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Le vieillard endormi

le dimanche 03 juin 2018, à 01:42. Posté par René


    Comme un soleil de nuit, la lampe est allumée
    Ainsi qu'un satellite au feu de cheminée.
    Mystère révélé, dont l'ombre étreint le cercle,
    Tout un monde inconnu se lève avec le noir.
    Et la lampe éclabousse à l'écho bleu du soir
    Le paisible intérieur dont le toit fait couvercle.
    Au dehors c'est l'hiver qui sort ses crocs et mord.
    Et le vent grelottant, hurlant sa rage encor,
    Semble un limier fourbu, revenu de la chasse,
    Attendant sur le seuil qu'on lui donne sa place.
    Ici c'est le silence et c'est le halo d'or.
    Et l'heure va sa ronde au clocher qui s'endort.
    Car le temps prend son temps que dit le livre ouvert
    Où danse sur les mots comme un reflet d'étoile.
    C'est un livre d'antan où se lisent des vers
    En breton trégorrois, tandis que sur la toile
    Cirée aux carreaux blancs, bleus, rouges, jaunes, verts,
    Un plat de vieux Quimper, Henriot authentique,
    Raconte à sa façon un passé nostalgique
    Au pichet de Redon de faïence outremer.
    Sur le mur un tableau que l'on distingue à peine :
    Des noces de jadis, auprès d'un miroir rond.
    Près de l'âtre, un chat jaune auprès d'un chien marron.
    Et posés sur la table où vit toujours le chêne
    Deux fusils à deux coups, en forme d'angles droits
    Rappellent qu'en ces lieux on mourut autrefois.
    Ici coula le sang, ici trancha le glaive.
    Un combat qui rougit jusqu'au sable de grève.
    En ces lieux s'est écrite une page d'histoire.
    L'âme des morts s'entend encore à la nuit noire.
    Lors le maître des lieux dans un grand fauteuil dort.
    On le devine grand et il doit être fort.
    Malgré son gilet noir et sa chemise blanche
    Comme ceux que portaient jadis les paysans,
    Au vieux temps d'autrefois, il y a bien longtemps.
    Il a l'air d'un seigneur, aussi beau qu'un dimanche.
    Il n'est plus qu'un vieillard mais il semble si doux,
    Avec ses longs cheveux, on dirait Saint-Pol-Roux.
    Oui ! tant de majesté, tant de droiture émanent
    De cet homme endormi, simple valet pourtant,
    Qu'on dirait comme au temps de la guerre chouanne,
    Un ci-devant marquis vêtu comme un manant.
    Avec son nez courbé, son front haut, ses traits fins,
    Qui donc pourrait penser qu'il courait les chemins
    En tant que colporteur, d'objets et de nouvelles,
    Et qu'on disait de lui qu'il séduisait les belles ?









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commentaires ( 3 ) (Ajouter un commentaire)
cecel le dimanche 03 juin 2018, à 10:11
Bonjour René.
C'est tout simplement magnifique.
Il faut cependant quelquefois s'arrêter pour reprendre son souffle mais l'envie de reprendre cette belle route est bien présente.
Merci !
Amitiés poétiques
Marcel.

liameliavq le dimanche 28 octobre 2018, à 08:54
Des alexandrins parfaits et d'une beauté pure ! Comme Marcel, j'ai lu en plusieurs fois, puis j'ai relu et relu encore, pour finir à haute voix tellement vos vers sont musicaux...
Mon admiration la plus profonde.
LN.

rivaudais le lundi 05 novembre 2018, à 00:42
MERCI à vous deux. Je suis comblé... et obligé de redoubler de rigueur

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