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https://youtu.be/rCYyx8b13cA
« Légende de Marie de Breuilhamenon Dame de Font-Moreau »
Deuxième partie
Ce repas fut très agréable et Jehan du beaucoup parler pour répondre aux questions et curiosités des uns et des autres
Ils surent ainsi que Jehan était un enfant élevé par des parents adoptifs sous la tutelle et dans le château du seigneur de la terre ou il fut trouvé.
Qu’étant du même âge que le fils du seigneur, Jehan avait partagé avec lui le sein de sa mère adoptive Jehanne, avant de partager les jeux d’enfant, l’érudition, puis plus tard les jeux d’armes.
Ce qui expliquait la grande amitié partagée qui les liait l’un à l’autre comme deux frères.
Tous les seigneurs présents autour de la table, s’intéressèrent au savoir de forge De Jehan que lui avait transmis son père adoptif Maître Ursulin et aux qualités des armes, conférées par des secrets de forgeage et de trempe, dont ils étaient les seuls à détenir.
Ce repas terminé, chacun partit vers son logis, mais Jehan, avant de faire de même, alla faire une visite aux écuries pour dire bonne nuit à Alan. Il allait aussi lui conter au creux de l’oreille que pour la première fois un joli minois aux yeux bleus rosés avait échauffé son sang, fait battre plus fort son cœur et encombrer délicieusement son esprit. Alan pensera alors que c’est son destin d’être le compagnon d’un jeune homme qui s’enflammait à la déraison lorsqu’il reconnaissait, parmi tant d’âme de jouvencelles, celle qu’il croit lui être destiné.
Premier matin de Jehan en la cité d’Issoudun
Un coq chanta haut et fort, puis doucement le bruit de la cité emplit son ouï à mesure que son sommeil s’échappait. En un rien de temps Jehan fut debout et alla regarder par la croisée ouverte l’aurore qui s’esquivait pour donner naissance à ce jour nouveau qui, déjà, voyait œuvrer les Citadins en leurs occupations.
Ce matin Jehan regrettait d’avoir à laisser s’effacer ses songes de cette nuit, car qui furent peuplés d’odeur de rose de fines silhouettes enrobées de soie et de grands yeux bleus rosés.
Il sortit du baquet d’eau d’où il venait de se laver, Il enfila ses vêtements et ses bottes, saisis « Sonneclaire » et quitta son logis. En franchissant la porte au pied de l’escalier de pierre qui donnait sous la voûte du passage entre châtel et cité, il remarqua que les gardes, appuyés sur leurs piques, étaient bien loin d’avoir pris conscience de la fin de la nuit. Ils faillirent tomber, lorsque le bruit que fit l’embout de bronze du fourreau de l’épée de Jehan, frappant sur un de leurs hauts boucliers et ses éclats de rire les éveillèrent en sursauts. Fière de cette farce, Jehan prit le chemin des écuries pour dire bonjour à son ami à quatre jambes. Alan avait du reconnaître son pas, car déjà, il regardait du côté de l’entrée.
Après avoir déposé « Sonneclaire » dans le coin du mur et fait à son ami les caresses d’usage et d’affection, Jehan prit une étrille de paille et se mit à le panser tout en l’instruisant du programme de la journée. Alan et lui aimaient ces moments d’épanchement qui pouvaient aller jusqu’aux confidences. Ce cheval comprenait et ressentait les émotions des hommes, il pouvait même anticiper leurs demandes ou leurs actions il suffisait que son compagnon cavalier lui demande.
« Il est bien rare en ces temps de voir si jeune homme commencer sa journée en soignant son palefroi » ! Ces paroles dites sur un ton de bonne humeur, firent retourner Jehan.
Le Chevalier Pierre de Breuilhamenon se tenait planter droit sur ses deux jambes, un poing sur une hanche et l’autre autour de la poignée de son épée.
« Alors comme moi, Messire Jehan, vous parlez à votre cheval, à vrai dire j’en suis bien aise car cela prouve s’il en était besoin que vous êtes de l’étoffe dans laquelle on fait un chevalier. »
Jehan lui répondit : « Je vous prie Chevalier de m’appeler Jehan, le titre de messire n’est point chez moi mérité et me gène un peu, surtout venant d’un homme de votre rang. »
« Ce que j’ai entendu hier au soir de vous et de vos mœurs me dit le contraire » rétorqua le Chevalier qui poursuivit : « Franc avec le monde, fidèle en amitié jusqu'à donner sa vie, loyal envers son seigneur, voilà bien des mérites suffisants pour être appelé Messire. Et puis, le seigneur Raoul exige de tous que vous soyez ainsi appelé. » Puis il poursuivit encore : « Il n’y a qu’en amour que je ne sais vos qualités mais peut-être l’apprendrai-je assez promptement. » S’apercevant du trouble qu’avaient fait naître chez Jehan ses dernières paroles, dans un demi-sourire il enchaina : « quoi qu’il en soit, ce sera un honneur pour moi de vous appeler Jehan. »
« Pour découvrir cette cité, je vous conseillerai de marcher dans ses rues et ruelles. » Dit le Chevalier.
