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« Emile et Madeleine »
Chaque matin, lorsque la saison me le permet,
J'attrape, ma besace et mon bâton de noisetier,
Pour partir en flânerie arpenter les sentiers boisés,
Me laissant diriger au gré de mes seuls intérêts.
Mais mes promenades ne seraient débutées,
Sans, qu'en préalable, je passe dire le bonjour,
A mon ami Émile qui me guette chaque jour,
Pour m'offrir un bon bol chaud de café chicorée.
L'Émile, âgé, ne marche qu'avec grande peine !
Comme chaque fois, de lui, j'entends ces mots :
« Tu penseras gamin, pour moi, à saluer Madeleine
Ça fait longtemps que je lui ai confié mes maux »
Me voila donc parti empruntant le grand chemin,
Qui me mène au croisement où se tient Madeleine,
Magnifiquement sculptée dans un marbre opalin,
Posée sur un socle de pierre jauni par les pollens.
Elle se tient là, au beau milieu d'une verte clairière,
Éclairée des rayons de lumière traversant le feuillage.
A ses pieds, elle a vu passer les journaliers d'hier,
Qui, chapeau bas, la saluaient avant d'entamer l'ouvrage.
Je lui donne le salut du père Émile ainsi que le mien,
M'attardant un peu pour admirer son joli sourire figé.
« Mademoiselle » ! C'était ainsi que tous l'appelaient,
Car cette belle et douce châtelaine, jamais ne fut mariée.
Il y a deux siècles et demi, sa vie fut une belle histoire,
Que j'ai découverte par hasard dans de vieux grimoires.
Elle fut la femme d'un seul amour qui ne se déclara pas,
Mais, sut ouvrir aux indigents son cœur et son manoir.
Quand je marche dans cette forêt, j'ai donc en pensée
Deux amis qui accompagnent mes longues randonnées
L'Émile, qui guette mon retour derrière sa baie vitrée
Madeleine qui me voit passer à chacune de mes virées.
Johan (JR.).
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