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Mandrin revisité (1725-1755)

le mardi 03 juillet 2018, à 09:54. Posté par Michel Ernest


    Mandrin était-il un voyou
    Ou bien, au contraire, un brave homme ?
    Je n'ai pas d'avis, je l'avoue
    Peut-être comme vous, en somme ?

    Aîné de huit frères et sœurs
    Blond de cheveux, beau de visage
    Il est surnommé "Belle humeur"
    Et est connu pour son courage

    À Saint-Étienne de Saint-Geoirs
    Une localité d'Isère
    Vivent les Mandrin, sans histoire
    Des revenus de leur bon père

    Mais lorsque ce dernier décède
    Louis Mandrin n'a que dix-sept ans
    C'est donc lui qui, sans aucune aide
    Nourrit la mère et les enfants

    En mil sept cent quarante-huit
    Il monte si bien à cheval
    Qu'il signe un contrat insolite
    Avec un fermier général

    Il faut en gros qu'il ravitaille
    À la tête de cent mulets
    L'armée de France qui bataille
    Outre-Alpes, dans le Milanais

    Il perd la plus grande partie
    De son troupeau dans la montagne
    Et à son retour au pays
    Seules vingt bêtes l'accompagnent

    Le fermier général refuse
    De dédommager Louis Mandrin
    Aussitôt ce dernier l'accuse
    D'être une canaille, un gredin

    Ruiné, Louis Mandrin aux abois
    Ses créanciers, point ne rembourse
    Et se réfugie dans les bois
    Auprès de croquants sans ressources

    En mil sept cent cinquante-trois
    Une rixe mortelle éclate
    Menant les survivants, tout droit
    À la pendaison immédiate

    C'est ainsi que le jeune frère
    De Louis passe dans l'étrangloir
    Jetant l'aîné dans une guerre
    Sans merci contre le pouvoir

    Le jeune homme naguère intègre
    Intègre un clan de malfaiteurs
    Une tribu de basse pègre
    Des contrebandiers, des voleurs

    Par son autoritaire voix
    Louis en devient vite le chef
    Et le Dauphiné, la Savoie
    Il connait par cœur le relief

    Lors, "Capitaine général
    De la contrebande de France"
    En cette terre Delphinale
    Où il a passé son enfance

    Il se livre à divers trafics
    De tabac, de coton, d'horloges
    Qu'il revend souvent en public
    Étant même aux premières loges

    Mandrin est heureux comme un gosse
    Lorsque menaçant d'un tromblon
    Il vend le fruit de son négoce
    À quelques administrations

    À la tête de ses soldats
    Recrutés parfois en prison
    À condition qu'ils ne soient pas
    Voleurs, assassins ou démons

    Mandrin investit par surprise
    Rodez, Le Puy, Beaune et Autun
    Et écoule sa marchandise
    Deux fois moins cher qu'en magasin

    Oui, les fermiers généraux râlent
    Mais ils sont si impopulaires
    Que l'aristocratie locale
    L'aime, ainsi que monsieur Voltaire

    Le roi de France est en colère
    Il lance l'armée pour chasser
    Ce "Robin des Bois" de l'Isère
    Qui, en Savoie, s'est retranché

    Les fermiers généraux envoient
    Près de cinq cent faux paysans
    Qui dans le duché de Savoie
    Pénètrent illégalement

    Louis, qui vient d'avoir trente ans
    À Rochefort-en-Novalaise
    Avec ses quatre lieutenants
    Au château se repose à l'aise

    Mais trahi par deux de ses hommes
    Les Français entrent dans la place
    Trouvent Louis Mandrin et le somment
    De se rendre contre une grâce

    On ramène Mandrin en France
    Mais de grâce, point on n'accorde
    Pire, ces messieurs de Valence
    Trouvant bien trop douce la corde

    Le condamne au pire supplice
    Être roué vif, sur une roue
    Peu de cris lors du sacrifice
    Rendent vil le royal courroux

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