c'est la faillite
    Adam doit remonter la pente
    Il envoie sa pauvre "M'greet"
    Loger chez une de ses tantes

    Là-bas, l'adolescente rêve
    Et, hors ses rêves, elle lit
    En "math", elle est mauvaise élève
    Mais excellente en poésie

    Puis elle fait la connaissance
    D'un jeune et fringant officier
    Qui, comme dans une romance
    L'épouse et lui fait deux bébés

    Son capitaine de mari
    Vient d'être muté à Java
    Mais sur l'île, M'greet s'ennuie
    Elle plaque tout et s'en va

    S'inventant un passé hindou
    Toute habillée à l'orientale
    Le ventre vide et sans le sou
    Lors, à Paris elle s'installe

    Elle débute une carrière
    De danseuse au musée Guimet
    Et tout de suite elle conquiert
    Les Parisiens, puis les Français

    La surnommant "Mata Hari"
    Les chroniqueurs ravis l'encensent
    Et brament des nigauderies
    Quant à ses brahmaniques danses

    Un jour la voilà amoureuse
    D'un jeune hussard allemand
    Dont elle agrippe la vareuse
    Jusqu'à Berlin, pendant cinq ans

    Quand elle revient à Paname
    La belle danseuse a trente ans
    Mais plus de Java, plus de brahme
    La mode n'est plus à l'Orient

    Sans argent, elle désespère
    Elle rentre dans son pays
    Mais bientôt éclate la guerre
    Qui va bouleverser sa vie

    À la mi-mai mil neuf cent-seize
    Kramer, le consul d'Allemagne
    Propose à la belle Hollandaise
    De nouveau la vie de cocagne

    En échange Mata Hari
    Doit espionner l'armée française
    Lors, dans un palace à Paris
    Elle s'installe et prend ses aises

    Désirant un laissez-passer
    Pour visiter un ami cher
    Très loin de la zone occupée
    Tout près d'un terrain militaire

    L'administration le lui donne
    Mais secrètement la contrôle
    En mentionnant : "C'est une espionne"
    Tout en la laissant jouer son rôle

    Fort de quelques secrets d'alcôve
    De polichinelle, plutôt
    L'ancienne danseuse se sauve
    En Espagne et prend le bateau

    Sur le chemin de l'Allemagne
    Anglais et Français l'interceptent
    Et sous la menace du bagne
    De leur cause en font une adepte

    Les Allemands ne sont pas dupes
    Et jouent même le double jeu
    Ce qui quelque part préoccupe
    Les espions français suspicieux

    Car, par décodage on annonce
    Qu'elle poursuit son noir labeur
    "La Mata Hari ne renonce
    Jamais !", soupire un inspecteur

    À l'hiver mil neuf cent dix-sept
    Mata Hari est arrêtée
    Et au tribunal, la pauvrette
    À la mort se voit condamnée

    Mata Hari meurt fusillée
    En octobre, cette année-là
    Pour une cause qui n'avait
    "Pas de quoi fouetter un chat"

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