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« Légende de Marie Dame de Font-Moreau » 4

le dimanche 04 novembre 2018, à 16:23. Posté par Johan




    https://youtu.be/76TiHw-ggx0

    « Légende de Marie de Breuilhamenon Dame de Font-Moreau »

    Quatrième partie

    Une terre de noblesse pour un Chevalier

    Le retour de la petite troupe, revenant de l’abbaye de la Prée, était attendu au château de la cité d’Issoudun par la famille seigneuriale et son entourage. Jehan, le Chevalier et frère Matthieu furent reçus dans la grande salle d’honneur. Jehan y aperçut, non sans une certaine joie et un certain émoi, la jolie frimousse de la Damoiselle Marie de Breuilhamenon dont les yeux bleus rosés s’accrochèrent un instant siens miens.
    Le seigneur Raoul et son épouse Marguerite de Courtenay voulurent entendre le récit du déroulement de notre mission à La Prée. Ils furent surpris lorsqu’ils apprirent le rapt de la Prieure d’Orsan et l’intervention armée non prévue pour délivrer ladite Prieure.
    Jehan fut le plus précis possible dans cette narration des faits
    Lorsqu’il eut fini, le seigneur Raoul exprima sa satisfaction envers tous ceux qui avaient participé à cette libération. Le repas qui suivit la narration de ces faits, fut jovial et très animé et les conversations tournaient autour du récit que Jehan venait de faire.
    Il y avait sur un côté de cette table le seigneur Raoul, son épouse Marguerite, sa mère Adélaïde, sa sœur Mahaud, son beau-frère Guillaume, le seigneur Gaultier de Charrotz et son épouse Isabelle.
    C’est de l’autre côté de la table, face à la famille seigneuriale que Jehan était installé en compagnie du chevalier Pierre de Breuilhamenon, de sa fille Marie, du seigneur Renoul de Saint Ambroys, et de frère Matthieu.
    « Jehan » dit soudainement le seigneur Raoul, « en votre absence j’ai pris avis auprès de mes conseillers sur ce que nécessite votre future réception en chevalerie que j’ai fixée au jour de la fête de tous les saints. Sur l’heure, une doléance au roi Philippe lui demandant de créer votre noblesse est prête à lui être portée. Car lui seul peut m’autoriser à faire de vous, qui n’êtes point de noblesse en prime, un noble, et en second, un Chevalier. Le roi qui en ces temps troubles, me souhaite de son parti, ne me refusera pas l’accord demandé, d’autant que le comte Thibaud de Blois va en ce sens. Mais autres mes recommandations sur vos qualités d’esprit et de cœur qui figurent en cette requête, il me faut y nommer la terre dont vous porterez le nom. Et cela me donne souci !
    La dernière, belle terre libre vacante boisée, qui était sise sur la seigneurie seigneur Gaultier de Charrotz ici présent, fut donnée il y a quelque temps déjà, par lui et avec mon accord, en apanager à la noble damoiselle Marie de Breuilhamenon qui est assise pas loin de vous. Celles dont je pourrais disposer, sont bien trop éloignées d’ici. Cela me cause donc difficulté qu’il me faut résoudre.
    « Ne vous en souciez plus mon seigneur, » dit alors la douce voix de Marie de Breuilhamenon, « si mon père en est d’accord, Je donne en indivision avec moi, ma terre de Font-Moreau, dont je porte le nom de Dame, à Messire Jehan pour qu’il en porte également le nom. »
    « J’agrée à la proposition de ma fille, » dit le Chevalier de Breuilhamenon, « il me serait bien aise d’avoir un si agréable voisin que Messire Jehan. D’autant poursuive-t-il que ma famille semble commencer à nouer belle amitié qu’avec ce jeune homme. »
    « Êtes-vous sur de votre décision damoiselle Marie ? » Interrogea alors le seigneur Raoul.
    « Oui Monseigneur ! » Dit Marie.
    Alors mes seigneurs nous aurons donc en la personne de Marie une Dame de Font-Moreau et en celle de Messire Jehan, le chevalier de Font-Moreau.
    C’est un joli fief que celui-là poursuivit le seigneur Raoul. Il se situe sur le plateau qui domine la rive dextre de la rivière Arnon, à plus de deux lieues au septentrion de la cité de Charrotz, sur la crête qui domine la vallée de la rivière Cher. Avec mon accord et celui du seigneur Gaultier, il y a quelque temps, des moines s’y sont déjà installés à un endroit appelé Manzay. Ils y bâtissent une abbaye et déboisent pour y cultiver. Cette terre giboyeuse, boisée de chênes de charmes, de châtaignés et de trembles, produit de quoi faire vive une châtellenie. Il nous semble sensé et sage d’élever cette terre en fief de vassalité pour laquelle, Jehan, vous devrez me rendre hommage de suzeraineté. Tout comme le doit déjà aussi, Marie de Breuilhamenon, déjà dame de Font-Moreau.
    Comme jadis, la terre de Breuilhamenon, qui fut donnée il y a fort longtemps par mon ancêtre, le seigneur Amnon d’Issoudun, à la famille du Chevalier, cette terre de Font-Moreau dépendra directement de « la tour blanche » d’Issoudun. » Nous donnerons compensation pour ce changement de suzeraineté à notre ami et conseiller Gaultier de Charrotz, d’autres terres lorsque l’opportunité se présentera. Ceci vous agréait-il Jehan » ?
    « Seigneur » répondit Jehan « l’honneur qui m’est fait en m’attribuant en indivisibilité cette terre avec la damoiselle Marie qui me l’offre, est immense et il y aura grande ingratitude de ma part, en votre endroit et à celui de damoiselle Marie, d’y trouver à redire. »
    « Voilà qui est dit, et la chose décidée » s’exclama le seigneur Raoul. La doléance d’anoblissement au roi Philippe va donc partir sur l’heure. »
    Alors qu’il écrivait son nom et apposait son seau sur la missive, il dit à Jehan : « En attendant la réponse royale, Jehan, il vous faudra vous rendre sur votre futur domaine fin septembre. Les teintures de l’automne sur les feuillages des grands arbres y sont magnifiques. »
    À sa grande surprise, Jehan vit le seigneur Raoul tendre le document au seigneur Gaultier pour que celui-ci à son tour y mettre son nom et y appose son seau.
    Jehan avait déjà perçu l’importance du seigneur Gaultier de Charrotz dans l’entourage du seigneur Raoul d’Issoudun mais il n’en connaissait pas les raisons. Il avait bien remarqué que ce seigneur et son épouse Dame Isabelle se tenaient à table toujours du coté où siégeait la famille seigneuriale d’Issoudun et ce privilège n’était pas sans fondement.
    Jehan apprit de la bouche du Chevalier Pierre de Breuilhamenon, que Dame Isabelle de Courtenay, l’épouse du seigneur Gaultier de Charrotz, était à la fois cousine du roi Philippe de France et cousine de Margueritte de Courtenay épouse du seigneur Raoul. Dame Isabelle était la fille d’Élisabeth de Courtenay et du défunt Pierre de France, lui-même fils cadet du défunt roi Louis le sixième dit « le gros ». Le frère ainé de Pierre de France, donc l’oncle de Dame Isabelle n’était autre que le défunt roi Louis le septième dit « le jeune » qui eut pour fils le roi régnant ce jour, Philippe le deuxième dit « Auguste ». Dame Isabelle était donc petite fille de roi de France, nièce du roi de France, et cousine du roi de France.
    Pour le seigneur Raoul d’Issoudun, troisième du nom, déjà fortement apparenté de par sa mère, à la maison de Bourgogne, l’appui de la parenté royale de la seigneurie de Charrotz lui conférait une prestance et une puissance qui ne pouvaient pas être ignorées des autres grands seigneurs de la mouvance du royaume de France comme de celle d’aquitaine donc d’Angleterre.
    Jehan comprit alors pourquoi la doléance qu’il présentait au roi Philippe pour son anoblissement lui semblait n’être qu’une formalité.
    L’année où Raoul succéda à son père Eude le troisième, en l’an de grâce 1199, il y a de cela huit années, le roi Philippe, par l’entremise de son parent par alliance Gaultier de Charrotz, confia à la seigneurie d’Issoudun le soin d’organiser une entrevue avec le roi Richard d’Angleterre pour négocier un rapprochement durable entre la maison de France et celle d’Angleterre. Cette entrevue, où étaient présentes les châtellenies d’Issoudun et de Charrotz, eut lieu entre Charrotz et Issoudun où il fut convenu, entre les deux rois, l’accord que scellera un mariage entre Louis, (futur Saint-Louis) fils du roi Philippe et Blanche de Castille fille du roi de Castille et d’Eléonore, la sœur du roi Richard. Jean d’Angleterre dit « sans terres » qui succéda cette même année 1199 à Richard tué au siège de Châlus en Limousin respecta ces accordailles.
    Blanche de Castille âgée de douze ans, en plus des apports de Castille, fut dotée par la maison d’Angleterre des seigneuries de Graçay et d’Issoudun et le mariage eut lieu en l’an de grâce 1200.
    Ce mariage détacha la seigneurie d’Issoudun de l’hommage de son seigneur au duché d’Aquitaine.
    C’était désormais au roi de France que Raoul d’Issoudun se devait de rendre hommage.
    Maintenant, de par ces connaissances, Jehan percevait parfaitement l’importance qu’avait la seigneurie de Charrotz dans le gouvernement du seigneur Raoul.
    La mission d’observateur et d’émissaire, confiée par le comte Thibaud de Blois, à Jehan, venait de commencer.

