|

Gentilles Dames et Gentils Messieurs, savez-vous pourquoi le gentil rossignol chante la nuit ?
Non ! Vous l’ignorez !
Alors laissez-moi-vous raconter le pourquoi de la chose !
« La légende du rossignol »
Sur le front du Créateur de l’univers, perlaient de divines gouttes de sueur. Ses manches étaient relevées car il venait de finir le grand chantier de la création du monde qui avait duré 6 jours. Il avait commencé par créer la Terre, puis la lumière du jour et le noir de la nuit.
Il avait immédiatement enchainé par la construction du ciel et de sa voute, le firmament.
Puis il avait continué ses travaux par les créations des mers et des continents, de la Nature, des arbres et des fruits.
Ceci fait il était alors passé au façonnage des saisons et des étoiles.
Il était déjà bien fatigué en ce cinquième jour de travail où il créa les poissons et les oiseaux ainsi que la procréation de tous les animaux.
Il finit son grand ouvrage le jour suivant par la création des animaux domestiques, des reptiles des serpents, du jardin d’éden où il y mit à vivre l’homme et la femme.
Exténué, il avait décidé qu’en ce jour, qui était le septième il allait se reposer.
Mais sa fatigue du cinquième jour, fut la cause d’un oubli.
Le créateur de l’univers n’avait pourvu tous les animaux que d’un seul œil !
Le temps passa donc sur ce monde nouveau avec cette anomalie causée par la fatigue de son créateur. Mais comme tous ne possédaient qu’un œil, personne n’aurait songé à blâmer le Maître de l’Univers.
En ces temps reculés, un jour, dans une forêt secrète, une grande assemblée des animaux avait lieu, à chaque solstice d’été et c’était le cas ce jour-là.
Chacun, paré de ses plus beaux atouts, se devait de se faire remarquer de tous.
Parmi tous les oiseaux se trouvait le rossignol, qu’en mon pays de Berry on appelle « rossigneu ».
Mais à part son extraordinaire voix, le rossignol se trouvait bien quelconque avec son plumage un peu roux et uniforme.
Cela l’attristait si fort, qu’il alla conter l’objet de son tourment à son voisin l’orvet que la langue berrichonne nomme « langou ».
Ce petit serpent, au splendide corps de verre et d’argent, pour l’heure, somnolait tout en goutant la fraicheur de son humide logis. Il était connu des autres habitants des bois, pour la solitude dans laquelle il aimait vivre et qui lui conférait une grande sagesse.
Rendu chez l’orvet, Le rossignol entama la conversation !
- « Ami Langou, comme tu me vois, je suis bien marri, car je ne sais pas comment me faire remarquer à la grande assemblée de cet après-midi, parmi tous les oiseaux qui seront présents. »
- « Allons allons Ami Rossigneu, avec une voix comme tu en as une, il te suffira de chanter pour que tous te remarquent. »
- « Assurément Ami Langou, mais je ne puis point toujours chanter, et lorsque je m’arrêterai, les têtes se tourneront ailleurs. Je resterai bien fade entouré du bouvreuil au rouge jabot, du chardonneret au bec rosi entouré de vermillons et aux ailes piquetées d'or, ainsi que de la fauvette coiffée d’ébène et de bien d’autres encore au parement sans pareil.
Il me vient bien une idée, pour être le centre d’intérêt de tous les oiseaux présents à l’assemblée, mais je ne sais pas si elle te plaira. »
- « Dis toujours ami Rossigneu ! »
- « Et bien voilà, je serais, à coups-surs, le plus remarqué si tu voulais me prêter ton œil le temps de l’assemblée. Soit certain que dès celle-ci sera finie, je viendrai te rendre ton œil sur l’heure !
Rends-toi compte, un rossignol avec deux yeux, cela ne c’est jamais vu !
Et puis, pour toi qui vis seul en ton ermitage, ce prêt ne te causera guère de gène ! »
Quoique de fraiche nature, Langou l’orvet avait un cœur chaud qui faisait passer l’amitié avant sa renommée prudence. Il consentit donc à prêter son unique œil à son ami Rossigneu le rossignole pour le temps de l’assemblée.
Lors de l’assemblée du solstice d’été, le rossignol fut entouré, admiré, que dis-je, adulé par tous les peuples de la forêt. Quelle gloire et quel prestige incommensurables avait-il gagné avec son deuxième œil d’emprunt.
Il aima tant cela, qu’il ne put se résoudre à rendre son œil à son ami Langou l’orvet.
L’orvet dupé n’eut que pour but celui qu’un jour il récupérait son œil pour enfin voir et pleurer à nouveau.
Mais jamais, jusqu’à ce jour le rossignol ne se fit surprendre par l’orvet qui et encore aujourd’hui, traverse aveugle le temps qui s’écoule.
De son côté, le rossignol vivait dans la constante hantise que l’orvet arrive à lui reprendre son œil.
Alors pour ne pas être surpris la nuit par l’orvet, quand le sommeil le gagne, l’oiseau chante de sa belle voix montante.
Il chanta ainsi des nuits entières, pendant des siècles et des siècles, offrant ainsi d’enchanteresses sérénades aux étoiles. Ces mêmes étoiles, une nuit, furent si ravies d’être l’objet d’une telle attention musicale, qu’elles effacèrent l’étourderie du Créateur de l’Univers en redonnant un œil à tous ceux qui les regarderaient.
Tous, sauf à l’orvet qui, aveugle, ne put les voir.
Le rossignol lui, de peur de voir les étoiles changer d’avis, fut condamné à continuer à chanter toutes les nuits.
Johan (JR.).
|