« Telle était mon intention Chevalier. » dit Jehan : « Alan, mon cheval et ami, nous accompagnera ainsi il pourra se repérer et ainsi me conduire, quand je lui demanderai, en un endroit de cette cité. »
« Vous m’étonnez Jehan, ce ne serait pas vous qui mèneriez votre monture, mais elle qui vous mènerez où vous voulez aller. »
Devant cet étonnement, Jehan rit de bon cœur et répondit : « Chevalier c’est tantôt l’un qui mène l’autre, et l’autre qui mène l’un, pourquoi croyez-vous que je parle à Alan si ce n’est pour lui dire ce que je souhaite. »
« Par Saint Pierre, Jehan vous n’allez pas me dire que ce cheval comprend ce que vous lui dites ? »
« Mais si Chevalier il comprend tout ! » répliqua Jehan.
Puis il dit à son cheval : « Alan voilà un Chevalier qu’il te faut convaincre, peux-tu lui apporter un peu de foin. » Alan prit en sa bouche un peu de foin et alla avec grand calme la porter au Chevalier
« Ca alors si je ne le voyais pas, je ne pourrais y croire, comment cela est ce possible Jehan ? »
Jehan raconta alors au Chevalier d’où venait Alan, et le don de ce cheval, fait par le comte Louis de Blois, à son ami Hugues qui lui avait appris à comprendre la parole des hommes. Et comment quand il était parti de la seigneurie de Bury pour sa mission en Occitanie, ce même ami avait demandé à Alan de l’accompagner dans mon voyage et de veiller sur lui.
Le Chevalier Pierre de Breuilhamenon était cloué sur place, tant sa surprise était grande.
« Si nous y allions Chevalier » dit alors Jehan en prenant la direction de la porte, après avoir saisi « Sonneclaire ». Celui-ci, à peine remis, lui emboîta le pas. Puis naturellement Jehan ajouta « viens-tu Alan ? » Tous-deux entendirent alors les sabots de son ami sonner sur les pavés de l’allée de l’écurie. Le Chevalier, Jehan et Alan arrivèrent ainsi tous trois devant la porte du châtel qui conduit à la cité
Ce tenait là Marie de Breuilhamenon.
« Jehan, » dit le Chevalier, j’ai demandé à ma fille d’être des nôtres car elle connaît toutes les boutiques et échoppes de la cité et l’histoire de nombreuses bâtisses.
Ce fut au tour de Jehan d’être cloué par la surprise
Alan appuyait sa tête sur son épaule comme il avait l’habitude de faire chaque fois qu’il en avait l’occasion, ce qui lui rapportait toujours de sa part une caresse amicale sur sa joue.
Ce matin, en cet instant, ce geste fut plus instinctif que voulu, car l’esprit de Jehan s’enfuyait de la réalité, étant accaparé par l’incarnation des songes de sa nuit dernière.
Marie observait avec étonnement ce lien étrange qui unissait l’homme au cheval ou le cheval à l’homme. Son père se pencha à son oreille et lui dit « ton étonnement n’a d’égal que le mien, ma fille ! Décidément, ce jeune homme me plaît de plus en plus. »
Découverte de la cité d’Issoudun
Ils partirent ainsi tous les quatre flâner dans les rues de la cité d’Issoudun.
« Le châtel, que nous venions de quitter » dit le Chevalier « est en fait, un espace conséquent entouré de remparts crénelés, on y trouve, le logis seigneurial au pied d’une grosse et grande tour de défense que l’on appelle du nom de Blanche, enfermant citerne et puits. Y sont aussi établies l’abbaye de Notre Dame de Saint Benoît, l’église sainte Catherine, l’église saint Etienne, et divers logements des conseillers, intendants et gens du service du seigneur Raoul. D’autres bâtisses sont des dépendances servant de gîtes aux hommes d’armes, à la de réserve et aux écuries. Le passage que nous venons de prendre, est la seule porte galerie fortifiée des deux tours rondes que vous voyez qui permet d’aller entre châtel et ville. C’est dans la partie entre tours que vous logez Jehan.
Dans ces tours y sont aussi logés des gens d’armes du seigneur qui œuvrent à la défense dudit châtel. » On communique du châtel vers la campagne par la porte Saint Jacques défendue en devant par deux tours qui en gardent l’accès et défendent trois ponts situés sur la rivière Théols et sur ses bras qui entourent le dit châtel. » Cette instruction du Chevalier Pierre de Breuilhamenon sur cette partie appelée Châtel permis à Jehan de mieux comprendre l’établissement des lieux.
Au seuil de la porte du châtel donnant sur la cité nous trouvâmes le champ d’armes à senestre et le cimetière à dextre.
Marie de Breuilhamenon et son père, instruisirent Jehan sur ce qu’il allait découvrir.