    La quotidienneté de Jehan à Issoudun

    Les journées passaient très vite. Aux matines Jehan assistait à la messe dite par frère Mathieu.
    Puis quand sa santé le permettait, Jehan était avec le seigneur Raoul sur le pré d’armes où se trouvaient souvent le seigneur Renoul de Saint Ambroys et le vendredi, le Chevalier Pierre de Breuilhamenon. Les exercices d’épées où souvent Jehan, malgré-lui devenait le maître d’armes, avaient bien sur sa préférence. Pour le seigneur Raoul, le seigneur Renoul et le Chevalier de Breuilhamenon, qui avaient reçu une instruction des armes traditionnelles, la façon libre, de Jehan de déplacer son corps et de combatte avec une épée de combat était pour eux désarçonnant. Sa vivacité peu convenue prenait très souvent en défaut les pratiques rituelles de ces guerriers.
    Enfin, jusqu’au repas de mi-journée Jehan étudiait avec frère Mathieu la langue d’Oc.
    En début de l’après-midi, Jehan allait souvent rendre visite à Maître Arvennicus en son échoppe. Il aimait la sagesse pondérée de ce vieillard qui possédait une grande culture des lettres et des arts. En sa boutique, étaient exposés de superbes travaux d’enluminure et d’imagerie que justement réalisés les sœurs d’Orsan et les frères de La Prée. A chaque visite, les yeux de Jehan étaient émerveillés par ces ouvrages, son nez n’était pas en reste, les odeurs des huiles et des essences diverses qui servaient à transformer les pigments en couleurs, se dégageaient encore des images exposées. Elles formaient un bouquet de senteurs très particulier qui vous frappait dès l’entrée dans la boutique et qui doucement se transformait en un agréable accompagnement.
    L’après-midi du vendredi, jour du conseil du seigneur d’Issoudun, qui avait lieu le matin, venaient se joindre à Jehan, dans sa visite à Maître Arvennicus, la Dame Isabelle de Charrotz et sa Damoiselle de compagnie Marie de Breuilhamenon venu en accompagnement du seigneur Gaultier premier conseiller du seigneur Raoul, sous l’escorte et la protection d’une petite troupe que commandait le Chevalier Pierre de Breuilhamenon. Alors, durant cette visite, le regard de Jehan s’intéressait à une image aussi jolie, mais oh combien plus réelle et vivante, que celles qui habitaient les enluminures et images que les visiteuses contemplaient.
    Ainsi Jehan put avoir, avec Damoiselle Marie, bien d’autres sujets de conversation que ceux requis par la bienséance. L’écouter parler des choses, des gens et des lieux qu’elle aimait le faisait entrevoir un monde qui lui était inconnu. Ce monde, celui des Dames et Damoiselles, était plein de senteurs de fleurs et de fruit, plein de chants qui étaient fredonnés en brodant de jolis linge entourés de dentelle, plein de musiques tantôt gaies tantôt tristes. Puis peu à peu, le temps était venu où Marie marcha entre Dame Isabelle et Jehan en les tenant à tous deux par un bras. Et Jehan sentant ce bras sous le sien, été envahi d’une grande bouffée de joie et de fierté.

    Départ pour la terre de Font-Moreau

    Ce fut un bel après-midi de fin septembre que, sur le dos d’Alan, son ami et cheval et après être sorti de la cité par la porte Saint Jehan, Jehan s’était dirigé vers la terre de Font-Moreau.
    Il faisait le chemin avec le Chevalier Pierre de Breuilhamenon et sa fille Damoiselle Marie, ainsi qu’avec Le seigneur Gaultier de Charrotz et son épouse Isabelle, qui s’en retournaient en leurs châtellenies. Bien que la terre de Breuilhamenon fût attribuée à l’ancêtre du chevalier Pierre directement par le fondateur de la seigneurie d’Issoudun, Emenon, elle n’en faisait pas moins partie du fief de Charrotz. Et de cette raison, le Chevalier Pierre était vassal du seigneur de Charrotz comme il l’était du seigneur d’Issoudun, à qui seul, il rendait hommage.
    Le Chevalier de Breuilhamenon, tout comme le seigneur Gaultier de Charrotz, venait chaque semaine siéger au conseil seigneurial tenu par Raoul d’Issoudun en son Château.

