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Je l'ai rencontrée par hasard. -Oh ! c'est beau parfois le hasard !- En m' promenant sur l' Pont des Arts l'aut' jour que j'étais à Paris. Ell' m'a souri. Vive la rose! Ell' m'a souri. O gai o gai ! Elle était tout' pimpante et rose. Vive la rose et le rosier ! Ce qu'elle était chouett' sapristi ! Vive la rose de Paris ! Moi j'en suis devenu tout chose. Et quand j' dis chose, comprenez bien, c'est un aut' mot v'nu du latin, qu'il faudrait que je vous propose, avec un grand C comme dans coin. Un coin sans I, Idiot que j' suis, comme il faudrait que je me traite, avec un grand C croyez-moi. Car déjà mon affair' s'arrête. Plus de rose ni de lilas. L'était bien roulée la mignonne. Tout c' qu'il fallait au bon endroit. Ell' semblait m'avoir à la bonne. Et moi qui restais là, pantois... Ell' souriait. Vous vous rendez compte ? Comme dans les romans d'amour. Comme au théâtre ou dans les contes, comme au ciné, comme toujours dans les châteaux les troubadours, les refrains qu'on chant' dans les cours, avec des fées en beaux atours. Ell' me souriait. O gai o gai !Et moi qu'étais comme un grand niais qui n'aurait pas su sur quel pied il devait se mettre à danser, malgré ce regard enjôleur qu'aurait pu me briser le coeur et qui pourtant me rassurait..
O gai ! O gai ! Vive la rose ! Vive la rose ! A bas l' grand niais ! Ouais , mais j'avais tellement peur ! Et j'ai rien dit. Elle est partie. Elle est partie. Ô quelle erreur ! Depuis je fais que regretter. Regretter de n'avoir rien dit, regretter de n'avoir rien fait. Mais bon sang qu'est-c' que je suis bête! Depuis les doigts d' pied à la têt', devant, derrière et les côtés ! Elle est passée sans dire un mot. J' suis resté là, comme un grand veau, planté debout sur le trottoir, avec dans l' coeur ce désespoir qui ne me quitt'ra pas d' sitôt. Mais à qui c'était-i d' causer?... Déjà qu' ses yeux me racontaient des tas d' chos's qu'on s' dit sans parler et qui s' comprenn'nt sans étudier. J'aurais dû, j'aurais dû lui fair' ?... Du gringu', le Grand Jeu, l'Important, du rodéo, du suffisant, du savoir faire et tralalaire, du supérieur, de l'élégant : cà voyait rien qu'à ses manièr's , j'aurais dû faire du rentr' dedans. Ell' voulait que j' soye un Don Juan. Elle acceptait que je la suive. Ell' n' demandait qu' çà , je sais bien, çà voyait comme le d'ssus d' la main. Elle tanguait comme un bateau ivre qui veut embarquer des marins. Comme une chaloupe qui navigue ou bien une planche à ressorts. Se tortillait dans l' soir qui dort, un écossais dansant la gigue, ou un modèle de chez Dior. Car j' suis poète voyez-vous : la beauté , j 'connais mieux que vous.
Qu'est-c' qu'ell' remuait du popotin en balançant son sac à main. Amoureus' qu'elle était, c'est sûr. Et moi qui l'ai laissée filer !.... Oh ! c'est surtout cela qu'est dur ! Plus j'y pense, plus j'ai des regrets. Pas gai, pas gai. Triste la rose et le rosier.
Triste la rose. A bas le niais !
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C'est cett' pensée qui m' turlupin', qui m' fait mal en tout's circonstances. Mêm' que j'en ai perdu d' la mine et qu' j'ai gagné de la souffrance. Le jour, la nuit, matin et soir, je chialerais de désespoir. Oh oui ! C'est trop dur quand j'y pense. Et j'y pens' trop ! Mais comment fair'? Comment fair' pour ne pas s'en fair' ? Elle était gentill' la gonzess'. Comme un' grand' soeur, un' p'tit' maman, une?? oui qu'a du savoir faire, un 'qui s'y connaît en tourments. J' suis sûr qu'ell' m'aurait dorloté, qu'ell' m'aurait donné d' la tendress et de l'amour à volonté !
Et dir' que j' l'ai laissée s' tirer! Avec mon av'nir dans sa poche et notr' bonheur qu'était tout proche et qui n' demandait qu'à exister. Ell' s' balançait d'un pied sur l'autr'. (L'autre aussi joli que l' premier.) Comme un' timid' qui s'rait très pauvre, comme un ' enfant qu'aurait fauté, une gamine qu'apprend à danser, une débutante à la télé, une péch'ress' face à son curé. Mais c' qu'elle était bell' malgré çà ! ...C' qu'elle était chouette nom de d' là ! Oh ! j' vous racont' pas des salades . Ell' était cor plus belle' que çà. Elle était si belle ma foi qu'il faudrait un mot rien qu' pour çà. Et mêm' que j' m'en rendrais malade' si j' m'écoutais, si j' m'écoutais tell'ment que j' l'aime. Car je l'aime. A en perdr' la boul', la fille qui s'ra jamais à moi. Car jamais, mêm' dans une foul' , j'en retrouverai un' comm' çà. Et dire qu'ell' m'avait souri !.... Et dir' qu'ell' voulait bien de moi !.... Comme un bêta, je n'ai rien dit, je n'ai rien fait. Ell' n'est plus là. Triste la rose, rose triste. Triste à couper tout le rosier .
Maintenant, j' me dis que c'est bête, que cette belle' fill' du Pont des Arts, qui s' balançait avec tant d'art, peut-êtr' qu'ell' m' revoit dans sa tête et qu'elle pense encore à moi. Moi je m'en souviendrai toujours, de cell' qui m' promettait l'amour, l'autr' jour que j' marchais par hasard, sur le trottoir du Pont des Arts. Triste la rose. Pas gai, pas gai. Triste rosier qui est tout chose et qui est tout prêt de pleurer. Comme la pluie dessus la plaine augmente encore plus la peine. Car j' suis poète voyez-vous. Et comprend l'amour mieux que vous.
Paris1975
J'ai tout simplement oublié d'enlever à suivre. Il n'y a donc de suite après la date indiquée
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