Dans la cité, elle aussi entourée d’imposants remparts, se trouve la collégiale Saint Cyr, construite face à la porte galerie fortifiée donnant accès au châtel et séparée d’elle par le cimetière et le champ d’armes de la milice de la cité. Marie précisa : « La rue principale, bordée de boutiques de marchands et artisans, part de cette porte galerie fortifiée où on est actuellement, en direction de l’orient, puis passe, comme vous le voyez messire, entre le cimetière et le champ d’armes. Elle longe la collégial Saint Cyr, puis passe devant la commanderie et des dépendances de la milice de la cité.
Plus loin, elle découvre une placette entourée de la commanderie des chevaliers de Jérusalem et de l’église de ses mêmes chevaliers. Celle église, appelée Saint Jehan, est aussi de paroisse. Enfin cette rue arrive à la porte Saint Jehan qui permet de franchir l’enceinte de la cité.
En ce dehors, après avoir franchi une tour de défense de ladite porte Saint Jehan, s’établissent deux chemins qui permettent de prendre soit la direction de Charrotz, soit celle de Saint Ambroys et ensuite de Bourges. Au-dedans de la cité, au midi de la porte Saint Jehan, en suivant le mur d’enceinte, se situe le château des chevaliers de Jérusalem près de la porte de Villatte protégée en dehors, elle aussi par une tour. De cette porte, et passé cette tour, deux chemins permettent soit d’aller à La Châtre, soit à Linyères (Lignières), en traversant la forêt de Cheuvre (de chœurs) en passant par l’abbaye de Cheseaubenoist (Chézal-Benoit). Près de cette porte, entre en la cité une brassière (un bras) de la rivière Théols. Au septentrion de ladite porte de Villatte, est sise le couvent des Ursulines. En suivant les remparts encore au midi, et sur l’autre rive de ladite brassière, est établi l’Hospitalerie. Puis on arrive sur la porte des Poulies, qui permet à la cité d’accéder à la route de Déols et Château -Raoul sans passer par le châtel. Le restant de l’ère entre-murailles, est occupé par des maisons à colombages de bois de chêne dont le remplissage est fait de torchis de mortier de chaux ou de terre suivant l’aisance de l’occupant. Les toits sont faits de tuiles et la hauteur de ces bâtisses ne dépasse guère, sans compter les sous-pentes, un niveau ou deux au-dessus de celui établi en ras de chaussée. Bon nombre d’appentis de bois, de torchis et de chaume, qui servent d’étables, d’écuries, de poulaillers et de remises, sont adossés aux murs de fortification.
Seule la rue menant du château à la porte Saint Jehan est dallée de pierres de calcaire dur en pente des rives au milieu, formant au centre un caniveau qui permet l’écoulement des eaux qu’elles soient de pluie ou d’usure. Le sol des autres rues est de terre et de cailloux tassés. Les eaux courantes de la brassière de la rivière Théols qui traverse en sa partie basse la cité d’Issoudun, actionnent les meules à moudre de deux moulins. Sont aussi établis sur les rives de cette brassière, tanneries, teintureries, parchemineries, boucheries et tous autres métiers de grande nécessité en eaux comme ceux de lavandières et de forges. Autour de la cité, en dehors des murs, sont établis quatre faubourgs de bonne conséquence habités pour une grande partie par des vignerons, des jardiniers, des bergers des paysans et gens d’ouvrages divers. Au septentrion, sise le faubourg appelé Rome, avec, passé la rivière Théols, la paroisse de l’église Saint Denis. En orient, s’étale celui nommé Saint Jean, près duquel se trouve l’église Saint Jean des champs, le couvent Saint François, la léproserie, la chapelle Sainte Marie Madeleine et un cimetière. Au midi s’étend le plus grand faubourg dans lequel est bâtie la chapelle à la Beilher. Il est appelé faubourg de Vilatte. Enfin en occident, le faubourg de Saint Patier rassemble une multitude de marchands d’hôstelleries et de tavernes ce qui lui procure bons avoirs et bonnes richesses. En ce faubourg y est bâtie une grande et magnifique église de bénédictin dédiée à Saint Patier et qui abrite les reliques de Saint Patier qui fut évêque de Vannes et celles de sainte Brigitte et de saint Patrick.
La vie de la cité d’Issoudun
« La cité semble prospère et riche, et il semble y régner une profonde piété » dit Jehan admiratif.
« Cela est vrai messire Jehan » dit la Damoiselle Marie « et de ces deux faits découlent beaucoup de dons aux églises, couvents, abbayes et œuvres religieuses de la cité et des alentours. » ces mots étaient prononcés avec un tel naturel qu’à part que Jehan en fut de nouveau troublé.
« La richesse du seigneur d’Issoudun » ajouta le Chevalier « vient pour une partie des revenus des baillages de cinq baronnies et de vingt deux châtellenies et d’au moins cinquante paroisses.
De la cité elle-même, il obtient peu de revenus puisqu’une de ses chartres seigneuriales exemptes les habitants de toutes collectes de Rapine, Albergue, Banalité, Quête, Tailles et Péages.