    Ils arrivaient en la cité, le jeudi en soirée, accompagnés presque toujours, pour l’un de son épouse Dame Isabelle, pour l’autre de sa fille Damoiselle Marie et ils en repartaient le dimanche après le repas de mi-journée. Une petite escorte de Cinq gens d’armes à cheval assurait la protection de ces déplacements.
    La cité de Charrotz était à plus de deux lieues et demie devant eux, mais avant d’y parvenir, ils devaient passer à mi-chemin, la Maison Forte d’Availhes sise au beau milieu des vignes. Jehan se rappelait ce nom, c’était celui du bailli de la cité de Vatan, petit bourg où il était passé en venant de Blois pour gagner la cité d’Issoudun. Ebrad d’Availhes comme il s’était lui-même nommé. Voilà donc d’où venait ce seigneur qui lui avait semblé hautain et prétentieux. Et comme il disait cela à voix haute, il entendit Dame Isabelle lui répondre « Il est tout cela Messire Jehan et de plus d’une grande arrogance ! Mais cela lui est pardonné par le seigneur Raoul, car c’est un efficace administrateur d’une grande probité, comme quoi, certains défauts sont contrefaits par de grandes qualités. » Ce fut du haut de la dernière colline à passer, qu’en milieu d’après-midi, s’offrit à leurs regards la cité et le château de Charrotz. Quoique beaucoup plus petite, il y avait ressemblance entre cette cité et celle d’Issoudun. Toutes deux sont entourées de murailles de défense et toutes deux ont le château seigneurial, non pas inclus en leur enceinte, mais en dehors d’une partie de ces fortifications.
    La cité de Charrotz est donc ceinturée de remparts percés de quatre portes. Au midi près de la chapelle Saint-Sauveur, une porte donne passage sur le fossé entourant le château seigneurial au moyen d’un pont-levis manœuvré dudit château. Au septentrion, un guichet voûté en ogive en son dehors, et en plein-cintre en son dedans, donne passage sur un pâti au milieu duquel s’élève une grande et belle église monastique consacrée à Saint Michel entourée d’un faubourg qui porte son nom. La porte au levant est munie d’un pont-levis. De là, après avoir traversé un grand faubourg puis la rivière Arnon sur un pont de bois, et enfin une vaste zone marécageuse, partait le chemin qui mène à la cité de Bourges. La porte du couchant que nous passons venant de la cité d’Issoudun, pour entrer en cette cité, est elle aussi fortifiée d’un pont-levis enjambant un fossé qui court au pied des murailles et prolonge celui qui défend le château.
    En cette cité et ces faubourgs, sont comptées cinq églises ou chapelles dépendantes toutes de Notre-Dame d’Issoudun. Il y a aussi une maladrerie en dedans du bourg et une léproserie en deçà aux alentours du monastère Saint-Michel. Telle est cette cité dont l’enceinte et l’église monacale sont parsemées de blocs de pierre rouges provenant des alentours des mines de fer fort nombreuses sur le plateau d’orient.
    Lorsqu’ils pénétrèrent dans ce gros bourg, Jehan fut émerveillé par l’harmonie que donnait ce mélange de pierres claire et rouge dans les appareillages qui remplissaient les entres- poutres de charpenterie qui formaient l’ossature des maisons, souvent à deux niveaux, disposées de chaque côté de la grande rue qui traverse la cité. Comme souvent en ces constructions, le niveau de la rue était réservé aux échoppes et aux divers ateliers d’artisans. Les habitations se trouvaient au-dessus de ces ères de labeur et de commerce.
    Arrivés au milieu de la cité, une rue à dextre les mena à la porte du midi non loin de la chapelle Saint sauveur. Ce passage donnait sur un fossé qui partait des rives de la rivière Arnon et qui courait jusqu’à la porte du couchant. Ils franchirent cette défense par le pont-levis manœuvré de la poterne fortifiée de la première enceinte du château. Les gens d’armes du château avaient reconnu leur seigneur et leur châtelaine. Ils s’écartèrent pour laisser passer leur petite troupe. Elle parvint ainsi, dans la cour basse du château au midi de laquelle, est érigée, au milieu d’une autre et plus petite enceinte, une grosse tour dont le passage se faisait par un nouveau pont-levis.
    Dans cette cour, en appentis des murs d’enceinte, étaient établies les écuries et les divers ateliers et logements nécessaires à la vie de chaque jour de cette châtellenie et surtout, il y avait une forge dont Jehan entendait le marteau faire chanter l’enclume. Cette disposition lui rappelait un peu celle du château de Bury où il avait grandi.
    Tous de la petite troupe mirent pied à terre, et les palefreniers vinrent chercher les chevaux pour les déharnacher et les abreuver. Jehan dut donc faire alors ses recommandations d’usage à celui qui allait s’occuper d’Alan. Le seigneur Gaultier et Dame Isabelle avaient entendu ces consignes et regardèrent Jehan tout étonnés de ce qu’il venait d’ouïr « pas de tenue de bride, il te suffit de lui dire ce que tu veux qu’il fasse et il le fera. » Leurs surprises furent encore plus grandes quand ils virent Alan exécuter ce que le palefrenier venait de lui dire de faire et qu’ils le virent traverser seul la cour pour se rendre à l’abreuvoir étancher sa soif. Au regard de ces étonnements, le Chevalier Pierre de Breuilhamenon leurs dits en riant, « ne vous tourmentez point seigneur et gente Dames ce que vos yeux voient est bien réalité, ce cheval n’est pas commun. La première fois qu’on voit cette obéissance, cela surprend et par habitude on s’y fait, enfin je crois. » « Messire Jehan, il vous faudra nous parler de ce cheval » dit le seigneur Gaultier. Puis leurs pas prirent la direction de la deuxième enceinte qu’ils franchirent.
    Sur le pont-levis qui menait à la grosse tour, se tenait, épée au côté, un jeune homme vêtu d’une tunique et de chausses rouges, passées sur une fine cotte de maille.
    « Messire Jehan » me dit alors Dame Isabelle « voilà mon fils Emenon qui, comme vous, sera bientôt armé chevalier. Il est en ce temps écuyer du seigneur Guillaume de Chauvigny seigneur de Château - Raoul. Le sourire franc de ce garçon apprit à Jehan qu’il n’avait aucune malice et qu’ils seront de suite des amis. Par contre ce qui navra Jehan, en cet instant, était le regard de chien fidèle que le jeune Emenon portait sur la personne de la Damoiselle Marie. Ami et rival voilà bien une chose orageuse se dit alors Jehan et dans le temps où il se disait cela, il prit conscience de l’importance en son cœur, du sentiment d’affection qu’il portait à Marie.
    Cette grosse tour, du château de Charrotz, en plus de sa partie de fondation, est bâtie pour abriter trois niveaux d’habitation. Au premier est installé dans le mur un four autour duquel on y fait cuisine. On y trouve aussi un puits, des latrines et le départ d’un escalier de pierre qui mène au-dessus. Au milieu de cette salle voûtée, une trappe donne sur une basse fosse dont le seigneur Gaultier y enferme, quand cela est, ses prisonniers. Au deuxième niveau, se trouve la salle d’honneur au plafond soutenu par des poutres en bois de chêne, où la famille seigneuriale vit. Cette salle est magnifiquement et richement arrangée. Une grande cheminée y apporte en hiver la chaleur nécessaire. Au-dessus, desservi par le même escalier qui s’élève dans l’épaisseur du mur, se trouve une autre salle voutée tout aussi grande que la salle d’honneur. Chauffée par le feu d’une grande cheminée et savamment aménagée, elle permet à toute la famille du seigneur Gaultier d’y dormir.
    Au-dessus encore, se trouve une place de gué, où le milieu de chaque côté, appuyées sur le mâchicoulis, quatre échauguettes sont érigées. Lorsque Jehan fut en haut de ce donjon, il put voir, du coté de la campagne, une défense formée de trois lignes de fossés et de remparts en terre garnis de palissade de bois.
    Tous réunis dans la salle d’honneur où leur fut servi un délicieux vin de Charrotz, le seigneur Gaultier dit au Chevalier de Breuilhamenon et à Jehan « Messires, le soleil est déjà bien bas, il vous appartient de ne point vous attarder si vous voulez être au château de Breuilhamenon avant la nuit ou alors, il me sera agréable de vous loger en ces murs dans un des logis de la cour. Il vous appartient d’en décider. »
    « Votre offre d’hospitalité me touche seigneur Gaultier, » dit le Chevalier, « mais une lieue à peine, nous éloigne de mon logis et demain il nous sera plus aisé à Messire Jehan et à moi-même, de partir de Breuilhamenon pour nous rendre sur la terre de Font-Moreau. En prenant le chemin sur l’heure, nous serons en mon domaine avant la nuit ».
    « Chevalier » dit alors Dame Isabelle, « votre fille Marie souhaite partir avec vous en votre logis, je la délie donc pour ce temps de sa charge, mais il vous faudra me ramener ma Damoiselle de compagnie avant notre prochain départ pour Issoudun. »
    « Je vous le promets Dame Isabelle » répondit le Chevalier.

