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« En la seigneurie des bois d’Amenon » (conte)
Première époque
Un manteau blanc recouvrait la campagne parsemée deçà delà de pauvres chaumières de la cheminée desquelles, s’échappaient de timides volutes de fumées grises.
Sur le promontoire rocheux qui dominait la plaine, lui aussi enneigé, trônait fièrement, au milieu d’un nid de vacillantes lumières produites par les feux de centaines de torchères, le château du seigneur « Amenon. »
À cette vieille du jour des hommages de l’an Mille, le château était animé par une multitude de serfs réquisitionnés pour le service du seigneur et qui s’affairaient aux préparatifs d’un grand festin auquel avaient été conviés, par ce même seigneur, tous ses vassaux et leurs familles, qui lui devaient allégeance. Près de 200 personnes étaient attendues.
Tous les foyers des cheminées des cuisines du château étaient allumés. Dedans, on y voyait tourner, empalés sur de solides broches, en train de rôtir : Deux bœufs, trois moutons, quatre porcs et une bonne cinquantaine de volailles.
Les pains et les pâtés de lièvre et de perdreaux cuisaient dans les fours de briques.
Dans d’énormes chaudrons pendus sur des crémaillères, cuisaient à l’eau mouillée de vins, avec des tranches de lard fumé, toutes sortes de légumes de saison.
De toutes ses cuissons, se dégageaient d’alléchantes odeurs qui, à tous, donnaient faim et appétit.
Jehan qui attrapait maintenant ses dix-huit ans, était venu au château avec sa mère, la douce « Jehannette » mandée par la châtelaine, Dame « Adèle », pour l’aider aux corvées que son âge pouvait rendre pénibles.
Une autre raison l’avait encouragé à cette bonne action, c’était qu’il pourrait, ainsi, peut-être apercevoir le joli minois de celle qu’il aimait en secret.
Il l’avait vu pour la première fois le nez à une des croisées du donjon, lorsqu’un jour, il avait livré des armes que lui avait commandées le Seigneur Amenon.
Puis aux Pâques dernières, c’était elle qui lui avait remis le prix du meilleur armurier du comté, pour l’épée courte qu’il venait de lui forger. Sa beauté et la gentillesse de la damoiselle le frappa tant, que ses yeux n’avaient pu se détacher du visage de la belle qui lui souriait. Cette contemplation l’avait alors figé sur place en effaçant toutes les réalités qui l’entouraient.
Ce fut la rude main du seigneur Amenon qui l’avait tiré de sa léthargie en lui disant d’une voix sévère mais aussi enjouée : « Holà forgeron, cette damoiselle « Aubrée » est ma fille unique ! Je comprends, que sa beauté t’ankylose quelque peu le corps et l’esprit, mais tu n’as aucune chance que je te laisse approcher du plus beau des bijoux que je possède en ce bas monde… À moins que, et je t’en fais serment, qu’un jour prochain, tu te présentes en cette cour de mon château, tout vêtu d’habits de soie d’orient, chevauchant un fier cheval d’Ibérie tout harnaché de cuir de « Cordoba », ainsi qu’un coffre contenant 6000 deniers d’argent (environ un million d’€uros d’aujourd’hui).
Si tu arrives à cette prouesse, non seulement je te ferai chevalier sur l’heure, mais en plus, je te donnerai la main d’Aubrée ma fille. Et ces conditions sont valables pour tout autre prétendant éventuel quel que soit son rang !
A ces mots, Jehan sentit peser sur ses épaules tout le poids du monde ! Jamais sa condition de forgeron ne le ferait assez riche pour remplir les conditions posées par messire Amenon !
Il en déduit, les poings serrés par la déception, que son amour pour la jolie princesse était condamné à ne vivre que dans ses rêves !
Pour l’heure, en cette veille du jour des hommages ; et pour ne point trop songer à son malheur secret, il s’adonnait avec diligence aux ouvrages que lui donnaient les Maîtres de cuisine du château.
A l’angélus du soir que venait de sonner les cloches de la chapelle seigneuriale, sa mère était venue lui dire que l’ouvrage réclamait sa présence au château toute la nuit. Il savait qu’il devait rejoindre leur chaumière et la forge car la nuit, une maison sans chandelle allumée pouvait attirer marauds et voleurs qui auraient vite fait de rapiner le peu qu’elles contenaient.
En lui tendant une torchère pour éclairer son chemin dans la nuit, sa mère lui dit aussi que pour le repas de veille du jour des hommagel, elle avait mis à mijoter dans la marmité avec des oignons et des navets, une vieille poule qui ne pondait plus. Elle avait aussi fait une bouillie d’orge au lait que leur donnait « Blanchette » leur unique chèvre.
La neige qui tombait à flocons serrés avait ralenti la descente de Jehan vers le logis familial.
La porte d’entrée à peine refermée, c’était avec une sorte de délectation qu’il sentit la tiédeur de l’unique pièce l’envahir. Les braises du foyer de la cheminée étaient encore bien chaudes et il n’eut guère de mal à relancer le feu qui éclaira suffisamment la salle. Son lit à paillasse de foins sur laquelle il s’était assis, avait été installé près de l’âtre depuis qu’il était petit lorsque son, père « Ursulin » était encore de ce monde. La douce chaleur de la pièce et comme chaque soir, ses pensées pour la jolie princesse de son cœur, ne tardèrent pas à l’endormir.
De violents coups frappés à la porte d’entrée, le réveillèrent en sursauts.
Sachant que sa mère était au château, et que ce ne pouvait pas être elle qui frappait ainsi à l’huisserie, Jehan naturellement fut sur ses gardes, mais au moment où il empoignait son marteau de forgeron, en cas où, il entendit une voix chevrotante dire : « pitié, pitié gens de la maison, ouvrez-moi je vous prie ! Le froid me tue et ma faim me meurt ! »
Johan (JR.). (à suivre)
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