Seule la coutume de Toussaint sur l’arpent de vigne et par maison d’habitation est perçue. Pour les bourgeois et habitants de la cité » poursuivit-il, « leurs revenus proviennent des cultures et des commerces des blés, des seigles, de l’épeautre, de l’avoine, et aussi de lin, de chanvre, des légumes et des vignes. Leurs revenus proviennent aussi des commerces des vins du pays, de l’élevage et des commerces des moutons, brebis et agneaux, de la vente de la laine et des peaux. Enfin, d’autres revenus résultent des artisanats de ganterie, de cordonnerie, de tannerie, de carderie de mercerie de draperie de menuiserie de ferronnerie. Tous les commerces des produits de ces usages donnent vie à un marché chaque semaine et à huit foires à l’année, franches et quittes de tous tributs et exactions. »
Jehan fit remarquer, qu’en cette cité si prospère, on trouvait à chaque coin de rue un pauvre mendiant.
« Un vrai pauvre mendiant » corrigea Damoiselle Marie : « Car le seigneur et les notables veillent à faire chasser de la cité les faux pauvres qui par ruse cherchent à ne point ouvrager pour gagner pitance. » Elle poursuivit : « La main pour recevoir l’aumône n’est tendue que par le vieillard sans famille, l’infirme, et l’orphelin. Ce sont les pauvres de Dieu, et ils sont considérés comme l’image de Jésus notre seigneur. Ils permettent aux nobles que nous sommes et aux Citadins d’appliquer le précepte de charité et de nous faire gagner ainsi beaucoup de pardons des fautes que nous commettons, et qui pourraient nous éloigner après trépas, d’une place au royaume des cieux. »
« Quelle étrangeté que cette vie de cité où la charité et la compassion envers le pauvre sont devenues monnaies de l’âme afin d'estomper une faute, et d’acheter ainsi sa place en paradis » répondit Jehan.
« Jehan votre naïveté d’homme de campagne m’amuse beaucoup » dit le Chevalier « je me revois à votre âge en mes terres boisées. Si j’ai bien ouï ce dernier soir, vous serez, à la fête de tous les Saints de cette année de grâce, fait, comme je le suis, Chevalier. Alors il vous faut savoir que c’est notre pape lui-même, pour encourager les départs en croisade, qui fit commerce de la bonne place de l’âme en paradis en instituant les indulgences. Ce que pense Dieu de ce commerce, je l’ignore ! Je sais seulement que c’est en son nom qu’il est mis en œuvre par nos prélats. Ainsi, celui qui plaît à notre mère l’église, ou fait ce qu’elle demande, se voit remis de ses péchés pour lesquels il offre à Dieu son service d’arme et sa confession. »
« En ces conditions, il est bien aise d’être vertueux s’il n’y a plus d’effort à se rapprocher de Dieu que celui de faire choir une piécette dans une sébile » dit alors Jehan en haussant les épaules.
« Il vous faut être prudent en vos paroles messire Jehan », dit Damoiselle Marie, « d’autres oreilles que les nôtres pourraient prendre vos dires pour un blasphème et vous pourriez avoir maille à partir avec les gens d’église. »
De chaque côté de cette longue rue où ils cheminaient, qui part de la place de la porte du châtel pour arriver à la porte Saint Jehan, sont établis bon nombre de commerces, de négoces et d’artisanats.
Au début, aux alentours de l’église Saint-Cyr, on trouvait les échoppes des plus riches, orfèvres, argentiers, drapier, merciers, tailleurs, chapeliers, cordonniers, bottiers, gantiers.
Puis entre la commanderie et de ses dépendances, venaient les étales des bouchers, maraîchers, boulangers qui alternaient avec les boutiques des chandeliers des vanniers, des barbiers, des potiers et les officines des apothicaires et des herboristes.
Plus loin encore, et dans les ruelles attenantes, étaient installés les ateliers des tonneliers, des charpentiers, des menuisiers, des cordeliers.
C’était à la porte Saint Jehan, autour de l’église des chevaliers de Jérusalem, qu’étaient implantés trois tavernes, deux auberges avec leurs écuries, une forge de maréchalerie et les boutiques des prêteurs sur gages, usuriers et écrivains publics. Cette rue pleine de vie, était remplie des bruits des ouvrages. S’y entendaient les chants des porteurs d’eau, des vendeurs de fleurs et d’herbes fraîches qu’on avait coutume d’épandre sur les sols des demeures et aussi ceux des ramasseurs d’immondices. À ces chants se mêlaient les boniments des camelots et les plaintes des mendiants.
En ce matin de début septembre, comme tous les autres jours, en cette heure matineuse, la rue appartenaient aux matrones des foyers qui, manches retroussées et gorges débordantes des corselets, jouaient du ballet de boulot, sur les seuils des maisons, battaient les paillasses aux fenêtres ou brouettaient vers les lavoirs les linges sales.
Dans les coins de murs sombres, oubliés de la prévôté de la cité, les fêtards ronflaient engourdis dans les effluves de vinasse bue la veille et qui les imbibaient encore.