    Sur le chemin du château de Breuilhamenon

    La petite troupe menée par le Chevalier, sortit de la cité de Charrotz par la porte qui donne passage pour cheminer vers le faubourg Saint-Michel. Après avoir traversé un pâti qui sépare le bourg de l’église que les gens nomment « les chaumes », car c’est l’endroit où ils battent les blés et autres céréales aux fléaux et qu’ils jettent les pailles au vent, elle se dirigea vers la rivière Arnon. En ce lieu, en dehors des fortes crues, la rivière se traverse à gué. Ceci fait, après avoir parcouru des pâtures marécageuses, elle arriva au pied d’un « Carroir » où se coupent deux chemins escaladant la pente abrupte de la colline qui délimite sur cette rive droite la vallée où coule la rivière. Les chevaux de la petite troupe grippèrent au beau milieu des vignes cette rude pente, pour atteindre le plateau boisé au cœur duquel se niche le château de Breuilhamenon. Ce cheminement dans cette magnifique forêt, qui rappela à Jehan celle de son pays de Bury, fut agréablement tranquille et plein de senteurs boisées. La première rencontre que firent les cavaliers fut avec des charbonniers installés dans une petite clairière où trônaient une cabane à demi enterrée et une charbonnière toute fumante. Ayant reconnu leur seigneur et sa fille, les trois femmes, dont une plus âgée que les autres, toutes souillées de poussière charbonneuse comme l’étaient les six marmots nus qui tournaient autour d’elles, arrêtèrent leurs occupations et baissèrent la tête en signe de respect. Les quatre hommes, quant à eux, occupés aux tâches de charbonnage, enlevèrent leur bonnet de grosse toile de chanvre aussi noire que les habits qu’il portait.
    Se remettant en selle, le Chevalier dit à sa fille : Je viens d’acheter à cette famille, tout le charbon de bois que produira la charbonnière qui fume, car » ajouta-t-il, « les cuisines et la forge du château vont pas tarder à en manquer. Puis il ajouta, « ils m’ont promis de le livrer au château dans dix jours, je te laisse le soin ma fille, de prévenir nos gens. »
    Puis s’adressant à moi il me dit : « Jehan, non loin de cette clairière, avant d’arriver au château, nous allons passer deux lieux d’anciens essartages qui portent les noms des familles qui les y ont œuvré. D’abord nous traverserons la grande clairière défrichée par la famille des « Moreaux », puis plus loin, celle éclaircie par la famille des « Champeaux ». Enfin nous arriverons et traverserons le hameau de Breuilhamenon qui comme vous l’entendez, porte le même nom que le château et la seigneurie. Nous entrerons de nouveau en sous-bois pour un petit moment, et soudainement, vos yeux, et j’espère votre cœur, découvriront l’écrin forestier où sise ma demeure qui est aussi celle de la Damoiselle Marie qui chevauche avec nous et pour laquelle, il me semble, vous n’êtes point en avarice de sourire. Il n’y a pas, en ma seigneurie, de gros villages mais en contraire, elle est couverte de petits hameaux et de fermes isolées qui font d’elle une curiosité. Tout comme en est une autre, le fait que l’église paroissiale est établie au hameau de Plou sur une partie de terre que détient la seigneurie de Charrotz.
    Un jour, je vous raconterai l’histoire des terres qui forment en ce jour la seigneurie de Breuilhamenon.

