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il y a dans certaines rencontres une communion qui dessine le respect et une complicité qui nourrit l'amitié.
La maison familiale comme unique refuge, pour ce peintre citadin aux racines provinciales.
Il retrouve un copain de l’enfance insouciante, des farces de galopins, des sentiments perdus.
Pour redonner la vie à l’ancien potager, cet ami lui propose ses talents de jardinier.
Ressusciter l’enclos de ce gosse de riche, raviver les odeurs de cette terre en friche.
Ils scellent leur union, avec un verre de vin, buvant à l’amitié, en tapant dans la main.
Ils réveillent le bonheur de se sentir vivant, dans un lieu véritable, naturel et touchant.
Ils se donnent à chacun un nouveau sobriquet, à la fois ridicule mais joliment coquet.
L’un sera dupinceau et l’autre dujardin, pour cultiver ensemble la passion des couleurs et faire jaillir du rien les nombreuses saveurs.
Dupinceau la lumière, l’ombre, la profondeur ; Dujardin des courgettes des radis, du chou-fleur.
La toile, blanche et vierge, s’anime d’existence.
Un nu couché dans l’herbe par un soleil radieux, ce bouquet de violettes sur un fond vaporeux, des fruits dans une coupe à côté d’un bougeoir, le visage d’une femme penchée sur un miroir, des grappes de raisins mâchées par un pressoir.
Peindre les émotions, sur toute la surface, vaincre sa peur du vide en laissant une trace, rendre les vieux souvenirs colorés et vivaces.
La terre gorgée d’eau et nourrie de semences, quelques plants de tomates rouge vif et charnues, une haie de rosiers aux fleurs blanche écrue, des épaisses salades aux feuilles verdoyantes, un potiron orange aux rondeurs bouffantes, des petits pois rangés dans leur cosse pendante.
Il laboure, avec cœur, en creusant les sillons.
Il fend l’air de sa faux et récolte la moisson.
Il coupe et sèche le foin, au temps des fenaisons.
Avec complicité, ils partagent leurs humeurs. Ils échangent des idées, avec un ton moqueur.
Ils ravivent, sans dispute, la passion réciproque, en fuyant les bruits et les douleurs de l’époque.
Contempler une peinture, admirer un chef-d’œuvre, planter une bouture, déguster un hors-d’œuvre.
Les saisons bien remplies affectent nos deux corps. Et les esprits s’effacent dans ce curieux décor.
La mort rôde, suspecte, du couchant à l’aurore, hâte la séparation de ces fidèles amis, en éteignant la flamme des derniers souffles de vie, en réduisant leurs âmes en cadavres exquis.
Leur dernière volonté a été exaucée. C’est au fond du jardin qu’ils sont enterrés.
Si le hasard vous mène près de ces maisons, faites donc un détour, en montant au grenier.
Dans l’endroit poussiéreux qui servait d’atelier, reposent les tableaux de nos deux compagnons.
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