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« La plume et l'épée »
La cheminée de notre petite chaumière,
Fumait chaque jour en cette jolie clairière,
Etablit au beau milieu des bois de sir Amenon.
Ce qui lui donna le joli nom de « Breuilhamenon ». (1)
Chaque jour ce seigneur quittait son château,
Pour chasser chevreuils, sangliers perdreaux,
Et autres animaux qui pullulaient en ces lieux
Donnant, de nos cultures, des résultats désastreux.
J'avais appris à baisser la tête et à plier le genou,
Quand le maître chevauchant passait devant chez-nous.
Il était presque toujours accompagné de son fils Foulque,
Né le même jour que moi, durant la moisson de l'houlque. (2)
Nos vies se lièrent le jour où, tombé du ponton,
Ce prince allait se noyer dans l'étang du Gros Tronc.
Je lui avais tendu une perche de bois pour le tirer de là,
Qu'il avait saisie aussitôt sans bien moult embarras.
En reconnaissance, pour avoir eu ce geste salvateur,
Sire Amenon vint à mon père, afin qu'il me donna à lui.
Ainsi j'allais pouvoir, comme j'en avais tant envie,
Apprendre, avec tous ses enfants, à lire et à écrire.
Je quittais donc notre chaumière pour aller vivre au château,
Afin d'y apprendre à manier la plume aussi bien que l'épée.
Vu qu'il n'avait que des sœurs pas très enclines à tournoyer,
Le jeune prince Foulque eut pour moi une fraternelle amitié.
Le temps passa ainsi …..
Foulque devint chevalier et partit faire des guerres.
Moi je devins poète et écrivis et déclama des vers,
En aubades, ballades et chansons, bien sur un genou à terre,
Mais en compensation, devant les plus belles Dames de l'univers.
De noblesse ou de roture qui croyez-vous
De Foulque ou de moi ait eu le meilleur sort ?
L'un à la guerre, chaque jour côtoyant la mort !
L'autre dans les châteaux, virevoltant avec l'amour !
Je vous dirai les deux, car chacun de nous a vécu,
En ses émotions et son honneur comme il l'a entendu.
Tous deux, en nos vies nous avons reçu bien des blessures.
Lui de corps dans ses combats, qui lui valut grand respect
Et moi de cœur dans mes ébats, qui me valut mille regrets.
Johan (JR.).
(1) breuil = bois ; Amenon prénom du seigneur du lieu
Breuilhamenon = bois du seigneur Amenon.
(2) houlque = herbacée sauvage fourragère assez rependue dans les fenaisons à l'époque médiévale.
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