Des pigeons, tourterelles et oiseaux de toutes sortes sautillaient à nos pieds et picoraient entre les pavés les déchets et épluchures coincés qui avaient été amenés là par les eaux grasses qui coulaient dans la rigole du milieu de la rue.
Des poules disputaient à des enfants crasseux les crottins que les chevaux, queues en l’air et têtes hautes, laissaient tomber au sol.
Des chiens échappés des cours coursaient à grand bruit les chats que le jour n’avait point encore endormis.
Visite à Maître Arvennicus
La Damoiselle Marie prit son père par le bras et le fit entrer avec jehan, dans l’officine d’un apothicaire qui vendait indifféremment des drogues pour l’art des médecins, des épices pour celui des cuisiniers et des pigments et matières colorantes et encres pour les peintres, et enlumineurs.
À l’intérieur de la boutique plongée dans la pénombre, où ils venaient d’entrer en grand bruit, flottait une odeur faite d’un mélange d’une multitude de senteurs provenant des diverses épices et herbes sèches disposées sur de grands rayonnages montant jusqu’au plafond.
Près de l’unique croisée qui découpait son carré de lumière sur une table pleine de fioles, de coquilles et d’outils étranges, se tenait un homme sans âge tout vêtu d’une grande robe sombre.
La peau transparente de ses longues mains et de son visage laissait voir les sillons bleus des veines.
Ses cheveux d’argent, longs et bouclés disparaissaient à la naissance de sa nuque sous un bonnet de feutrine noire. Une grande barbe blanche encadrait un visage rendu paisible par la clarté et la limpidité de deux grands yeux bleus clairs.
« Recevez mes salutations matinales Maître Arvennicus. Je viens séant vous présenter mon père et un hôte de notre seigneur Raoul. » Dit à mi-voix Marie de Breuilhamenon.
« Salutations à vous aussi Damoiselle des bois d’Emenon » répondit le vieil homme en esquissant un sourire complice et en se levant de son tabouret. Vous voilà bien en ce beau matin en grande compagnie Damoiselle » ajouta-t-il. Puis se penchant pour apercevoir Alan par la porte entre-
Ouverte. Il continua en levant un sourcil, « et encore, à ce que je vois, certain n’ont point osé entrer. »
Tous quatre rirent de bon cœur de cette repartie, d’autant qu’Alan qui avait compris, poussant le battant de ses naseaux passa sa tête dans l’officine en frappant les pavés de la rue de son sabot ferré.
Pendant les présentations que fit de son père et de Jehan, la Damoiselle Marie, Maître Arvennicus fut d’une grande attention baissant la tête en signe de respect à chaque nom énoncé.
« J’ai donc plaisir et grand honneur, ce jour, de connaître votre père Damoiselle et ce Jeune Homme qui porte les couleurs de Blois » dit le Maître des lieux.
Puis se tournant vers le Chevalier Pierre de Breuilhamenon il poursuivit :
« J’ai beaucoup entendu parler de vous seigneur, par votre fille bien sûr, mais aussi par mes voisins, les chevaliers de Jérusalem qui m’ont compté vos faits de bravoure lorsque vous étiez à combattre en terre sainte pour la délivrance du tombeau de notre seigneur Jésus. Peut-être allez-vous éclaircir l’une de mes interrogations à votre encontre. » reprit-il.
« Pourquoi vous faites vous appeler Chevalier, alors que vous êtes seigneur ? »
Pierre de Breuilhamenon répondit dans un sourire. : « À cette question, Maître Arvennicus, votre sagesse légendaire en cette cité et au-delà, aurait dû vous donner réponse. Voyez-vous, pour être seigneur il suffit souvent de naître de parents qui le sont déjà. L’honneur est grand mais le mérite de celui-ci moindre. Alors que pour devenir, être, et rester Chevalier, cela vous demande chaque jour de le mériter par votre bonne conduite et votre bonté de cœur. Et quand vous arrivez à accomplir ce postulat, il y a en cela plus d’honneur qu’en toute autre chose, même en celle de posséder une terre ou un titre par héritage. »
« Quelle haute leçon seigneur, oh pardon Chevalier, que vous venez de me donner à moi et à votre jeune compagnon qui veut si j’ai bien compris accéder à cette dignité. »
Pour une leçon, c’était une leçon ! Jehan en était tout retourné. Le Chevalier s’en était aperçu, en riant, et en passant derrière Jehan, il vint poser ses bras sur ses épaules et nous dit : « Allons, allons jeune Damoiseau c’est à votre âge qu’on rêve d’être le héros de combats, de tournois et le champion de gentilles Damoiselles. En dehors de vos biens, vous construirez l’homme que vous voulait devenir et en tirez pour vous et les vôtres des honneurs mérités. »
« Voilà une grande chose de faite en ce bon matin » dit Maître Arvennicus.
Les forges des rives de la Théols
Lorsqu’ils sortir de l’officine le soleil était déjà haut dans le ciel.
Pas très loin, un marteau battait du fer sur une enclume ce qui provoqua l’intérêt de Jehan.