    Le château de Breuilhamenon

    Jehan se souviendra toujours de l’apparition qu’il eut du château de Breuilhamenon à partir de la petite hauteur qui dominait la clairière au milieu de laquelle il avait été bâti. Son imagination le compara à un œuf délicatement rosi par le soleil couchant, déposé au milieu d’une herbe verte tapissant le fond d’un nid dont les rebords étaient colorés de toutes les nuances des rouilles d’automne. Ce rose pâle lui rappelait celui qui imperceptiblement se diluait dans le bleu des yeux de la jolie châtelaine Marie.
    Pour construire ce château, lui expliqua alors le Chevalier, on avait d’abord terrassé un profond et large fossé qui délimitait une aire carrée, sur laquelle avait été entassée, en une sorte de bute, la terre provenant de son creusement. Puis, sur cette butte de terre, y fut, en prime, construite en bois, une grosse tour défensive qui avait servi de logis au premier seigneur établi en ce fief par le seigneur Amenon de la première maison seigneuriale d’Issoudun. Cette seigneurie de Breuilhamenon était donc née il y a environ deux siècles, plus précisément, la trentième année du règne du roi Lothaire, soit l’an 984.
    À cette époque reculée, au faitage de la rive, côté butte, du fossé, s’élevait une enceinte défensive faite de pieux de bois délimitant en son intérieur, une cour carrée. Puis, d’autres pieux d’entraves à tous asseaux d’attaque, avaient été hérissés très serrés, sur la pente interne de ce fossé. Depuis ce temps, les seigneurs qui s’étaient succédés en ce château, avaient, à mesure que la terre de la butte se stabilisait en se tassant, peu à peu remplacé l’enceinte et le donjon de bois par de la pierre donnant le superbe château qui s’offrait au regard de Jehan. A chacun des quatre angles du carré que forme l’assise du château, s’élève une tour de défense. Le donjon de forme carrée lui aussi, est encastré dans le mur septentrional de l’enceinte. L’unique porte d’accès, à cette petite forteresse, est voutée plein cintre. Elle est encadrée par deux autres tours soutenant une galerie haute à bêchette protégeant la herse de fer et le pont-levis de bois de chêne. La cour intérieure est en son sol, dallée de pierres. Au centre de cette grande cour, sise un puits dont les quatre colonnes de pierre, en appui sur sa margelle, supportent deux voûtes qui se croisent et se bloquent en leur milieu avec une clef de pierre calcaire rougi par l’oxyde de fer qu’elle contient. Ces voûtes soutiennent le dôme de pierre qui le couvre. Dans la saillie dextre que forme le donjon attenant au mur d’enceinte, se trouve le logis seigneurial élevé en appui sur cette muraille et sur deux niveaux sans dépasser toutefois la hauteur du chemin de ronde. En ce corps de bâtiment et de plein-pied se tient une superbe salle d’apparats et d’armes dont l’espace prend toute l’aire d’implantation du logis. Un énorme escalier de bois, sous lequel se trouve ranger beaucoup de manuscrits, donne accès à l’étage où court, une galerie éclairée par cinq meurtrières qui traverse l’épaisseur du mur de cette enceinte. Cette galerie dessert cinq chambres dont toutes les fenêtres à meneaux donnent sur la cour intérieure. Dans la saillie senestre, on trouve un autre bâtiment de pierre adossé, lui aussi, à la muraille d’enceinte. Il abrite les cuisines, la forge et une jolie chapelle.
    Côté cour, en appui sur les autres côtés intérieurs de la muraille d’enceinte, sont construits en bois, divers appentis qu’occupent les écuries, les logements des gardes et ceux des serviteurs attachés au service de la famille seigneuriale. Les autres gens œuvrant au et pour château, avaient leurs logis dans les chaumières du hameau de Breuilhamenon que la petite troupe venait de traverser.
    Lorsque les fers des chevaux tintèrent sur les dalles de la cour intérieure de cette petite forteresse le palefrenier et son aide attendait déjà, ainsi que trois femmes et deux hommes de service et d’entretien qui eux s’étaient rassemblés sur le seuil de la porte de la grande salle sous l’œil attentif d’un personnage grand et sec vêtu tout de noir.
    « La veille de notre départ d’Issoudun pour ici » dit le chevalier à Jehan avec un sourire taquin, « j’ai envoyé un messager au château pour prévenir mon petit monde, de mon arrivée et celle de ma fille, ainsi que celle de deux invités de marque.
    Le premier, vous Messire Jehan, dont j’ai confié la personne à l’attention des gens qui sont là sur le seuil de la grande salle. Dans l’ordre il y a là : Remborgra, Ernestina, Florine, Bernard et joseph.
    Le second, notre ami Allan, votre cheval que j’ai mis sous les soins attentifs d’Ernaud le palefrenier et de son fils André.
    Quand à l’homme en noir, que je vous vois observé avec insistance, c’est mon fidèle intendant et ami, Don Ruy Peláez, que j’ai connu en Terre Sainte lors d’une embuscade sarrasine où nous avons combattu les ennemis dos-à-dos l’un protégeant l’autre et l’autre protégeant l’un, nous sauvant ainsi la vie réciproquement de nombreuses fois. Amis depuis ce jour, quand est venu le temps de mon retour en ce royaume de France, il m’a demandé s’il pouvait me suivre sur mes terres de Breuilhamenon, car il avait décidé d’abandonner le Temple qui, venait-il d’apprendre, l’avait honteusement spolié de tous ses bien familiaux. Depuis mon accord à sa doléance, il ne m’a jamais quitté. C’est un Asturien de la noblesse de la cité d’Oviedo, descendant des Peláez des Asturies. Orphelin à dix ans, il fut élevé et instruit au monastère de San Vincente par les frères bénédictins de cette cité. Puis conduit à l’âge de 24 ans, pour être formé au métier des armes, au château de Ponferrada tenu par les Templiers dont il intégra l’ordre six ans plus tard. Ce fut donc en tant que soldat du Christ, que je l’ai connu lors de la croisade.
    « Vous verrez Jehan, si cet homme est très instruit de toutes les sciences et de tous les arts, c’est aussi un combattant hors du commun, surtout à l’épée.
    Je l’ai vu de mes yeux, tenir tête à lui seul, à plus d’une demi-douzaine de Sarrazins avec une facilité déconcertante, dans une sorte de danse guerrière qui semblait hypnotiser ses adversaires.
    Il y a beaucoup à apprendre de cet homme-là. Croyez-moi !
    En cette soirée, le fond de l’air était doux. Le Chevalier déSirea alors, que la table pour le repas du soir, soit dressée dans la cour intérieure près du puits. Ce qui fut fait avec grande diligence.
    Dame Marie, car en ce lieu on l’appelait ainsi, demanda à Florine de guider Jehan vers l’une des cinq chambres qui allait être son logis durant le temps de son séjour sur la seigneurie de Breuilhamenon. Florine était une jeune femme d’apparences assez fluette qui se déplaçait très rapidement avec une aisance telle, qu’elle donnait l’impression qu’elle glissait sur le sol plus qu’elle n’y marchait. Jehan, qui la suivait, perçut chez elle une énergie débordante. Elle était en habitude, au service de Dame Marie qui lui avait, pour l’heure, demandé d’être à celui de Messire Jehan. Se tenait derrière Jehan, Joseph, l’époux de Florine, un colosse qui portait sans effort son bagage.
    Voici votre logis Messire Jehan dit Florine en ouvrant la porte d’une jolie chambre aux murs en pierres apparentes, au sol carrelé de carreaux de terre cuite, éclairée par une grande fenêtre dont les ouvrants étaient remplis de vitraux losangés multicolores. La pièce était meublée d’un lit entouré de courtines, d’une table de chêne sur laquelle Joseph posa le bagage de Jehan. Dans un angle de cette pièce, se tenait un baquet de bois cerclé de fer rempli d’eau destiné à la toilette.
    Quand Jehan, qui s’était un peu rafraichi, regagna la cour, il y trouva Le Chevalier, Dame Marie et
    Don Ruy Peláez près de la table. Le Chevalier vint à sa rencontre « venez Jehan que je vous présente mon ami Don Ruy. » l’homme, inclinant légèrement la tête en avant en signe de salut, dit à Jehan en souriant avec un accent assez marqué : « Serviteur Messire Jehan, le Chevalier et Dame Marie viennent de me parler de vous avec tant de chaleureux détails, que j’ai l’impression de déjà vous connaître un peu. Tout en disant ces paroles, Jehan remarqua son regard perçant fixer le sien. « C’est un honneur pour moi de vous connaître seigneur répondit Jehan ». « Appelez-moi Don Ruy, comme tous ici », lui répondit-il. Puis les yeux noirs interrogateurs de Don Ruy se posèrent sur l’épée de Jehan dont la poignée était dissimulée par un fourreau de cuire. Le Chevalier avait perçu le regard de son ami Don Ruy, mais il jugea qu’il n’était pas temps d’aller plus avant dans des explications.
    « Asseyons-nous voulez-vous » dit le Chevalier. Le repas fut animé par les récits des voyages en Orient du Chevaliers et de Don Ruy que Jehan et Marie relançaient sans cesse par leurs questions.
    Puis, alors que les domestiques allumaient les bougeoirs de la table, rendus indispensables par la nuit qui naissait, Le Chevalier demanda à Jehan, à Don Ruy et à Dame Marie, si elle le souhaitait, de se préparer pour le lendemain à mâtine pour une chevauchée, afin d’aller visiter les terres de Font-Moreau.
