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Cervantès revisité (1547-1616)

le mercredi 23 mai 2018, à 11:56. Posté par Michel Ernest


    Je portais de courtes culottes
    Quand j'ouïs pour la première fois
    Le nom du "signor" Don Quichotte
    Et du valet Sancho Panza

    Je me souviens de son amante
    Dulcinée, toujours en goguette
    Je me souviens de Rossinante
    Aussi maigre qu'une arbalète

    Tout ces héros pleins de tendresse
    Presque de dessins animés
    Sont les enfants de Cervantès
    Qui ne s'endormiront jamais

    Miguel naît le jour de sa fête
    À la Saint-Michel [comme moi]
    De mil cinq cent quarante-sept
    Le vingt-neuf du neuvième mois

    Et, comme tous les Cervantès
    Depuis des siècles avant lui
    À "Alcalá de Henares"
    Miguel débute dans la vie

    Gavé d'études insipides
    Il quitte le nid familial
    Pour faire l'artiste à Madrid
    Avec un groupe théâtral

    Après quatre années de débauche
    Miguel s'engage dans l'armée
    Mais il y laisse sa main gauche
    Dans une bataille acharnée

    De retour au bout d'une année
    De cette épopée soldatesque
    Le pauvre infirme est capturé
    À Alger par les barbaresques

    Malgré diverses tentatives
    Pour fuir leurs diaboliques griffes
    Dans la nuit la plus répressive
    Cinq ans Miguel reste captif

    Mais ces années de solitude
    Lui ont donné le goût d'écrire
    Et bien que dépourvu d'études
    Déjà l'entourage l'admire

    En mil cinq cent quatre-vingt-quatre
    Miguel Cervantès se marie
    Avec une jeune bellâtre
    Qu'un an après il répudie

    On le retrouve commissaire
    Aux vivres de son régiment
    Mais pour survivre, ivre, il se sert
    Et retourne en enfermement

    Libéré, il part vers le sud
    Traverse Castille et Mancha
    Et peu-à-peu prend l'habitude
    D'écrire au rythme de ses pas

    Et d'aventure en aventure
    Il sort un roman pastoral
    Mais les éditeurs en ont cure
    Alors Miguel perd le moral

    Cette fois-ci c'est à l'Église
    Que Miguel fauche de l'argent
    Ce qui lui coûte sa chemise
    Et un blâme du Vatican

    Quand il atteint la quarantaine
    La malchance le poursuivant
    Il perd son petit bas de laine
    Chez un banquier inconvenant

    À cinquante ans il goûte encore
    La paille humide des prisons
    Sans doute est-ce dans ce décor
    Qu'il puise son inspiration ?

    En tout cas c'est à cette époque
    Qu'il sort la première partie
    De "Don Quichotte", un livre-choc
    Parodiant la chevalerie

    Il faut attendre dix années
    Pour voir resurgir le vieil homme
    Raviver son preux chevalier
    Dans un deuxième et dernier tome

    L'an suivant perclus de diabète
    Miguel rend son dernier soupir
    Ce, d'après tous ses exégètes
    Un jour avant William Shakespeare

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commentaire ( 1 ) (Ajouter un commentaire)
cecel le mercredi 23 mai 2018, à 12:24
Bonjour Michel Ernest
Je me suis régalé pour plusieurs raisons.
La première parce que ce poème est très bien écrit. Une écriture fluide qui sert bien la poésie qui en émane.
La seconde est que j'adore "Don Quichotte". Je l'ai lu plusieurs fois. Il est certainement à l'origine de mon amour de l'utopie. Me battre contre des moulins à vent, je l'ai fait toute ma vie. Insurgé dans l'âme, il est mon idole.
Merci
Amitié poétiques.
Marcel

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