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«Taca »

le vendredi 03 août 2018, à 17:24. Posté par Johan



    Ce conte poétisé est inspiré des écrits du poète andalou Ibn Zamrak (1333-1393), qui est considéré comme le plus brillant des poètes de l'Alhambra en Al-Andalus.

    «Taca » (1)

    En haut de cette tour, sise douillette chambre
    où vit jolie dame au teint doré comme ambre.
    Elle est belle fleur qui fanerait sans cette eau,
    Que chaque jour, moi misérable vermisseau,
    Je verse dans les cruches des tacas de sa porte.

    Sa brillante chevelure noire ébène, s’envole par l’air,
    Que produit l’éventail qu’agitent mes bras d’esclave.
    Elle est ceinte d’un diadème de soie tressée finement.
    Sa frimousse, tout en harmonie, est enjouée et suave.
    Son corps est un roseau dansant au rythme des vents.

    Chaque matin son regard doré se perd au loin sur la mer,
    Dont les flots viennent battre, de la tour, la base rocheuse.
    Bien longtemps j’avais cru que cette princesse m’ignorait,
    Moi, ce chien de chrétien captif, à la fierté orgueilleuse,
    Que son père le calife, lui avait donné pour son service.

    Mais je me trompais bien, car au-delà de cette indifférence,
    Ahyda, c’était le nom de cette fleur, elle aussi, m’épiait.
    Elle avait perçu que ma docilité, qu’à son service, n’était.
    Que mon obéissance aux autres, ne passait que par le fouet.
    Qu’en avait-elle déduit ! Ses pensées seules le savaient

    Ainsi, un matin d’un joli jour, au parfum de jasmin,
    Je sentis son souffle de gazelle caresser ma nuque.
    Elle vint, de moi si près, que me frôlèrent ses seins.
    J’entendis sa voix s’enrouler autour du pilier de stuc
    Qui me chuchota : « amoureux de moi tu es, enfin. »

    Alors que je versais l’eau claire dans les cruches des tacas,
    Un matin d’un joli jour à la senteur de rose, je fus surpris
    D’entendre proclamer par le calife, lui-même, en son palais,
    Le prochain mariage de la belle Ahyda à qui la vie sourit
    Elle sortit de sa chambre et vint sans détour m’embrasser

    Ces yeux d’ébène pénétrèrent longtemps l’azur des miens.
    En parcourant de ses lèvres doucereuses mon visage ébahi,
    Sa voix, aussi mélodieuse que la musique d’un luth, me dit :
    « Ta liberté j’ai acheté, ta liberté je te rends pour m’épouser »
    M’aimes-tu assez pour que nos deux destinées se lient ainsi !

    Je l’aimais follement au point de chasser de mon âme toute haine.
    Je l’ai aimé le premier jour où j’ai rempli ses tacas d’eau fraiche,
    Et que par sa porte entrouverte, je la vis assise sur un tapis de laine
    Chantant, de sa claire voix de nymphe, une bien triste complainte.

    Alors, pour cet amour-là, je l’ai laissée m’enlever, mes chaines de fer
    Qu’elle remplaça vite par des attaches de cœur aux saveurs de pêche.
    Elle renonça, pour son amour pour moi, à être belle princesse héritière
    Tout comme, par amour pour elle, je renonçais à tout retour chez moi.

    Nous vivons en bonheur, là-haut dans une blanche maison ancienne,
    Où son père le calife de Granada aimait à venir, en discret visiteur,
    Jouer avec ses petits-enfants et, des montagnes, goûter la fraicheur.

    Johan (JR.).

    La "taca" était une niche, un placard à provisions ou un trou dans le mur, qui était toujours par deux de chaque côté des arcs ou des portes d'entrée des chambres pour y garder des pots d'eau.

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commentaires ( 5 ) (Ajouter un commentaire)
mariepaule le samedi 04 août 2018, à 09:16
Coucou Johan

Un beau conte romantique, mais aussi de belles images d'un endroit que je ne connais pas

J'aime

Beau week end dans la chaleur du four nature.


mariepaule le samedi 04 août 2018, à 09:17
Amitiés
Marie

johan le samedi 04 août 2018, à 09:51
Bonjour Marie !
Avec les histoires andalouses, nous sommes presque toujours dans les contes des mille et une nuits !
Le Berry croule sous la chaleur, au point d'en faire flétrir les feuilles des grands arbres de la forêt.
Belle journée à vous Marie !
Amitiés !
Johan

liameliavq le samedi 04 août 2018, à 20:25
Quel romantique conte andalou !
Cela me réconcilie presqu'avec les hommes de pouvoir qu'un des leurs en son temps ait réussi à voir l'amour de ces deux jeunes personnes et de leur offrir un si beau présent que la liberté et le choix de s'aimer...
Très jolie histoire et toujours aussi succulemment écrite de par vos mots cher Johan.
Merci de ce brin d'espoir en l'amour qui permet d'alléger le coeur.
Bisous.
LN.

johan le dimanche 05 août 2018, à 11:48
Bonjour Hélène !
L'Alhambra est un lieu si magiquement mystérieux que beaucoup de légendes y sont attachées.
Pour mieux percevoir ce côté légendaire, c'est encore l'approche poétique qui me semble le plus pertinent !
C'est cette recherche poétique et en particulier le poète Ibn Zamrak qui ma inspiré ce conte poétique.
Bon dimanche mon Amie !
Bisous !
Johan

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