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Le docteur Petiot revisité (1897-1946)

le mardi 24 juillet 2018, à 17:56. Posté par Michel Ernest


    Fils de rigide trentenaire
    Et de mère jeune et discrète
    Marcel Petiot naît à l'hiver
    Mil huit cent quatre-vingt-dix-sept

    La famille loge à Auxerre
    Où le marmot est écolier
    Et déjà son maître repère
    Une ferme précocité

    Fort d'une grande intelligence
    Il sait vite lire et compter
    Mais on note quelque violence
    Dans ses façons et ses idées

    À douze ans on envoie sa mère
    Dans un asile d'aliénés
    À son quinzième anniversaire
    La mère est morte et enterrée

    Marcel avec son jeune frère
    En pension chez une cousine
    Font en classe telles misères
    Qu'ils tombent pour indiscipline

    À Joigny où le père exerce
    Celui-ci les reprend en main
    Mais de chimères, il se berce
    Pour son fils Marcel, tout du moins

    À dix-sept ans, Marcel fait "Lettres"
    [Non pas l'école, mais les boîtes]
    Il aime en effet se repaître
    Des épistoles délicates

    Sur l'avis de quelques psychiatres
    Il est déclaré "bipolaire"
    Aussi, libre, il s'en va combattre
    L'Allemand dans la Grande Guerre

    Blessé d'un éclat de grenade
    Il est soigné à Orléans
    Mais là son cerveau se dégrade
    Marcel vole des vêtements

    Jeté en prison militaire
    Puis au service psychiatrique
    On le renvoie faire la guerre
    Comme simple neurasthénique

    Atteint de dépression nerveuse
    Il se tire une balle au pied
    Ce qui lui vaut une douteuse
    Allocation d'infirmité

    Puis, en tant qu'ancien combattant
    Il peut reprendre ses études
    De médecine, sur le champ
    Avec notable mansuétude

    Ainsi, à moins de vingt-cinq ans
    Avec une mention "très bien"
    Sous les bravos des étudiants
    Marcel Petiot est médecin

    C'est à Villeneuve-sur-Yonne
    Qu'il tient cabinet médical
    Là, où il devient à l'automne
    Un conseiller municipal

    À vingt-neuf ans, il est le maire
    De ce sympathique village
    Et d'un riche propriétaire
    Il obtient la fille en mariage

    Marcel serait-il donc guéri
    Vous demandez-vous cher lecteur ?
    Malheureusement notre ami
    Va commettre quelques erreurs

    Il va accorder des largesses
    À des gens en difficulté
    Il va se servir dans la caisse
    De la municipalité

    Il se fait transférer des fonds
    Dans une banque de Paris
    Via de fausses déclarations
    À l'Assurance Maladie

    Cité devant les tribunaux
    L'aventure arrive à son terme
    Mais l'avocat, maître Floriot
    Lui évite la prison ferme

    Déchu de son mandat de maire
    Il part s'installer à Paris
    Car au village les commères
    Le soupçonne d'un incendie

    Rue Caumartin, dans le neuvième
    Le docteur Petiot officie
    Ce qui ne pose aucun problème
    À sa clientèle ébaubie

    Il délivre des ordonnances
    Un peu à tort et à travers
    Aux truands, aux drogués en transes
    Aux malades imaginaires

    Courant mil neuf cent trente-six
    Une crise de cleptomanie
    Le traîne devant la justice
    Qui l'abandonne en psychiatrie

    Tranquillement six mois plus tard
    Il reprend ses consultations
    Se livrant même au marché noir
    Au début de l'Occupation

    Il a une fortune telle
    Qu'on le dit millionnaire même
    De quoi se payer un hôtel
    Particulier, dans le seizième

    Il y fait élever un mur
    Pour être à l'abri des regards
    Et dans la cave, il se murmure
    Qu'il construit un laboratoire

    En mil neuf cent quarante-deux
    Il propose à quelques gogos
    Un passage vers d'autres cieux
    Pour éviter la Gestapo

    Lors, les prétendants au voyage
    Invités par un rabatteur
    Avec de l'or dans leurs bagages
    Disparaissent dans sa demeure

    Pendant trois ans, sans une pause
    Il dépouille de pauvres types
    Mais, découvrant le pot-aux-roses
    Les Fritz l'agrippent et l'étripent

    Au bout de huit mois de souffrance
    Les SS s'en désintéressent
    N'étant pas de la Résistance
    Il retourne à sa forteresse

    À peine arrivé à demeure
    Il nettoie du sol au plafond
    Ce qui entraine des odeurs
    Qui le font quitter sa maison

    Les voisins écœurés, alertent
    Le commissaire et les pompiers
    Qui découvrent des corps inertes
    Attendant d'être incinérés

    En fuite, le docteur s'engage
    Crânement dans les F.F.I.
    Pour y jouer le personnage
    Du "Capitaine Valéry"

    On semble avoir perdu sa piste
    On croît qu'il a pris le bateau
    Jusqu'au jour où un journaliste
    L'accable dans un édito

    Imprudent, Petiot s'exaspère
    Et insulte le rédacteur
    La police alors le repère
    Et l'arrête tout en douceur

    Accusé de plus de vingt crimes
    Vingt-sept pour être très précis
    En fait le nombre de victimes
    Serait soixante, selon lui

    Au président de cour d'assises
    Avec un satané culot
    Le docteur Petiot lui précise
    Qu'il s'agissait de collabos

    Malgré les faits, malgré les preuves
    Le célèbre René Floriot
    Entame une plaidoirie fleuve
    Pour défendre Marcel Petiot

    Mais le tribunal implacable
    Rend un funèbre jugement
    Il expédie direct au diable
    Le bien-nommé "Docteur Satan"

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