    À l’aube, Joseph avait frappé à la porte de la chambre de Jehan pour l’éveiller. S’étant assuré, que le jeune homme était debout, il lui avait fait part qu’on l’attendait dans la grande salle d’apparats et d’armes pour le repas du matin avant de partir pour Font-Moreau. En descendant l’escalier, Jehan entendait des bribes de conversation qui lui parurent joyeuses. En entrant dans la grande salle Jehan put admirer Dame Marie vêtue d’une tenue d’homme, chaussée de hautes bottes rouges de cuire souple, les cheveux emprisonnés dans un filet de velours noir. Elle se tenait devant une fenêtre recevant la lumière du jour naissant en compagnie de Florine, buvant entre deux sourires, à petites gorgées, le lait tiède de la traite du matin contenu dans un grand bol de grès. « Dieu qu’elle est belle » se dit alors en lui-même Jehan. Marie s’avança vers lui et lui prit le bras pour l’approcher d’une table couverte des bonnes choses à manger qu’aller lui servir Florine. Que ce jour vous soit bon Messire Jehan, mon père et Don Ruy ne seraient tarder » lui dit-elle souriante puis, en faisant un petit signe à Florine qui s’approcha, elle poursuivit : « en attendant que voulez-vous goûter ? « Comme vous Dame Marie » se surprit-il à répondre encore tout subjugué, par la jolie vision féminine pourtant habillée en homme qu’il venait d’avoir. L’étonnement de Marie se marqua par un grand sourire « Êtes-vous sur Messire » Oui répondit Jehan. « Florine donne à notre hôte un grand bol de lait et prépare lui deux grandes tranchées de pain garnies de crème à beurre demanda Marie à son amie. Florine orpheline trouvée âgée de quelques mois sur la terre de Breuilhamenon à côté des corps de ses parents tués par des brigands, avait été élevée par Remborgra et son époux Bernard au château. Florine avait déjà six ans quand Marie était née et depuis elle avait toujours partagé les joies et les peines de sa petite châtelaine qu’elle servait avec grande amitié. Ceci rappelait à Jehan, lui fils adoptif d’Ursulin le forgeron et de son épouse Jehannette, le sentiment qui le liait au jeune seigneur Hugues de Bury. Le Chevalier vêtu de blanc de la tête aux pieds, accompagné de Don Ruy tout de noir vêtu, entra dans la grande salle. « Que ce jour vous soit bon ma fille et à vous aussi Jehan » dit le Chevalier. Puis tout en se dirigeant vers la table, il poursuivit avec un grand sourire : « je vois, Marie, que vous avez déjà pris soin de notre ami ». « Ese dia es bueno para ti damisela y Messier» dit alors Don Ruy en inclinant, comme à son habitude, légèrement la tête en avant en signe de respect avant d’aller lui aussi vers la table. Dame Marie traduisit en chuchotant à l’oreille de Jehan les paroles de Don Ruy qui se faisait un devoir le matin de saluer dans sa langue maternelle. Mais le parfum de fleur d’oranger qui émanait de la jeune femme lors de cette approche, le mit encore hors de la réalité au point qu’il crut que cette traduction venait d’un autre monde.
    Le chevalier et Don Ruy dégustèrent de fines tranches de jambon sec trempées dans du vin rouge puis, un coup égouttées, elles étaient étalées sur de généreuses tranchées de pain.
    En voyant cela, Jehan comprit pourquoi Dame Marie lui avait demandé s’il était sur de vouloir manger comme elle.
    Ce goûter du matin ainsi pris, ils se dirigèrent tous les quatre vers les écuries. Les chevaux du Chevalier, de Don Ruy et de Dame Marie étaient déjà scellés mais, ce fut Jehan qui, à sa demande de la veille, scella lui-même Alan en le complimentant pour sa bonne conduite en ce lieu inconnu de lui.
    Presque sitôt sortit du château, le petit groupe de cavaliers entra dans le sous-bois d’une épaisse forêt. La distance qui le séparait le château de Breuilhamenon de la clairière des terres de Font-Moreau était d’à peine une lieue. Quelque temps après, alors que le soleil était loin de son Zénète le Chevalier, sa fille Marie, Jehan et Don Ruy débouchèrent en cette magnifique clairière traversée par un petit ruisseau alimenté par le drainage naturel des eaux de ruissellement de cette imposante forêt. « Nous y voilà Jehan » dit le Chevalier Pierre de Breuilhamenon en démontant, ce que tous empressèrent de faire. Puis il poursuivit « ma fille Marie qui est, comme vous le savez, Dame de Font-Moreau, a entrepris, depuis que cette terre lui fut donnée en apanage par le seigneur Gaultier de Charrotz, la construction, pour elle, d’un petit château dont vous voyez déjà l’élévation des murs bien avancée. Mais depuis qu’elle a décidé, avec mon plein accord, de vous allouer cette terre en indivision pour que vous en portiez le nom de noblesse, le projet est de ce fait en suspens. » Le château en construction était implanté sur une motte castrale qui avait été constituée par la terre provenant du creusement des fossés qui allaient mettre en défense la petite forteresse. Sa surface au sol était celle d’un carré à chaque angle duquel se situait une tour pas très haute mais assez trapue. Des moyennes murailles crénelées et dotées d’un chemin de ronde reliaient entre elles, chacune de ces tours formant intérieurement une cour dans laquelle on trouvait le logis seigneurial était adossé a tout un pan de muraille, et toutes les dépendances nécessaires à la vie dans un château.
    « Messire Jehan » dit alors Marie « mon projet est, comme vous le voyez, déjà bien avancé. Il nous faut donc nous accorder sur une vision commune de l’avenir de cette terre de Font-Moreau, sachant que je ne reviendrai jamais sur la parole que j’ai donnée au seigneur Raoul et à vous-même de partager en indivisibilité ce fief de Font-Moreau avec vous pour que vous en portiez le nom, quand vous serez adoubé Chevalier ».
    « Dame Marie » répondit Jehan, « je ne veux rien d’autre que ce que vous-même voulez. Je me rallierais, sans réserve aucune, à vos avis et décisions concernant l’administration de ces terres qui sont vôtres avant d’être miennes. Vous m’avez déjà donné l’extrême honneur et bonheur, en m’en faisant le don d’en porter le nom. Soyez assurée Dame, que de moi, jamais vous n’aurez de contrariété à ce sujet, j’en fais ici le serment solennel au-devant votre père et du seigneur Don Ruy Peláez tous deux ici présents.
    Après avoir entendu les mots de Jehan, Marie vint déposer un baiser sur chaque joue de Jehan en disant bien fort, pour que les deux témoins entendent que c’était ainsi qu’elle scellait l’accord que Jehan venait d’énoncer. Accord qui avait la doucereuse odeur de la fleur d’oranger.
    Les quatre cavaliers prirent le chemin du retour en faisant halte au prieuré de Saint-Laurent de Manzay pour y prendre un frugal repas et permettre à Don Ruy de régler quelques affaires de droit au bucheronnage avec le Prieur. Le prieuré de Manzay, était plus une petite abbaye qu’un prieuré. Ses bâtiments étaient élevés, eux aussi, au milieu d’une grande clairière que les moines avaient essartée au beau milieu de la forêt, non loin du château de Font-Moreau. Son jardin était encore rempli de roses et le Prieur chargea un moine d’en faire un bouquet pour Dame Marie.
    Voulant montrer l’église de la paroisse de sa seigneurie à Jehan, le Chevalier, en quittant le prieuré, mena la petite troupe sous le couvert d’un chemin forestier puis, soudain apparut une petite église préromane au clocher de bois perdue là avec son cimetière attenant, au milieu des bois, juste au croisement de cinq chemins. Il se dégageait de ce lieu une certaine féérie qui était certes plus druidique que catholique. Dame Marie voulut rentrer dans la petite église pour déposer dans un vase de bronze la moitié de son bouquet de roses. Puis les cavaliers reprirent le chemin du château qui, pas très loin de la petite église, sur le flanc du vallon, traversait les ruines de l’ancien village d’origine de la paroisse qui avait été abandonné par ses habitants. Le Chevalier expliqua que lors de la création de la seigneurie de Breuilhamenon et l’élévation de son château, ces mêmes habitants, pour leur sécurité, délaissèrent ce village pour en fonder un autre auprès de ce nouveau château qui s’appela Breuilhamenon du même nom que celui du château.
    Les six jours qui suivirent, passés au château de Breuilhamenon, furent pour Jehan très heureux. Il apprit ainsi à connaître mieux la famille et les amis du Chevalier et puis, il y avait Marie dont la gentillesse, la bonté et la beauté l’inhibaient au point de l’empêcher d’essayer de lui dire l’indéfinissable sentiment qu’il ressentait pour elle. Il en avait eu maintes fois l’occasion lorsqu’elle l’emmenait, l’après-midi, seulement suivi d’Alan qui portait des victuailles des herbes médicinales, dans le village tout proche visiter les personnes nécessiteuses ou malades. Il la sentait bien proche de lui mais n’osait pas lui parler de son ressenti de peur de l’effrayer et de la décevoir.
    Le matin, sur l’herbe du pâti devant le château, Jehan, Sonneclaire en ses mains, apprit beaucoup de Don Ruy qui se battait à l’épée un peu comme lui, en bougeant vite sans jamais rien s’interdire. Cela ressemblait presque à une danse où l’esquive devenait un art au même titre, que l’assaut. Dans les combats, presque jamais Don Ruy se présentait à devant Jehan de face. Il faisant en sorte d’être toujours de profil donc d’offrir moins de surface vulnérable à son adversaire. Ces échanges entre l’ancien Templier des Asturies et Jehan étaient le régal du Chevalier qui assistait attentif à ces passes d’armes attendant la victoire de son ami Don Ruy sur Jehan. Ce qui n’arriva jamais !
    Si les deux bretteurs étaient de même niveau, la différence était faite par Sonneclaire, ne pesant presque rien car plus équilibrée, qui ne subissait aucune vibration au choc de l’épée de l’adversaire, donc moins fatigante pour les bras et les poignets et pour Jehan lui-même. En plus, Jehan avait rapidement trouvé le point faible de l’Asturien qui laissait sa concentration du combat se perdre de brefs instants dans le lyrisme qu’il croyait devoir donner à ses gestes. Et ces courts moments, si Jehan avait bien voulu en profiter, auraient causé la défaite de Don Ruy. Le plat de la lame de Sonneclaire arrivant à plusieurs reprises sur son cou, avait alerté Don Ruy qui savait que Jehan n’avait pas poussé son avantage plus avant par respect du Templier, et lui en était reconnaissant de faire comme si rien n’étaient.

