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Marcel Pagnol revisité (1895-1974)

le jeudi 17 mai 2018, à 17:11. Posté par Michel Ernest


    Pour écrire ce texte-ci
    Je me suis assis au soleil
    Et j'ai prié mon égérie
    De prendre l'accent de Marseille

    Ça y est, j'entends les cigales
    Je sens la lavande et la figue
    Je crois le moment idéal
    D'encrer ma plume en la garrigue

    Marcel Pagnol naît à Aubagne
    D'un instituteur laïcard
    Qui, s'il ne manque pas de poigne
    N'en est pas moins tendre gaillard

    Sa mère, frêle couturière
    N'entend rien à la politique
    Il semble que sous ses faux-airs
    Elle soit un peu catholique

    Soucieux de sa santé fragile
    Chaque printemps, le père loue
    Une villa loin de la ville
    Ce dont Marcel, le Seigneur, loue

    Parallèlement à l'école
    Il est premier, parfois deuxième
    Et déjà la griffe Pagnol
    Émarge ses premiers poèmes

    Il a tout juste quatorze ans
    Lorsque s'éteint sa pauvre mère
    Comme elle il est château-branlant
    Ce qui lui évite la guerre

    Durant ces quatre années d'effroi
    Marcel décroche une licence
    Avec les filles, c'est le roi
    Et se marie dans sa Provence

    Nommé comme répétiteur
    Par l'Éducation nationale
    Il se retrouve à contrecœur
    En poste dans la Capitale

    Malgré cette nomination
    Peu avant mil neuf cent vingt-quatre
    Il quitte l'administration
    Pour se consacrer au théâtre

    Mais ses écrits sont des échecs
    Et des succès en demi-teinte
    Ne rapportent pas un kopeck
    Aussi, il se noie dans l'absinthe

    Puis un jour sa pièce "Topaze"
    Qu'il a écrite l'an passé
    Chez Jouvet provoque l'extase
    Lors, tout le monde veut la jouer

    Fort de cette notoriété
    Marcel s'offre un succès de plus
    Par les plus grands, interprété
    Baptisé simplement "Marius"

    Après ce triomphe insolent
    Marcel quitte sa jeune femme
    Et pour le cinéma parlant
    Le cœur de l'artiste s'enflamme

    Il rencontre Kitty Murphy
    Une jeune danseuse anglaise
    Qui lui donne Pagnol Jacky
    [Jacques Pagnol à la française]

    À la Paramount, notre "traître"
    [C'est ainsi que l'ont baptisé
    Les gens de théâtre et de lettres]
    Tourne "Marius" en grand secret

    C'est un triomphe derechef
    Le film le couvre de dollars
    Et à ce chef-d'œuvre se greffent
    Ses suites "Fanny" et "César"

    Excellent réalisateur
    Marcel dirige avec souplesse
    Les plus prestigieux acteurs
    Raimu, Charpin … et ses maîtresses

    Et cette fois-ci sa complice
    C'est miss Oranne Demazis
    Qu'il fréquente depuis vingt-six
    Mais qui céans lui donne un fils

    Puis lassé de la belle actrice
    Il conte fleurette à Yvonne
    Sa proche collaboratrice
    Qui aussitôt fille lui donne

    Avec Fernandel, il se lie
    Et tous les deux tournent "Regain"
    Mais avec "Le Schpountz", les amis
    Fâchés en viennent presque aux mains

    Quand "La Femme du boulanger"
    Sort en trente-huit, c'est un succès
    Puis "La Fille du puisatier"
    Devient sa compagne attitrée

    La guerre et ses horreurs s'invitent
    Marcel met un frein à sa course
    Mais toujours cherchant Aphrodite
    Il rencontre "Manon des sources"

    Manon, en fait c'est Jacqueline
    Jacqueline Bouvier [Eh oui !
    Je sais, ce nom vous turlupine
    Car c'est la femme à Kennedy]

    Entre Frédéric et Estelle
    Qui naissent chacun des hivers
    Marcel est élu immortel
    Portant l'épée et l'habit vert

    Mais un jour de cinquante-quatre
    La santé d'Estelle s'altère
    Et quand son cœur cesse de battre
    Le pauvre Marcel désespère

    Il vit retiré comme un moine
    Écrivant romans et romances
    Hormis un festival de Cannes
    Où il détient la présidence

    Il écrit d'une seule traite
    "La Gloire de mon père", aussi
    "Ambrogiani", "Jean de Florette"
    "Le Château de ma mère", et puis

    Au "Masque de fer", deux volumes
    Il consacre, puis à jamais
    Il pose sa divine plume
    Pour conter Alphonse Daudet

    Dans "Les Lettres de mon moulin"
    Où "le curé de Cucugnan"
    Le sympathique "abbé Martin"
    Est créé par Sardou Fernand

    Très près de ses quatre-vingts ans
    Mais très loin de son Lavandou
    Marcel disparaît au printemps
    Quelques jours après Pompidou

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