« Ce n’est que le forgeron qui ferre les chevaux, » dit le Chevalier Pierre de Breuilhamenon, « ce qui vous intéresse Jehan, se trouve plus bas le long de la brassière détournée de la rivière Théols, pas loin de la Porte de Villatte. »
Les Citadins qui badaudaient dans les rues où ils cheminaient, s’arrêtaient pour les regarder passer.
Souvent, ils retiraient leurs coiffes en signe de respect, reconnaissant en eux les hôtes du seigneur Raoul dont, depuis la veille, les commères et taverniers faisaient gorges chaudes.
La petite troupe était naturellement menée par le Chevalier et sa fille qui de façon très familière se donnait le bras. Jehan marchait derrière le Chevalier, tenant « Sonneclaire » une main sur son pommeau gainer de cuire, l’autre à la pointe de son fourreau » la faisant ainsi, passée derrière son cou, reposer sur ses deux épaules. Enfin à côté de lui, sans aucun harnachement, dans sa superbe robe blanche, suivait Alan tout aussi intéressé que nous par la vie des rues.
Une grappe d’enfants les suivait à distance. Certains tentaient, par une pirouette ou un sourire, d’être remarqués, pour qu’ainsi, d’une pichenette, l’un d’eux fasse voler une piécette en leur direction. Après une légère descente, Ils longèrent la brassière de la rivière qui entrait dans la cité.
Sur chaque rive étaient établis les ateliers des teinturiers, des tanneurs, des corroyeurs, des parcheminiers, des forgerons, des armuriers, des plumassiers et deux moulins dont les meules tournaient grâce à la force des eaux. Si les factures des parcheminiers, tanneurs, corroyeurs et teinturiers avaient haute réputation, Jehan ne put que voir la pauvreté des ouvrages de forges.
La fonte du minerai n’était pas ordonnée et souvent elle relevait plutôt d’une l’improvisation que d’un savoir. Ce qui donnait des coulées de qualité médiocre qu’aucune trempe n’était capable d’améliorer. Ouvrager une épée à partir de ce fer relevait de l’exploit d’ailleurs, Jehan apprit plus tard par le Chevalier lui-même, que le fer pour fabriquer les armes venait du fief de Vierzon, où là, on savait fondre le minerai.
Passant de forges en forges, Jehan vit peu de bons ouvrages, trop souvent la dureté d’un tranchant d’outil était obtenu par « battage » ce qui le rendait cassant on ne bat pas le coupant d’une hache comme on bat celui d’une faucille. Il y avait donc là, pour Jehan, beaucoup de choses à montrer pour que ces petits forgerons deviennent grands.
« Ne croyez- vous pas Jehan, être un peu sévère avec nos forgerons » dit alors le Chevalier de Breuilhamenon. Puis sortant son épée de son fourreau il poursuivit : « Celle-ci est forgée avec du fer venant de Vierzon et elle est, il me semble de bonne facture. »
Sortant alors « Sonneclaire » de son fourreau sans décapuchonner sa poignée, Jehan répondit :
« Sévère, dites- vous Chevalier, certes non je ne le suis point ! Frappez donc mon épée de la vôtre et vous verrez. » Ce que le Chevalier fit de tout son cœur ! La lame de « Sonneclaire » entra d’un tiers de pouce dans celle de l’épée du Chevalier l’ébréchant de la plus belle façon.
« Par Saint Georges, Jehan, qu’est-ce cela, de quoi est faite votre arme ? » S’étonna le Chevalier.
« Il est vrai Chevalier que « Sonneclaire » n’est point une épée ordinaire et qu’elle est capable de trancher en deux votre lame si je lui en donne l’élan. » dit Jehan. Mais cette brèche montre aussi que votre épée est mal trempée car si elle l’eut été par moi, elle se serait peut-être cassée, mais sûrement pas entamée comme elle l’est. Ne soyez pas soucieux Chevalier, je remettrai moi-même en état votre épée et en prime, je vous la tremperai suivant le secret de mon père Maître Ursulin de la forge de Bury. »
« Jehan, le seigneur Gaultier de Charrotz m’a parlé de votre épée, voulez-vous me montrer le secret que cache le capuchon de cuire qui couvre sa poignée ? demanda le Chevalier.
Entendant cela, Damoiselle Marie s’approcha.
La voyant faire, Jehan sourit car si une chose pouvait attirer une femme, c’était bien la découverte d’un secret ne serait-ce que pour, dans l’instant suivant, elle fasse en sorte qu’il n’en fût plus un.
Jehan délassa le fourreau de poignée de « Sonneclaire ». Quand cette dernière apparut, Jehan lut l’étonnement dans les regards du Chevalier et de sa fille. Puis lorsque ses deux mains comblèrent leurs empruntes incrustées dans le fuseau, et que « Sonneclaire » prit vie en faisant siffler sa lame dans l’air, il vit qu’ils venaient tout deux de comprendre une partie du secret de l’étrange forme de sa poignée.
