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Landru revisité (1869-1922)

le dimanche 15 juillet 2018, à 11:48. Posté par Michel Ernest


    Pour ne pas rester anonymes
    Dans l'abyssale éternité
    Des hommes commettent des crimes
    Sans faire la chose à moitié

    Certains tuent un roi, une reine
    Ou bien dépècent père et mère
    D'autres tuent des gens par dizaines
    Et les voilà au dictionnaire

    Mais il est des tueurs d'autre espèce
    Indifférents à l'avenir
    Qui tuent avec délicatesse
    Presque par amour, par plaisir

    Et leurs noms sont aussi célèbres
    Que les tueurs cités ci-dessus
    Mais pour moi, pas un de ces zèbres
    N'avait le talent de Landru

    Henri-Désiré, je suppose
    Était un enfant désiré
    Car j'en devine un peu la cause
    C'était un garçon, le premier

    Julien Alexandre Sylvain
    Sont les prénoms du paternel
    Et Flore est le prénom divin
    De la mère, née Henriquel

    Les Landru habitent Paris
    Rue Puebla, dans le dix-neuvième
    C'est là que naît l'enfant chéri
    Dans un genre de HLM

    Sous la Troisième République
    La tribu quitte le quartier
    Et loue un logis idyllique
    En pleine île de la Cité

    Désiré fréquente l'école
    Des Frères, rue Bretonvilliers
    Ses parents même le cajolent
    Pour en faire un jour un curé

    Mais le gamin, lui se délecte
    D'algèbre et racines carrées
    Il voudrait être un architecte
    Mais n'en a les capacités

    Pour séduire une jeune fille
    Il prétend être un intello
    Il en obtient la peccadille
    Un mariage et un marmot

    De vingt-quatre à trente et un ans
    Il change vingt fois de métiers
    La naissance de quatre enfants
    Met le couple en difficulté

    Aussi pour toucher le pactole
    Landru lance une souscription
    Sur des bicycles à pétroles
    Sortis de son imagination

    Il touche une importante somme
    Sous une identité d'emprunt
    Déclenchant une chasse à l'homme
    Qui bien sûr ne conduit à rien

    Il poursuit ses escroqueries
    Dissimulé sous de faux noms
    Mais un jour la gendarmerie
    L'arrête et l'envoie en prison

    En mil neuf cent sept, il est libre
    Et change son fusil d'épaule
    Touchant la romantique fibre
    Il entre dans un jeu de rôle

    Après de fausses fiançailles
    Avec une sotte, bien vraie
    Landru prend la dot et se taille
    Et jamais ne réapparaît

    Mais la police le rattrape
    Et l'emprisonne pour trois ans
    Mais le barbu garde le cap
    Car il manque encore d'argent

    Bien vite il achète un garage
    Qu'il revend immédiatement
    Sans avoir donné un seul gage
    Au propriétaire d'avant

    Il est repéré assez vite
    Mais la justice ne l'empoigne
    Car notre escroc a pris la fuite
    Sachant qu'il mérite le bagne

    Pour s'octroyer des revenus
    Il se fait beau comme un sous neuf
    Courtisant quelques ingénues
    Qui voient en lui un charmant veuf

    Il les convie à un séjour
    Dans une villa isolée
    Qu'il a loué pour quelques jours.
    À Chantilly, à Vernouillet

    En cette fin des Années folles
    Débute une guerre insensée
    Les jeunes veuves se consolent
    Dans le lit des bourgeois aisés

    Jeanne Cuchet, une lingère
    Une esseulée de trente-huit ans
    Séduite par notre compère
    Se fait voler tout son argent

    Quand bientôt Jeanne le retrouve
    Landru s'excuse en larmoyant
    Et face au chagrin qu'il éprouve
    Avec son fils de dix-sept ans

    Elle s'installe à la campagne
    Chez le barbu hospitalier
    Lors, les deux naïfs sous sa poigne
    Disparaissent à tout jamais

    Il fait disparaître leur corps
    Dans le fourneau de la villa
    Puis rentre à Paris à l'aurore
    Et redevient un bon bourgeois

    Deux fois encore il récidive
    Dans sa maison de Vernouillet
    Mais, devant l'odeur excessive
    Il va s'installer à Gambais

    Gambais, tout près d'Aubergenville
    Là, Landru loue une maison
    Sur une butte assez tranquille
    Ventilée en toutes saisons

    Il s'y rend en chemin de fer
    Avec ses victimes du jour
    Où il est seul dans cette affaire
    À s'offrir un aller-retour

    Tandis qu'au front partent se battre
    Les pères, les fils, les amants
    Landru demeure près de l'âtre
    À faire cuire les mamans

    Quand il retrouve sa famille
    Il apporte toujours des fleurs
    De l'argent, de la pacotille
    Normal, on le croit brocanteur

    À l'hiver mil neuf cent dix-huit
    Monsieur le maire de Gambais
    Reçoit des lettres insolites
    Concernant ses administrés

    Cinq ou six couples inconnus
    Depuis un bout de temps déjà
    Résideraient à leur insu
    À Gambais sous le même toit

    Il apparaît, après enquête
    Qu'il s'agit d'un même occupant
    Un monsieur Landru en goguette
    Marié, père de quatre enfants

    Et ses invisibles compagnes
    N'auront fait qu'un bien court séjour
    En cet endroit, comme en témoignent
    Leurs os retrouvés dans le four

    Confondu l'escroc séducteur
    Avouera avoir contacté
    Deux cent quatre-vingts jolis cœurs
    Dont seuls onze furent brisés

    Le procès de ce misérable
    S'ouvre en novembre vingt et un
    Une foule considérable
    Veut voir de près cet assassin

    L'aristocratie, les artistes
    Mistinguett, Colette, Raimu
    Viennent écouter en touristes
    Les insolences de Landru

    Dans ses réparties drolatiques
    On sent qu'il n'a aucun remord
    Et c'est en parfaite logique
    Qu'on requiert la peine de mort

    Condamné à la guillotine
    Son recours étant rejeté
    Quand bientôt sonnent les matines
    Et qu'on vient pour le réveiller

    Quand le curé [pince-sans-rire ?]
    Lui dit : "Croyez-vous au prophète ?"
    Landru répond : "Je vais mourir
    Et vous, vous jouez aux devinettes !"

    Un verre de rhum, il repousse
    "Car c'est mauvais pour la santé"
    "Partir dans les bras d'une rousse"
    Est sa dernière volonté

    À son avocat qui l'exhorte
    D'avouer avant le grand voyage
    Il lui répond d'une voix forte
    "Cela, c'est mon petit bagage"

    À six heures, par un temps clair
    Le vingt-cinq février vingt-deux
    Le sieur Anatole Deibler
    Décapite le présomptueux

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