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Boris Vian revisité (1920-1959)

le dimanche 03 juin 2018, à 09:19. Posté par Michel Ernest


    Écrivain, traducteur, chanteur
    Parolier, peintre, trompettiste
    Directeur artistique, acteur
    Poète, ingénieur, scénariste

    Voilà les différents métiers
    Qu'exerçait Vernon Sullivan
    Ainsi qu'il s'était surnommé
    Pour s'émanciper de ses fans

    C'est le dix mars mil neuf cent-vingt
    Que du couple Paul et Yvonne
    Naît Boris le fils benjamin
    D'une fratrie de trois personnes

    Nous sommes à Ville-d'Avray
    Une ville de Seine-et-Oise
    Où Paul, austère Versaillais
    Dispense une instruction bourgeoise

    D'une santé plutôt fragile
    Pour ne pas dire chancelante
    On fait venir à domicile
    Une scrupuleuse enseignante

    Très tôt il sait lire et écrire
    Il apprend l'anglais avec fièvre
    Et comme son mal point n'empire
    Il s'en va étudier à Sèvres

    Puis au lycée Hoche à Versailles
    Enfin Condorcet à Paris
    Le jeune Boris est de taille
    À passer son bac sans soucis

    Il se passionne pour le jazz
    En France encore méconnu
    Et le soir venu il embrase
    Avec sa trompette la rue

    Quand la guerre mondiale éclate
    Boris a juste dix-neuf ans
    Mais sa santé trop délicate
    Le réforme du contingent

    Il entre à l'École Centrale
    Des Arts et des Manufactures
    Qui a quitté la Capitale
    Pour une autre "kommandantur"

    Comme l'école est en Charente
    Toute la famille le suit
    Dans les Landes elle s'implante
    Car les Vian détestent Vichy

    Boris épouse sa promise
    En quarante et un, à Paris
    Son nom c'est Michèle Léglise
    À l'église il s'est donc uni

    Voulant coller à son époque
    Boris s'intéresse aux Zazous
    Crée des clubs plus ou moins loufoques
    Où les gandins ont rendez-vous

    Parallèlement il décroche
    Un diplôme d'ingénierie
    Lors, en plus de l'argent de poche
    L'administration le nourrit

    Vers quarante-quatre il publie
    Sous le pseudo "Bison ravi"
    Quelques poèmes bien sentis
    Sur la cruauté des nazis

    Peu après, Boris fait paraître
    Son roman "L'Écume des jours"
    Qui, s'il le fait un peu connaître
    Malheureusement est un four

    En quarante-sept, il s'impose
    Avec un roman, une bombe
    Dont le titre empreint de psychose
    Est : "J'irai cracher sur vos tombes"

    À la nuit venue, rue Dauphine
    Au cœur de Saint-Germain-des-Prés
    Ça balance, ça se dandine
    Quand il joue ses airs endiablés

    Boris qui n'est plus fonctionnaire
    [Il a donné sa démission]
    Vit dans le monde littéraire
    Et parfois écrit des chansons

    Il se lance dans le théâtre
    Et la comédie musicale
    Il coupe les phrases en quatre
    Au milieu d'un ballet vocal

    Il se sépare de Michèle
    En mil neuf cent cinquante et un
    Pour une Allemande très belle
    [De seins Michèle à seins germains]

    Boris, maintenant trentenaire
    S'essaie au métier de chanteur
    Il crée un chant contre la guerre
    Qu'il appelle "Le Déserteur"

    Mais son thème antimilitaire
    Antimilitariste même
    Lui vaut les foudres de ses pairs
    Du public et du "star system"

    Après le jazz, le roman noir
    Le théâtre, le music-hall
    Boris découvre un nouvel art
    Venu de l'ouest, le "rock'n'roll"

    "Rock'n'roll Mops" d'Henry Cording
    [C'est l'alias d'Henri Salvador]
    "Fais-moi mal Johnny", autre swing
    Sont tous deux presque disques d'or

    Mais la java encor le pique
    Celle des "chaussettes à clous"
    Celle des "bombes atomiques"
    Aux thèmes souvent aigres-doux

    Malgré ses soucis de santé
    Il ne cesse guère son job
    Il écrit "Les Joyeux bouchers"
    "Je bois" et encore "J'suis snob"

    Il est directeur artistique
    Chez Philips, puis chez Fontana
    Lors, Boris change de boutique
    Et chez Barclay donne le "la"

    La maladie frappe l'artiste
    Mais comme il est surréaliste
    Pour ne pas trop nous rendre triste
    Il écrit "Le Blues du dentiste"

    Boris décède d'un œdème
    Pulmonaire gros comme un œuf
    À Paname, dans le septième
    Le vingt-trois juin cinquante-neuf

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commentaires ( 2 ) (Ajouter un commentaire)
cecel le dimanche 03 juin 2018, à 09:41
Bonjour Michel
Merci pour ce poème. Je le nomme ainsi, préférant ce terme, ce qualificatif (car c’en est un !) à biographie.
L’exercice ne doit pas être facile quand il s’agit d’aligner quelques données concernant l’illustre Boris Vian, de respecter les contraintes d’une forme poétique, d’accrocher et de ne plus lâcher le lecteur en le charmant par une belle poésie.
Amitiés Poétiques.
Marcel

rivaudais le dimanche 03 juin 2018, à 14:05
Michel Ernest: deux prénoms pour nous apporter des portraits pour nous enchanter. Et nous instruire de par ce fait. Quel doux plaisir de lire vos biographies en vers. Pas contre tous au contraire, pour tous ! Je suis persuadé que j chacun apprend de vos vers .. et de votre savoir.. Pour moi, c'est le cas et je vous en remercie.

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