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Yvette Horner revisitée (1922-2018)

le dimanche 24 juin 2018, à 19:20. Posté par Michel Ernest


    Monsieur Saint-Pierre, s'il vous plaît
    Dernièrement un de vos anges
    A dû réceptionner, en mai
    Une dame aux cheveux orange

    Monsieur le grand maître des saints
    Cette dame n'est pas "beatnik"
    Pas plus "hippie" que "punk à chien"
    Juste un petit peu excentrique

    Pour éviter le purgatoire
    À la douce et gentille Yvette
    Je vais vous raconter l'histoire
    De cette reine du musette

    À Tarbes, un beau jour d'automne
    De l'année mil neuf cent vingt-deux
    Vient au monde notre championne
    Qui trille sur "areu-areu"

    À peine quitté le berceau
    On lui enseigne la musique
    Passant du hochet au piano
    Mais les parents peu romantiques

    Ou peut-être un peu féministes
    Soucieux d'un avenir pour elle
    Conviennent qu'elle soit pianiste
    Mais avec deux jolies bretelles

    Son éducation se poursuit
    À Paris où la jeune Yvette
    Apprend compo et harmonie
    Pour être une artiste complète

    Quand elle revient au pays
    C'est pour épouser un copain
    Qui joue au football aujourd'hui
    À Bordeaux, dans les Girondins

    Entrevoyant un horizon
    Prospère dans l'accordéon
    Le mari, en fin de saison
    Raccroche vite ses crampons

    Et ainsi l'ancien footballeur
    S'il n'est pas son imprésario
    Devient le premier supporteur
    De sa championne sans maillot

    Les amis de son charmant prince
    Ont des relations à Paris
    Elle quitte alors sa province
    Ses petits bals du samedi

    Et du théâtre obscur et sale
    Au fin fond de l'Occitanie
    C'est dans de grandes belles salles
    Que notre Yvette se produit

    Elle joue si bien et si vite
    À quatre notes par secondes
    Qu'en mil neuf cent quarante-huit
    La voilà championne du monde

    Elle remporte bien des prix
    Elle décroche bien des lots
    Mais le plus noble c'est celui
    De l'Académie Charles-Cros

    En mil neuf cent cinquante-deux
    L'accordéoniste a trente ans
    Et pour se dérider un peu
    Accepte un contrat amusant

    Un mécène du Tour de France
    Sachant la popularité
    De l'artiste veut sa présence
    Musicale à chaque arrivée

    Durant de nombreuses années
    Coiffée d'un joli sombrero
    Sur le toit d'une auto, juchée
    Elle joue rumbas et pasos

    Et quand se termine le Tour
    On la retrouve en bord de Seine
    Où elle est reine des "Six-Jours"
    Reine de la "petite reine"

    Quand viennent les années soixante
    Yvette passe aux oubliettes
    Antoine et "Les Problèmes" chantent
    Qu'ils préfèrent la clarinette

    Pendant toute une décennie
    Les "Yé-Yé" sont maîtres du monde
    D'Angleterre aux États-Unis
    Le twist s'installe sur les ondes

    Verchuren, Azzola, Ledrich
    Et notre Yvette nationale
    Se contentent de quelques niches
    Quelques émissions matinales

    En quatre-vingt, Jean-Paul Gaultier
    Le grand couturier fantaisiste
    Relooke de la tête aux pieds
    Notre aimable accordéoniste

    Le grand couturier lui dessine
    Une toilette en "Tour-Eiffel"
    Et une crinière rouquine
    Cache ses cheveux poivre et sel

    Lors, la jeune sexagénaire
    Retrouve la notoriété
    Mais son bonheur est éphémère
    Car son mari vient d'expirer

    Elle revient dans la lumière
    Vêtue en tricolore, à l'aise
    Jouant pour le bicentenaire
    De la Révolution française

    En mil neuf cent quatre-vingt-dix
    C'est au Casino de Paris
    Que ses amis se réunissent
    Pour applaudir ses mélodies

    Neuf ans plus tard, la bonne Yvette
    Près de Béjart est enrôlée
    Pour le ballet "Casse-noisette"
    Au théâtre du Châtelet

    Après avoir écrit un livre
    Où elle vide sa musette
    Elle vend ses biens et part vivre
    Dans une maison de retraite

    Ce qui n'empêche pas la dame
    À quatre-vingt-cinq ans, ma foi
    Pour retrouver un gentleman
    De faire le mur quelquefois

    Sa toute dernière escapade
    C'est pour retrouver Azzola
    Mais là, plus vieille que malade
    Dame Yvette ne revient pas

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