    Anoblissement de Jehan

    Le roi Philippe accorda à Jehan son anoblissement et la cérémonie qui consacra sa vassalité contre le fief qu’il recevait, eut lieu début octobre.
    À genoux devant son seigneur Raoul d’Issoudun, Jehan mit ses mains jointes dans les siennes qu’il referma et lui dit « Seigneur, je deviens votre homme » puis je vous fais serment de fidélité.
    Le seigneur Raoul le redressant conclut cette cérémonie d’hommage en embrassant Jehan sur la bouche ce qui faisait de lui un homme de bouche et de mains, en quelque sorte son égal. Puis il me concéda le fief de Font-Moreau en lui remettant une motte de terre provenant du dit lieu.
    « Jehan de Font-Moreau, nous avons chacun envers l’autre, devoirs et droits qui lieront à jamais nos deux maisons si les principes d’honneur et de probité demeurent en leur sein. Rarement terre à remettre me fit si plaisire car, je sais que les mains qui la reçoivent n’agiront jamais en déshonneur et en traîtrise. » Et puisqu’il vous faut bientôt nous quitter pour une grande mission, il vous faudra trouver un homme de bien qui veillera sur vos possessions et qui les gouvernera au mieux de vos intérêts le temps de votre absence. » Jehan répondit : » puisqu’en féodalité, dame ne peut être pourvue de cette veille, c’est donc au travers son père, le seigneur Pierre de Breuilhamenon que je confie cette veille à Marie Dame de Font-Moreau. »

