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Les Guetteurs insomniaques.
…..De l’Infime à l’Immense, Lumière, Ténèbres, Fracas, Silence, Durées, Passages, Sens et Abîme de Sens, Bonheur, Effroi, Plaisir, Souffrance, Entrelacs et Scansion de leurs Rythmes, du Mouvement tressé à l’éternel Repos, Admiration, Stupeur, Jour et Nuit, Jour et Nuit ! Chaos et Accrétions, Disjonctions des Matières, Guerre et Paix des Contraires, des Venues et des Disparitions, Jaillissements, Effacements, Essors, Retraits, Fulgurances, Accalmies, Ô Matin des Matins, Ô Nuit des Nuits ! Les Guetteurs insomniaques vous redoutent, vous attendent et l’on ne sait, à l’Extrême, s’il s’agit d’une Lumière obscure encore ou d’une Nuit illuminée qui dure et rien ne nous fait Signe, dans la Confusion des Deux, à l’Heure indécise, de ce qu’il en sera…..Veillez, Guetteurs, exercez votre difficile Métier à distinguer pour Nous le Vivant du Mourant ou dites s’ils s’enlacent à l’Extrême, à Jamais…..
J’entends, je vois, je sens, je touche et j’imagine des Bouillonnements de Vie, Appétences de Proies, d’Espace, Esquisses désirantes d’Avancées, d’Avenir, Pulsations, Impulsions frénétiques de Possibles, Vital irrépressible qui se jette en avant et darde ses Antennes, Tentations, Tentatives, Prédation, Amour, peut-être, ses Energies buissonnantes de Corps et d’Animalité, natives et inlassables, Puissances d’Être, Innervations de Joie, d’Accroissement, Efflorescences, Fleurs rouges de la Chair qui palpite et se veut et s’expose, et Faiblesse pourtant, l’Antécédence d’une Peur, d’une Fragilité et d’une Enfance, cette Supplique immémoriale pour la Reconnaissance et la Consolation, ce Cri provenu du Néant et contre le Néant, la Mort en Filigrane à même le Vivant ! Ô Lumière obscure, Ô Nuit illuminée, l’Heure indécise à jamais, Vivants qui dormez une étrange Insomnie et les Morts seuls sommeillent d’un Sommeil, d’une Nuit absolus, inaccessibles désormais dans le Linceul décomposé de leur Néant…..
Ecoute sentir battre, vibrer le Battement du Sang, le Va-et-Vient des Sèves, les Pulsations du Vivre sous la Peau et l’Ecorce, palper la Chair pathétique du Temps, la Fragrance des Choses. S’éveille alors la Possibilité d’une Chance, l’Enchantement de la Matière et du Sensible, la Possibilité de la Merveille, Couleurs tactiles de l’Eventail des Sens ou le Possible d’un Effroi devant l’Enigme et le Sans-Fond du Fond, le Déploiement, la Décomposition du Monde, Berceau des Vies, Crypte des Morts, les riches Heures ou l’Heure tragique des Privations, des Amoindrissements…..A l’Origine inconnaissable, dans l’Epaisseur de la Ténèbre, la Démesure et la Pléthore de Matière, s’ouvrit en Nous le Mystère d’une Faille, un Espace sonore encore engoncés de Silence et de Nuit nourricière et fertile, ni Aube ni Lumière de Midi ni Profération acclamante mais un mince Tracé de Lueur et de Rien, un Remuement de Lèvres, une Mussitation à peine devinée qui continue et déchire la Nuit. Une Parole alors s’ouvrit qui écarte et rassemble l’Epars et la Pluralité. Ô Guetteurs insomniaques, nommez ce fin Silence, cette Brèche dans l’Être, cet inlassable Chatoiement, le Réel !
Une Lutte d’Amour et de Haine se trame , à jamais indécise, dans l’Etoffe du Monde, entre l’Obscurité du Jour et la Luminescence de la Nuit, entre le Feu du Jour et le Noir du Nocturne, leur Puissance éternelle alternée ! Veilleurs, Ô Guetteurs insomniaques, Sentinelles des Profondeurs et du Réel, dites où en est le Jour, dites où en est la Nuit et l’Heure sacrée, indécise, dites où en est la Lutte afin que cesse l’Epouvante et que soient reconduits pour Nous, à leur Essence de Litige et de Partage, le Don et le Refus, Parole, Vision, Ecoute, Poésie et Pensée, Savoir, Inconnaissance, Terre et Monde, passionnément, loyalement, Chair et Verbe, Corps parlant et Silence charnel, Immanence mystique, Tentatives pour le Divin vers le Sacré, hors Religions afin que cesse la Terreur de l’Excès, dites l’ Heure propice pour que soit exigé, dans l’Être, à Hauteur d’Homme, le Respect inconditionnel d’Humanité et de Justice afin de voir éclore, d’Âge en Âge et malgré le Tragique, les Fleurs humainement étranges des Oeuvres d’Art, leur digne Vérité d’Errance qu’annoncent à demi-Voix,les Guetteurs insomniaques !…..
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