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Au Pays de l’Obscur.
…..C’est au Pays du Soir, peut-être, que s’ouvrent les Merveilles et toutes les Douleurs, le Sublime et l’Abject et la Mélancolie et les Enchantements mêlés, au Pays de la Nuit, la Nuit originelle toujours recommencée et qui demeure en nous, où nous retournerons, dans la Contrée nocturne, irregardable, que se fomentent les Genèses, les Corps et la Lumière et la Pierre et la Chair, tous les Apparaissants, en Pays de Néant que surgissent, sans Cause ni Raison, les Lendemains illuminés et fugitifs, les Actes et les Passions, l’Appel anonyme des Oeuvres qui montrent et nomment l’Inconnaissable des Présences et la Merveille obscure des trois Extases unies et déchirées, l’Injonction secrète d’Avenir s’inclinant vers sa Disparition, en Terre d’Obscurité que se joignent et séparent la Vérité et sa Non-Vérité, que commence et finit l’Errance que nous sommes, traversant la Pénombre des Jours avec le Boitement natal, l’Hésitation tragique de qui, l’Enigme irrésolue, cherche Consolation dans les Célestes, piétine aux Carrefours nombreux des Voies sans Voie et s’aveugle lui-même, Ô Cécité native ! dans l’Inconnu du Proche et des Lointains……
C’est en Pays obscur que commencent l’Ouvert, l’Enigme d’Exister et le Jouir et le Pâtir, Matière, Espace, Vie...Quelle Porte en sera-t-elle l’Accès, quelle Clef, quel Levier si ce n’est de toujours obscurcir l’Obscurité elle-même pour une Approche aimante et jamais accomplie ? Clarté, Lumière surestimées, peut-être l’Occlusion, la Dissimulation sont-elles l’Essence des Essences, la plus intime Provenance, le fertile Refus ? C’est à l’Obscur que se féconde toute Semence en Terre vers sa Germination puis sa Transparution, c’est en Obscurité que naît la Dramaturgie secrète des Rêves, Ferment intime du Langage et des Oeuvres, sous le Voile fermé des Paupières. L’Invisible s’accroît si je regarde la Lumière et le Visible, l’Espace apaisant du Silence sous la Parole ébruitée et peut-être le Sens sous l’Insensé du Jour. C’est en Pays obscur que nous avons Naissance, que nous retournerons...Au Bord des Tombes, il faut penser tout bas Genèse et Devenir, Disparition, au Bord des Tombes, Ô Bergers d’Arcadie ! l’Obscurité demande un Signe et le Recueillement...Qui est l’Homme ?…..
Dans le Déchirement de Soi et les Ruines du Moi, la Vie reprend, s’achève perpétuellement jusqu’à l’ultime Souffle qui nous consacrera en Immobilité et en Obscurité, Mortels et Immortels désormais, Oeuvre et Désoeuvre secrètes de la Chair à jamais accomplies et rompues. Prends Garde aux Bonheurs trop intenses et aux Joies Exultantes. Le Néant les entoure, les traverse et les ruine, il suffit d’un instant pour que Tout se renverse, bascule en son Contraire et quelques Mots suffisent et c’est déjà fini. Le Devenir opère au Coeur le plus intime des Choses et des Êtres, invisible et obscur qui les sculpte et les creuse, la Chance et l’Envers de Fortune portent un Soleil noir...Pense tout bas, si c’est possible, l’Indivision de l’Être et du Néant, leur Appartenance croisée, leur Jeu sans Fin, les Existences disloquées qu’ils portent à la Présence à l’Absence enlacée en Liens indissolubles, Alliance impénétrable, Litige originaire, Ô obscure Clarté !
Nous sommes à Nous-Mêmes, parmi l’Inerte et les Êtres sensibles, une imprépensable Question, un Labyrinthe noir et sans Issue, un Souterrain et peut-être un Enfer sur la Terre traversé de Trouées de Merveilles, un Avenir ouvert et libre, sans Destin autre que ce Mélange de Sens et de Non-Sens à déchiffrer sans Fin pour les Générations, Ombres mouvantes dont les Récits figurent, à chaque Epoque, leurs improbables Origines, écoutant à la Porte du Temps, les nouveaux Rythmes qui adviennent en Silence et en Obscurité...Pense tout bas, au Bord des Tombes et au Coeur du Vivant, les Dires initiaux, les Paroles futures qui s’effacent et s’esquissent alternativement, l’obsédante Question venue du Pays de l’Obscur...Qui donc est l’Homme ?…..
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