Mais le ventre de Jehan lui faisait savoir qu’il lui semblait être l’heure d’être rempli, ce que confirmait la hauteur du soleil dans le ciel qui rendait ses rayons bien chauds.
Le repas aux confidences
Ce fut donc de l’ombre et des victuailles qu’ils se mirent à chercher avec empressement.
Damoiselle Marie qui n’ignorait rien des établissements et négoces de la cité les conduisit hors des murs dans le faubourg Saint-Paterne, dans une jolie auberge des champs dont la cour arrière, couverte d’une tonnelle de vigne, arrivait sur un pré au bord de la rivière.
Les tenanciers étaient de gentilles personnes qui firent tout pour leurs êtres agréables. Ils purent donc en cet endroit, les restaurer de mets simples et goûteux que firent descendre en leurs estomacs quelques pichets de vin qui faisait, depuis fort longtemps, et avec justice, grande réputation à la cité.
Alan trouva fort à son goût les jeunes pousses d’herbe du pré et l’eau de la rivière
Ce fut un joyeux repas leur permit de mieux se connaître.
Ainsi Jehan apprit que le Chevalier Pierre de Breuilhamenon avait pris part à la croisade des trois rois : Frédéric de Germanie, Richard d’Angleterre et Philippe de France.
Il avait ainsi suivi en cette croisade, le Seigneur Eudes III d’Issoudun père du seigneur Raoul.
Après un séjour à Messine en Sicile, où il avait assisté au premier désaccord entre les rois Philippe et Richard, il était au premier jour du printemps de l’an de grâce 1190, dans le camp des chrétiens qui assiégeait la cité de Ptolémaïs (Saint-Jean d’Acre). Il était âgé alors de vingt cinq ans.
Le Chevalier fut de ceux qui attaquèrent la « tour maudite » à l’Est de la cité et qui permirent d’ouvrir un passage dans les murailles d’enceinte, provoquant de ce fait sa reddition.
Quand le roi Philippe de France s’en revint en son royaume, il laissa en Terre Sainte dix mille hommes sous l’autorité du duc Hugues de Bourgogne parent d’Eudes d’Issoudun.
Il traversa avec ses compagnons d’armes la rivière Bélus. Puis tous, longèrent le golfe de Caïfa et piquèrent vers la cité fortifiée de Cisarée, au bord de mer. Lui et ses compagnons, après avoir passé aux pieds des châteaux de Capharnaüm et d’Atilk, parvinrent en cette cité de Cisarée qu’après six jours de chemin harassant durant lequel ils furent sans cesse harcelés par les Sarrasins.
Le Chevalier fut de tous les combats qui le lièrent d’amitié avec Jacques d’Avesnes. Après un peu de repos en ce lieu, il fut de ceux qui, chemin repris, se trouvèrent arrêtés par deux cent mille Sarrasins qui formaient barrage sur les rives de la rivière Rochetalie (Leddar). Derrière eux, et sur leurs flancs ils virent une première vague d’ennemis qui coulaient des montagnes environnantes les prenant ainsi en tenaille. Il en vint une seconde puis une troisième. La bataille qui s’engagea alors, fut des plus mémorables. Elle s’étendit de la colline d’Arsur, jusqu’à la plaine de Ramla et de la mer aux montagnes. Périrent en ce jour huit mille Sarrasins et mille Croisés dont un des plus valeureux Jacques d’Avesnes qui, avec un bras et une jambe coupés combattit jusqu’à la mort. On retrouva le Chevalier tout ensanglanté et inconscient près du corps de Jacques d’Avesnes. Un souffle de vie faisait encore battre son cœur. On lui recousit trois plaies au bras, quatre aux jambes, quatre sur le torse. La fièvre le fit délirer pendant dix jours, puis il se rétablit peu à peu. Il séjourna un temps à Jaffa puis parti pour la cité d’Ascalon qui n’était que ruines. Le roi Richard, à qui on reprochait de ne pas s’empresser d’aller délivrer Jérusalem décida d’occuper tous les croisés à la reconstruction de la cité d’Ascalon. En protestation de cette décision royale, le duc Hugues de Bourgogne se retira de dessous les bannières d’Angleterre et une mésentente éclata entre le roi Richard et Conrad marquis de Tyr.
Peu de temps après les fêtes de Pâques de l’an de grâce 1192, ayant ouï la rumeur du retour du roi Richard en Angleterre, où son frère Jehan complotait contre son pouvoir, les chefs de l’armée chrétienne décidèrent d’élire Conrad de Tyr roi de Jérusalem pour conduire les chrétiens à la délivrance de la cité sacrée.
Lors du banquet qui célébrait son avènement, Conrad fut poignardé par deux esclaves Ismaëliens.
Les Croisés français soupçonnèrent fort que derrière ses assassins, se cachaient les intérêts du roi d’Angleterre, et cette suspicion creusa encore plus le désaccord entre Français et Anglais.
