Mes poèmes - Forum - Livre d'or - Liens - Moi

 

Le coeur et la raison

le jeudi 04 mars 2004, à 22:41. Posté par didier


    Un jour, … funeste jour que celui-ci, et alors qu’il ne vit rien venir, un oeil du se rendre à l’évidence, il ne voyait plus.

    A première vue tout lui indiquait qu’il faisait jour. Le coq avait chanté, les paupières plissaient sous la lumière du soleil, la rétine nerveuse à souhait s’excitait au fond du globe, la pupille dilatée matait tous azimuts, et pourtant la nuit régnait, noire, opaque, pas même un voile éclairé.

    Comment cela avait-il pu arriver ? Si brusquement !
    Bientôt à ne pas savoir où mettre les pieds c’était sûr il allait perdre la tête. Il lui fallait rapidement trouver l’origine de ce disfonctionnement, y concentrer toute son attention et renaître au jour avant la nuit.

    En un clin de lui il se fit porter tous les paramètres connus et inconnus, prévus et à prévoir et même ceux supposés. Un rapide coup d’encore lui ne relevait aucune anomalie, les courbes et les graphes semblaient parfaits dans les déliés, les abscisses correctement ordonnées. De toute façon en bon oeil qu’il était il n’y entendait rien.

    Partout autour de lui la vie filait à grands bruits, ce vacarme qu’il ne remarquait pas quand il pouvait lui donner forme, raisonnait maintenant dans son cristallin.

    Sans lumière comment donner éclat à la vie, comment éviter les chausse-trappes. Dormir le jour ? Veiller la nuit ? Et le pied, le bon pied allait se perdre sans son bon oeil. Sans clairvoyance il s’apprêtait à subir l’existence, peut-être ne le voyait-on déjà plus, comment lire dans le regard de l’Autre ?

    Le temps s’écoulait doucement comme cette larme qui naissait de sa glande lacrymale. Attendri l'oeil regardait ce bulbe salé enfler et s’échapper vers la lumière.

    Bon sang, mais c’est bien sûr ! S’exclama t-il. Il reprit les paramètres rapportés, s’en fit apporter d’autres plus jolis, plus colorés, plus droits et alignés, décidément il n’y entendait goutte, et cependant c’était clair.

    Cette larme témoignait d’une souffrance qu’aucun parcours eulérien ou hamiltonien d’aucun graphe ne pouvait révéler.

    Le coeur souffrait.

    Interrogé sur sa santé le coeur gros livra ses états d’âme. Il avait perdu la raison. Doucement sans vraiment s’en apercevoir les liens harmonieux et essentiels qui le liaient à la raison s’étaient rompus. Sans ceux là le courant ne passait plus entre le coeur et la raison.

    Voilà donc l’objet du Mal. Ces milliers de connexions infimes, ces centaines de noeuds plus solides que n’importe quel noeud marin, si intimes autrefois, s’ignoraient à présent et empêchaient ainsi la lumière d’entrer, d’inonder l’âme de son éclat chaleureux.

    La raison quant à elle n’avait plus coeur à rien, elle se contentait de résonner en écho, sans vraiment en chercher la raison.

    Quand le coeur s’emportait la raison l’emportait !

    Il n’y avait plus place pour le doute, la joie ou l’espoir. L’émotion n’était plus qu’un mot et seuls les mots servaient l’expression. Le malaise était grand et aucun remède connu ne semblait pouvoir faire jaillir la lumière dans ce corps éclairé, de raison.

    Cependant la délivrance vient parfois de là où on l’attend le moins et en ce jour aussi sombre que les précédents ce fut du nez que vint un éclairage nouveau.

    Privés de lumière les autres sens s’étaient aiguisés et de tous le nez avait une longueur d’avance. Rien ne lui échappait, vraiment il avait du pif et se gaussait de vibrer des narines à la moindre nouvelle effluve.

    Aujourd’hui un parfum nouveau vint caresser ses cornets, un parfum si délicat qu’il aurait pu en dessiner les contours. Il aspirait tant et plus dans tous les sens que les autres par l’odeur alléchés se mirent promptement à l’affût de la moindre information nouvelle.

    Bientôt le toucher reconnu la peau qui l’effleurait, une peau si douce, si fine qu’il osait à peine s’y poser. Empourpré d’un contact aussi délicat il retransmit plus avant le délicieux courant qui le parcourait à présent.

    En un clin d'oeil, ce flux électrique, ce coup de foudre se répandit tout au long du fin maillage de tissus, fils et noeuds encore éteints, faisant jaillir une lumière si forte qu’aussitôt le coeur et la raison se reconnurent enfin et l'oeil voyait…..

<< Retour aux poèmes

 

Donner une note à ce poème ... (Note actuelle : 1/10)
Vous devez être connecté sur Mespoemes.net pour donner une note à un poème.

 

commentaire ( 1 ) (Ajouter un commentaire)
mariedo le jeudi 26 août 2004, à 10:15
Beau tableau de ce que l'on ne voit pas et que l'on voit quand on ne voit plus! À bientôt.

Ajouter un commentaire à ce poème en tant que :

Vous devez être connecté sur Mespoemes.net pour poster un commentaire.

 

 

Mes poèmes - Forum - Livre d'or - Liens - Moi

 

Hébergé gracieusement par MesPoemes.net - Créer un site internet