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Le chanoine Kir revisité (1876-1968)

le lundi 14 mai 2018, à 10:49. Posté par Michel Ernest


    Le chanoine Kir inventa
    Un délicieux apéritif
    Mais lorsqu'on touchait à sa foi
    Il avait l'humour corrosif

    "Croire au bon Dieu, sans l'avoir vu
    C'est idiot", dit un communiste
    Kir lui rétorqua : "Et mon cul
    Tu l'as pas vu, mais il existe !"

    C'est à Alise-Sainte-Reine
    Au pied du site d'Alésia
    Que naît le petit phénomène
    Qui tiendra ces propos gaulois

    Le père Kir est perruquier
    C'est-à-dire à la fois coiffeur
    Barbier, bien souvent infirmier
    Et de temps à autres, docteur

    La mère élève son enfant
    Avec fermeté et tendresse
    Pour en faire un gamin brillant
    À l'école comme à la messe

    Au petit séminaire il va
    Après l'école communale
    Puis à Dijon sûr de sa foi
    Au grand séminaire il s'installe

    À vingt-cinq ans il devient prêtre
    Et vient officier sur ses terres
    Jusqu'à ce que l'Homme perpètre
    Son insatiable envie de guerre

    Pendant ces quatre années d'enfer
    On le mute à l'infirmerie
    Une aumônerie militaire
    Aurait été le paradis

    Quarante ans en mil neuf cent-seize
    En dix-huit démobilisé
    On le nomme curé de Bèze
    [Le contraire serait osé]

    Au cours des sermons du dimanche
    Il tient des discours engagés
    Sont-ce ces propos qui déclenchent
    Sa nomination à Nolay ?

    Kir adore la politique
    Or, depuis quelque vingt années
    L'État et la gent catholique
    Se sont clairement séparés

    Mais son évêque est sous le charme
    C'est un peu son "Don Camillo"
    Et s'il ne le fait rire aux larmes
    Monseigneur rit de ses bons mots

    Il offre même un ministère
    À son turbulent épigone
    L'instituant chanoine honoraire
    En capitale bourguignonne

    Lors du second conflit mondial
    Le maire de Dijon décampe
    Lors, au conseil municipal
    Le chanoine Kir se campe

    Il fait évader de Longvic
    Un camp de prisonniers de guerre
    Cinq mille soldats faméliques
    Ce qui lui vaut deux mois de fers

    Vilipendé par la Milice
    Abhorré par les collabos
    Le pauvre échappe in extrémis
    Aux griffes de la Gestapo

    Juste après la Libération
    Les Bourguignons qui l'aiment fort
    L'élisent maire de Dijon
    Puis député de Côte-d'Or

    Dans sa mairie, il est le chef
    Il réinvente le "blanc-casse"
    Rencontre Nikita Khrouchtchev
    Jumelle Dijon à Dallas

    On le voit faire le service
    À la Chambre des députés
    D'un tiers de crème de cassis
    Et de deux tiers d'Aligoté

    Il se dévoue tant pour sa ville
    Et pour les bourgs des environs
    Qu'une idylle naît pour l'édile
    Et qu'un lac décline son nom

    En mil neuf cent soixante-huit
    À quatre-vingt-douze ans sonnés
    Quand manifeste Cohn-Bendit
    À bout Kir s'endort enivré

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