Henri de Champagne succéda à Conrad pour le gouvernement de la cité de Tyr ainsi que sur le trône de Jérusalem, et pour y mettre bonne mesure, il épousa la veuve de Conrad. Le roi Richard lui remit alors toutes les places conquises par son armée. Henri de Champagne était à la fois neveux du roi Philippe et neveux du roi Richard ce qui rapprocha un peu les deux camps.
Richard annonça alors qu’il ne partait plus et qu’il allait marcher vers Jérusalem, mettant ainsi ceux du camp français en porte-à-faux car cette décision du roi annulait les causes avancées du désaccord et les obligeait à revenir sous sa bannière et combattre pour sa seule gloire. C’était plus que pouvait en supporter l’orgueil du duc de Bourgogne qui se retira à Tyr et refusa de soutenir le roi Richard dans ses combats.
Les Allemand venant de quitter la Terre Sainte, ne pouvant plus s’imposer par la force, Richard négocia une trêve de trois ans et huit mois avec Saladin qui lui aussi se trouvait affaibli par des luttes intestines. Entre autres conditions, cette trêve ouvrait la cité du Christ, à la foi des pèlerins chrétiens. Les rancœurs et les jalousies des Français les firent rester à Tyr, alors que tous pouvaient visiter le tombeau de Jésus et s’y recueillir. Le duc de Bourgogne mourut à Tyr alors qu’il préparait son retour. Avec l’accord de son suzerain le seigneur Eudes d’Issoudun, le Chevalier Pierre de Breuilhamenon parti pour la sainte cité. Il alla prier au pied du Sépulcre sacré où avait reposé le corps meurtri du Christ, en le remerciant de lui avoir préservé la vie dans tous ses combats. Il avait vu les épées trancher des membres et des têtes et le sang des hommes couler des corps comme l’eau des fontaines. Il avait entendu les fracas des armures qui s’entrechoquent et les cris perçant de ceux qu’une lame ou une lance transperce ou qu’une flèche frappe.
Il se rappellera toujours du goût du sang dans sa bouche ne sachant si c’était le sien ou celui du Sarrasin qu’il venait de pourfendre. Comment pourrait-il oublier ce liquide rouge et poisseux qui en se mélangeant à sa sueur lui collait les paupières en séchant. Tout comme il n’oubliera jamais les hurlements de douleur des blessés demandant qu’on s’arrête de trucider l’ennemi le temps d’un geste de charité afin de leur planter l’épée que l’on tient dans le cœur pour leur donner la délivrance.
Le Chevalier avait côtoyé l’enfer et il venait en cette cité de Jérusalem remercier Dieu de ne point y être resté. Le souvenir des sourires de son épouse et de sa fille l’avait obligé à lutter contre la fièvre et la mort mais il savait bien qu’il avait fallu en plus pour le ramener à la vie, l’aide de la grâce divine. Il s’était embarqué à Ptolémaïs avec son seigneur pour regagner la France en fin de l’an de grâce 1192 avec autour de son cou, deux chênettes d’argent qui retenaient deux petites croix d’ivoire qu’il avait laissées, le temps de ses prières au pied du tombeau du Christ, au fond d’une vasque de marbre d’opale rempli d’eau bénite.
À mesure que Le Chevalier contait son séjour en Terre Sainte, sa voix était devenue grave et dans son regard quelques larmes avaient éteint le foyer qui réchauffait sa joie de vivre.
La souffrance que cet homme avait endurée, allait bien au-delà de ce que peuvent dire les mots.
Sa fille était à ce jour son seul trésor et sa seule raison de vivre car deux années après son retour d’orient, son épouse touchée par le « mal des Ardents » (ingestion de pain dont la farine est contaminée par l’ergot de seigle) avait rejoint le bon Dieu dans d’atroces douleurs.
Ce chevalier avait dans les terres de tout le Berry grande réputation de prude homme et de valeureux combattant. Ces avis toujours pondérés étaient écoutés et ce n’était pas pour rien qu’un tel homme était de l’entourage proche du seigneur Raoul. Cette réputation fut fondée avant même son retour, par les récits de ses faits d’armes que faisaient en toute la région, des Chevaliers de Jérusalem établis en la cité d’Issoudun.
L’amitié que pourrait porter ce seigneur et sa fille à l’endroit de Jehan apparaissait, à ce dernier, en cet instant comme deux trésors qu’il lui fallait mériter.
Le tour des remparts du dehors, finit de faire découvrir la cité à Jehan.
La Damoiselle Marie trouva, sur le dos d’Alan, le remède à sa fatigue. Sur les conseils de Jehan, elle avait demandé gentiment à beau cheval blanc, de soulager ses jambes. Et quand à l’oreille de son ami, Jean avait ajouté que la gentille Damoiselle ne serait pas mécontente qu’on la vit montée sur un si joli cheval, Alan fut d’une attention particulière pour sa cavalière.
Ils passèrent, plein de gaieté, sous les regards respectueux des gardes la Porte du bas château.
A peine avaient-ils pénétré dans la cour du châtel, qu’un page vint leur dire que le seigneur Raoul les attendait à sa table pour le dîner.
A suivre
Johan (JR.).
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