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« Esclarmonde » (qui éclaire le monde)

le lundi 21 mai 2018, à 15:58. Posté par Johan


    Montségur 16 mars 1244

    « Esclarmonde » (qui éclaire le monde)

    Guilhèm l’avait assise là, sur le plus haut rempart.
    Un manteau de bure enveloppait son corps défait.
    Le vent froid de mars agitait ses cheveux noirs,
    Et mordait durement son visage pâle comme le lait.

    Au pied de la montagne où trônait le château,
    Elle voyait s’agiter dans le camp des Français,
    Ces soldats qui demain deviendront ces bourreaux,
    En mettant le feu, dans la fosse, à ces énormes fagots.

    Le chevalier la regardait plein d’amour et de désespoir.
    Il avait tout essayé pour qu’elle renonce à se sacrifier,
    Rien ne valait qu’on la jette dans les ardeurs de ce bûcher
    Dieu ne pouvait pas demander ça, surtout au nom de la foi.

    Eprouvée dans sa jeune vie, Esclarmonde l’avait été,
    Par cette infirmité qui obligeait Guilhèm à la porter.
    Son amour pour ce gentil « faidit » était sans limite,
    Mais elle ne voulait pas être sujette à embarrasser sa vie.

    Elle avait donc choisi que par amour de lui,
    Elle prendrait le chemin de la pureté éternelle,
    Qui la délivrera du poids de ce monde matériel.
    Son âme ainsi reviendra une des lumières du paradis.

    Mais pour lui Guilhèm, qui l’aimait sans aucune exigence,
    Qui, en plus de chevalier, pour elle était aussi devenu servant
    Et Troubadour, que lui restera-t-il comme destinée dorénavant ?
    Sinon celle, d’engager chaque jour des combats à outrance,
    Où il espérera qu’une lame d’acier lui enlèvera la vie.

    Guilhèm mourut ainsi devant les portes de Toulouse,
    Ou chaque jour il provoquait en combat singulier,
    Un de ces Français qui, pour Montfort, s’était croisé.
    Il en tua une bonne centaine avant qu’il ne reçut lui-même,
    La blessure mortelle, qui l’envoya vers la lumière de celle,
    Qui éclairait son monde et qu’il aimait au point de lui donner sa vie.

    Johan (JR.).

    Cette poésie conte une histoire romancée, dont les deux personnages ont bien existé.
    Voila qui ils étaient :
    * « Esclarmonde de Péreille ou de Perelha », était la fille de Raymond de Pérelha et de Corba de Lanta.
    Les textes occitans anciens nous la décrivent comme belle et courageuse, mais aussi infirme.
    Esclarmonde avait vingt ans lorsqu’eut lieu la reddition du château de Montségur en mars 1244.
    Sa famille possédait le château et elle fut parmi celles de la noblesse occitane qui résista aux 6000 soldats français qui en faisaient le siège.
    Esclarmonde décida à recevoir « consolamentum » cathare quelques jours avant que l’Inquisition décide d’allumer un bûcher au pied du « pog » au sommet duquel s’élevait le château, bûcher dans lequel furent jetés tous ceux et celles qui ne voulurent pas adhérer à la religion catholique de Rome. Ce fut donc 220 victimes que ce 16 mars 1244, l’église de Rome brula !

    * « Guilhèm de Montanhagol » fut l’un des derniers défenseurs des Cathares et des troubadours lors des atrocités que l’Inquisition de l’Eglise de Rome leur infligeait.
    D’origine Toulousaine Guilhèm bénéficiait des protections de Ramon VII comte de Toulouse et de Jacques V roi d’Aragon,
    Guilhèm fut témoin de tous les événements et massacres perpétués par Simon de Montfort et son armée de soi-disant croisés avec la bénédiction et la participation active des légats de l’église de Rome qui asservirent l’Occitanie pour la piller de ses richesses et de sa culture.
    Les poèmes de Guilhèm sont toujours modérés et la force de ses textes est cinglante de par son élégance.
    Très dialecticien, il dénoncera l’occupation meurtrière des Français de l’Occitanie et l’arrogance assassine de l’Eglise.
    Il voyait en l’amour un principe naturel de vertu, qui l’amenait à proclamer : « que l’amour est chasteté ».
    Johan (JR.).

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commentaires ( 6 ) (Ajouter un commentaire)
debbie le lundi 21 mai 2018, à 18:00
Bonsoir Johan, très touchante histoire merci de l'avoir partagé....
Amitiés
Debbie

Rêveuse le lundi 21 mai 2018, à 21:18

Merci mille fois Johan, pour ce superbe voyage au pays occitan
Vos écrits font mouche à chaque fois
belle soirée avec mes amitiés!

johan le mardi 22 mai 2018, à 09:32
Bonjour Debbie !
En ce monde, il y a des événements de notre histoire qui sont occultés !
Celui-ci en est un !
Amitiés !
Johan

johan le mardi 22 mai 2018, à 09:38
Bonjour Rêveuse !
C'est vrai, l'histoire d'Esclarmonde de Péreille est le témoin d'une triste réalité d'antan que l'Histoire avec un grand H, nous cache !
Bonne journée !
Amitiés !
Johan

liameliavq le mercredi 23 mai 2018, à 01:32
Merci d'"éclairer notre monde" d'une tragique mais belle histoire d'amour lors des méfaits cruels perpétrés de L'Histoire avec un grand H mon ami...
LN.

johan le mercredi 23 mai 2018, à 10:19
Bonjour Hélène !
J'ai consacré deux autres poèmes à ces événements qui ont couté la vie à plusieurs milliers d'Occitans dans un génocide organisé et orchestré par l'Eglise de Rome sous le pontificat du pape Innocent III en 1209.
Je les publierai ici un de ces jours !
Amitiés !
Johan

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