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Joséphine Baker revisitée (1906-1975)

le mercredi 19 septembre 2018, à 14:53. Posté par Michel Ernest


    Bien que née en terre étrangère
    Parce qu'issue du Missouri
    Nous l'allons appeler "Bakère"
    Comme on le prononce à Paris

    D'ailleurs Joséphine est Française
    Depuis mil neuf cent trente-sept
    Que ça plaise ou que ça déplaise
    Mes rimes seront bien plus chouettes

    McDonald Frida Joséphine
    Est un joli bébé métis
    Aux ombrageuses origines
    Qui naît en juin mil neuf cent-six

    Son présumé père se sauve
    Peu après son apparition
    Mais contre quelque douce alcôve
    Un autre père offre son nom

    Naissent d'autres frères et sœurs
    Que Joséphine en tant qu'aînée
    Doit faire vivre à la sueur
    De son front durant des années

    Pour remédier à ce problème
    Joséphine épouse Willy
    On ne compte pas quand on aime
    Surtout à treize ans et demi

    Mais le mariage point ne dure
    Lors, un divorce est prononcé
    Willy ne la trouvait pas mûre
    Bien que son fruit fut apprécié

    Depuis qu'elle est toute gamine
    Joséphine danse à ravir
    Chante avec une voix divine
    Et à l'art de faire sourire

    On la présente à une troupe
    Qui immédiatement l'enrôle
    Et comme elle a le vent en poupe
    On la retrouve au music-hall

    C'est là-bas à Philadelphie
    Loin de son Missouri natal
    Avec un tout nouveau mari
    Willy Baker, qu'elle s'installe

    Mais Joséphine est entêtée
    Elle veut danser à Broadway
    Elle abandonne son foyer
    Et laisse Willy stupéfait

    Deux ans plus tard, le cœur allègre
    Vers Paris vole nos prodiges
    Pour assurer "La Revue-Nègre"
    Que Donald Reagan codirige

    Mais que vient faire ce Donald
    Reagan dans ce lieu atypique ?
    Ne pas confondre avec Ronald
    Président de la République

    Vêtue d'une simple couronne
    De fausses bananes aux hanches
    Elle danse le charleston
    Riant des huées qu'elle déclenche

    Remis de leur stupéfaction
    Les Parisiens et Parisiennes
    Applaudissent à l'unisson
    La pétulante Américaine

    Elle devient une égérie
    Pour les cubistes qui adorent
    Les formes, le style et l'esprit
    De ses revues multicolores

    Bientôt c'est aux "Folies-Bergères"
    Que se produit la jeune star
    Et pour pimenter l'atmosphère
    Elle accompagne un léopard

    Inutile que je précise
    Que l'orchestre est terrorisé
    Que les spectateurs se divisent
    Entre couloirs et escaliers

    Au cinéma elle s'essaye
    Sans parole et sans mélodie
    Mais bien que muet, ô merveille
    Le "noir-et-blanc" la magnifie

    Quand d'une voix charmante et belle
    Elle chante "J'ai deux amours"
    Les Français chantent avec elle
    Sur leur "soixante-dix-huit tours"

    Mais peu à peu on la délaisse
    Aux U.S.A., car trop "Frenchie"
    Et en France sa cote baisse
    Car ses films sont un peu gauchis

    Sur les planches du music-hall
    En revanche elle est appréciée
    Elle chante, danse, elle est drôle
    Et ça plait au public français

    Lors, en mil neuf cent trente-sept
    Par amour de ce beau pays
    Joséphine Baker accepte
    D'être française pour la vie

    Peu après quand la guerre éclate
    Au Tout-Paris elle s'adonne
    Mais sous ses airs de diplomate
    Pour la République elle espionne

    La guerre une fois terminée
    Une fois dûment décorée
    Joséphine veut un bébé
    Mais elle accouche d'un mort-né

    Avec Jo Bouillon qu'elle épouse
    Elle achète une ample maison
    Où le couple recueille douze
    Enfants de tous les horizons

    Peau blanche, peau jaune, peau brune
    Sa dite "tribu arc-en-ciel"
    Lui coûte en fait une fortune
    Car nombreux est le personnel

    Pour pouvoir payer ses factures
    Elle doit faire des prouesses
    Lors, elle part à l'aventure
    Retenter sa chance aux U.S.

    Mais l'Amérique à cette époque
    Est en pleine ségrégation
    Et bien entendu on se moque
    De Joséphine et ses chansons

    Fini le "Fox-trot" et le "Swing"
    Le "Rock n'roll" est arrivé
    Déçue, vers Martin Luther King
    Elle tourne sa destinée

    Avec lui au seuil de l'automne
    De mil neuf cent soixante-trois
    Elle marche sur Washington
    Pour la liberté et l'emploi

    Si la liberté s'interprète
    L'emploi, lui, est réalité
    Joséphine, criblée de dettes
    Doit vendre sa propriété

    Alors dame Bardot Brigitte
    La rémunère avec chaleur
    Mais l'hôtel est vendu trop vite
    Au dixième de sa valeur

    Joséphine à la soixantaine
    Et ne sait plus où habiter
    Jean-Claude Brialy, mécène
    L'embauche dans son cabaret

    Souvent, le regard dans le vague
    Sur scène elle le remercie
    Puis prend l'avion pour Copenhague
    Chanter pour des anciens amis

    Sa célèbre compatriote
    La princesse de Monaco
    En échange de quelques notes
    Lui offre l'asile au château

    Elle remonte sur la scène
    De l'Olympia, et d'affilée
    Avec Rainier III pour mécène
    On lui fête son jubilé

    Mais une attaque cérébrale
    Vient interrompre son bonheur
    Sur le chemin de l'hôpital
    La pauvre Joséphine meurt

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