    Adoubement de Jehan fait chevalier de Font-Moreau

    Les fêtes de tous les Saints arrivèrent et, avec elle, pour Jehan, la cérémonie d’adoubement de Chevalier.
    En ce pays du Berry, la réception en chevalerie était une procédure bien établie.
    Elle commençait plusieurs jours avant, par des jeûnes de pénitence avant la veillée des armes, où en chemise de lin, le novice priait à genoux devant l'autel de la Vierge. À l'aube, les parrains venaient le chercher pour le conduire au bain puis le revêtir d'une tunique blanche et une écharpe de tissu passée autour du cou, d'où pendait une épée à poignée en forme de croix. Puis ils le conduisaient devant l'autel pour que le prête bénisse l'épée en récitant des psaumes.
    Pour Jehan il n'en fut pas ainsi, il ne porta point l'écharpe d'épée, à son arrivée devant l'autel de la chapelle du château, son épée Sonneclaire reposait sur un coussin de velours bleu.
    Lorsqu'elle fut bénie, le seigneur Raoul d’Issoudun s'en saisie le temps que Jehan soit revêtu d’un pourpoint et camise brochée d'or sur laquelle venait se placer successivement le haubert de mailles de fer et la chlamyde des couleurs de la maison de Font-Moreau.
    Lorsque Jehan apparut en escorte, ainsi vêtu et adoubé, dans la cour haute du château d’Issoudun, Il fut entouré par les officiers et dames de la cour. Après avoir reçu toutes ses armes excepté l'écu et l'épée Sonneclaire, que gardait le seigneur Raoul, il monta sur l'estrade dressée au milieu de la cour, sur laquelle, il alla se présenter devant le seigneur Raoul, au côté gauche duquel se tenait aussi Pierre de Breuilhamenon ; Gaultier de Charrotz et Renoul de Saint Ambroys ses parrains.
    À la droite du Sire Raoul se tenait sa mère Adélaïde Dame de Bourgogne ; son épouse, Dame Marguerite de Courtenay, sa belle sœur Isabelle de Courtenay dame de Charrotz et Marie de Breuilhamenon Dame de Font-Moreau.
    Lorsque le prêtre arriva derrière lui, Jehan se retourna et s'agenouilla devant l'homme d’église, le Sire Raoul et toutes et tous, en firent de mêmes, la messe commença.
    La liturgie terminée, les clercs apportèrent sur un pupitre le manuscrit des usages et lois de la chevalerie et en firent lecture.
    Après les avoir entendues, Jehan se tourna et se prosterna à genoux devant le seigneur Raoul d’Issoudun qui lui dit : « Jehan de Font-Moreau, en l'honneur et au nom de Dieu tout-puissant, Père, Fils, et Saint Esprit, je te fais chevalier. Or çà qu'il te souvienne d'entretenir toutes règles et bonnes ordonnances de la chevalerie, qui est une vraie claire fontaine de courtoisie. Soit fidèle à ton Dieu, à ton Roi, à ta mie. Soit lent à te venger et à punir, mais prompt à pardonner et à secourir les veuves et les orphelins. Assiste à la messe et fais l'aumône. Aie soin en outre d'honorer les dames ne souffre d'en ouïr médire, car d'elles, après Dieu, vient l'honneur que les hommes reçoivent. »
    Jehan répondit : « Je promets et fais serment, en présence de Dieu et de mon prince, par l'imposition de mes mains sur les saints. Évangiles, de garder soigneusement toutes les lois de notre chevalerie. »
    Alors, le seigneur Raoul de l’épée Sonneclaire bénite déjà en ses mains, en frappa du plat de la lame l'épaule de Jehan. Puis il lui donna une accolade.
    Le seigneur Renoul de Saint Ambroys vint attacher les éperons d'or aux pieds de Jehan, le Seigneur Pierre de Breuilhamenon lui apporta l'écu aux armes de la maison de Font-Moreau, puis le seigneur Gaultier de Charrotz lui mit le heaume sur la tête.
    Pendant ce temps, le Sire Raoul en tenant Sonneclaire par sa lame, enleva le fourreau de poignée. Puis il se tourna vers Jehan en tenant l’arme debout la pointe en bas, en forme de croix.
    « Cette épée » lui dit-il, en regardant Jehan, « vous est donnée en forme de croix pour vous apprendre que, comme Jésus-Christ a vaincu le péché et la mort sur l'arbre de la croix, ainsi vous devez vaincre vos ennemis par le moyen de cette épée qui vous représente la croix. Souvenez-vous encore que l'épée est un des attributs de justice et qu'en la recevant vous vous obligez de maintenir toujours et de faire bonne justice. »
    Descendant doucement la poignée de l'épée vers les mains de Jehan, il vit ces dernières, s'encastrer parfaitement sur la fusée de la poignée, puis il le regarda d'un regard de connaisseur.
    Il remit avec les recommandations d'usage, les autres armes que se devait de posséder un chevalier.
    Un page de la maison d’Issoudun vint, suivi d’Alan à qui, Jehan avait, avant la cérémonie, demandé de se laisser harnacher aux armes du nouveau chevalier, au pied de l'estrade.
    Le Sire Raoul et Jehan de Font-Moreau descendirent auprès de ce magnifique cheval blanc.
    Sire Raoul tendit les rênes à Jehan et lui dit encore : « Jeune Sire chevalier, pour vous avoir eu près de moi assez longtemps, je connais votre droiture, votre équité et votre courtoisie, mais pour en être sûr, il me suffit aujourd'hui de regarder comment vous traitez vos amis dont Alan, pour être sûr que vous serez un chevalier de devoir.
    Le tournoi qui suivi cette cérémonie regorgea de faits de bravoure et de courage. Le chevalier Jehan de Font-Moreau avec Sonneclaire et Alan y fit merveille, et certain de ses amis de la cour d’Issoudun qui étaient en lice et qui eurent à le combattre, ont mis plusieurs jours à s’en remettre.

    Durant cette journée de festivités, Marie de Breuilhamenon avait attaché son regard sur la personne de Jehan. Rien de ce qu’il avait dit ou qu’il disait, de ce qu’il avait fait ou qu’il faisait n’avait échappé ou n’échappait à la jeune fille. Ce garçon avait doucement pris de la place dans son cœur et dans ses pensées. Elle avait la sensation de l’avoir toujours attendu pour réveiller ses sentiments d’amour qui lui apporteraient le bonheur. Elle aimait sa délicatesse envers elle et les autres. Elle aimait la générosité innée de ses pensées qui l’amener à avancer dans sa vie en faisant attention à ne jamais écraser quiconque autour de lui. Elle aimait sa joie spontanée qui chaque jour donnait à de petits riens, une raison d’être heureux. Elle aimait sa grande timidité qu’une peur de la peiner faisait naître l’empêchant d’aller plus avant dans l’expression de ses sentiments à son égard.
    Elle aimait enfin, l’image de ce jeune homme avec ses cheveux blonds longs et frisés qui encadraient son visage en illuminant et avec son corps doté d’une musculature harmonieuse que les travaux de la forge et les usages des armes avaient sculpté.
    Même si elle ne voulait encore se l’avouer à elle-même, Marie aimait ce garçon qui de jour en jour devenait un peu plus, sa raison d’être.
    En cette même journée, un peu grisé par l’honneur qui lui était fait, Jehan n’avait pas cessé de vouloir Marie non loin de lui. Il avait besoin de son regard approbateur et son sourire plein d’affection et de tendresse. Quant-il arrivait, dans tout ce monde qui l’entourait, qu’il ne sache plus où elle était, Jehan ressentait une petite inquiétude qui s’envolait quand, de nouveau elle apparaissait. Jehan savait que bientôt il allait partir pour accomplir la mission occitane qui durerait au moins cinq années que lui avait confié le Comte de Blois. Il percevait bien l’attachement que Marie avait pour lui. Cette affection était le plus beau trésor qu’il possédait et il en était extrêmement fier. Mais, vu le temps que son absence allait durée, Il ne lui semblait pas honnête de sa part de quémander à Marie, une promesse d’attente de son retour. Lui, savait que quoiqu’il arrive là-bas en ces pays du sud, elle serait toujours dans son cœur, car elle était sa seule raison d’être.
    Pour l’heure, leur restait encore six mois pour développer leur grande complicité qui faisait flotter dans l’air une senteur qui ressemblait fort à celle de l’amour.

    Johan (JR.).

    (A suivre ).

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commentaires ( 3 ) (Ajouter un commentaire)
debbie le dimanche 04 novembre 2018, à 18:08
Bonsoir Johan, wow !! J'adore l'histoire d'amour entre Jehan et Marie... Et cette retenu qu'il a pour lui avouer son amour. Ca met beaucoup d'intensité à l'histoire. C'est tellement touchant ! Les lignes qui font référence au parfum de Marie qui enivre Jehan, c'est merveilleusement bien écrit aussi. Les dernières lignes nous laisse présage d'un si grand amour ! Vraiment superbe et la grande romantique que je suis est ravie de cette si belle lecture. Merci ! Bon les autres passages sont aussi excellent et les descriptions des lieux aussi !! J'ai hâte de lire la suite *sourire* Mais il va être 5 ans séparé d'elle!! Ça va être difficile ça.... Mais ils ont encore 6 beaux mois *sourire*
Passe une très belle soirée
Avec mon Amitié la plus sincère
Debbie

scorpionne le mardi 06 novembre 2018, à 12:55
Bonjour Johan,
Cinq ans de séparation vont leur sembler bien longs mais l'amour, quand il est sincère, résiste au temps et à la distance.
A bientôt pour la suite.
Portez vous bien, cher Johan.
Bien amicalement,
Jocelyne

liameliavq le samedi 10 novembre 2018, à 12:22
Un merci ému de cette belle histoire que vous avez su raconter avec moultes sonorités médiévales.
Bisous mon ami.
LN.

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