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« Légende de Marie de Breuilhamenon Dame de Font-Moreau »
Cinquième et dernière partie.
L’hiver de cette année de grâce 1206 était très froid. Jehan avait hâte que cette froidure cesse. Mais il savait aussi que l’arrivée du printemps lui ferait quitter la personne qui s’était nichée bien au chaud dans son cœur. La douce Marie avait meublé peu à peu son existence de si jolies choses, qu’il lui semblait impossible de vivre sans elles.
Ils savaient tous deux que leur au revoir serait un déchirement ! Alors, quand-ils étaient ensemble, ils n’en parlaient pas pour ne pas déjà installer l’immense peine que causerait leurs éloignements l’un de l’autre. Ils préféraient vivre le temps qui leur restait, en ouvrant tout grand la porte à leur naturelle gaité.
Jehan apprenait vite, et le parlé occitan que lui inculquait frère Matthieu lui devenait de jour en jour plus familier. Déjà, en ce mois de mars il comprenait cet idiome et arrivait même à faire des phrases
De temps en temps, le seigneur Raoul lui confiait une mission de maintien de son autorité dans les fiefs qui dépendaient de sa seigneurie. Parmi ces missions, Sire Raoul lui avait confié celle, de rétablir les droits en possession de Douce, Dame de Primelles veuve du trépasser sire Jean de Primelles et de ses enfants. Droits que le seigneur de Mareuil et sa mère de la seigneurie voisine, avaient bafoués pour se les approprier de force. Jehan portait donc un mandat de Raoul seigneur d’Issoudun commandant au seigneur de Mareuil et à sa mère, de restituer les biens à ceux qu’ils avaient spoliés à savoir la veuve Douce Dame de Primelles et ses enfants.
Dès que Jehan avait été en vue du château de ce lieu, trois cavaliers en armes vinrent au-devant de lui et lui barrèrent le chemin. Le seigneur de Mareuil qui était à la tête de la troupe, s’étant assuré que Jehan était bien le messager que lui envoyait Raoul d’Issoudun, lui avait déclaré alors, qu’il était son prisonnier et qu’il ne serait relâché que si Raoul d’Issoudun, pourtant son suzerain, lui considérait comme acquis, les biens de la Dame de Primelles dont-il venait de s’approprier.
En guise de réponse, Jehan était descendu du dos d’Alan, l’avait amené de la main sur le bord du chemin en lui disant à l’oreille de bien suivre ses ordres. Il avait décroché « Sonneclaire » de son attache et l’avait tirée de son fourreau.
Après avoir retiré le fourreau de poignée, sous les regards surpris du seigneur et de ses gens d’armes, Jehan s’était planté au milieu du chemin la pointe de son épée au sol.
Il avait dit alors au seigneur de Mareuil : « seigneur, je suis le Chevalier Jehan de Font-Moreau envoyé du Sire Raoul d’Issoudun votre suzerain pour vous donner ce commandement de rétablir Dame Douce de Primelles dans ses droits et d’arrêter, de par votre force de la harceler. Croyez-vous vraiment que je vais me laisser entraver de ma liberté par vous et vos hommes sans me défendre ! »
Après un grand silence, Pierre de Mareuil s’était mis à rire à chaude gorge en disant qu’il allait lui-même le mettre à raison. Il était descendu de cheval et avait tiré son épée de combat.
L’échange avait été bref. Son attaque avait été celle d’un sanglier qui charge en toute confiance de sa force. Ce seigneur ne devait guère briller lors de tournois avait alors pensé Jehan qui avait esquivé son attaque. Le seigneur de Mareuil avait été surpris, et son élan l’avait fait dépasser Jehan qui, dans le même temps, avait fait un tour sur lui-même tenant « Sonneclaire » à bout de bras lui faisant décrire un cercle horizontal parfait autour de lui à hauteur de mon menton. Sa lame était arrivée ainsi, en grande rapidité, sur le côté du cou de son adversaire qu’il savait protéger par un capuchon en maille de fer.
Le choc du plat de la lame de « Sonneclaire » sur ce capuchon avait été si violent que le seigneur de Mareuil, la tête penchée sur le côté, déséquilibré, avait chuté lourdement sur le sol.
La pointe de l’épée à secret de Jehan était venue alors se poser sur la gorge dudit seigneur avant même qu’il n’eut repris ses esprits. Jehan n’avait qu’à appuyer un peu pour que ce triste seigneur ne passe de vie à trépas.
Voyant leur seigneur en cette navrante posture, les deux hommes qui étaient, côte à côte, restés sur leurs chevaux voulurent lancer un assaut. Sur un geste de Jehan indiquant l’ennemi, Alan était parti en grande fureur vers les cavaliers qui restaient en état de combattre. Au dernier moment, il se mit de coté et, de tout l’élan de sa course, il avait percuté de tout son poids, de son flan, les montures des hommes qui s'étaient écroulées sous le choc, entravant et blessant leur cavalier sous leur poids.
Le seigneur de Mareuil qui prenait lentement conscience qu’il était à la merci de bon vouloir de Jehan, n’avait alors plus rit. Il avait essayé de se relever mais il ne l’avait pas pu.
Jehan lui avait dit : « Seigneur, je vous avais prévenu du malheur qui vous arrive. Vous être en cet instant mon prisonnier et je vous rendrai liberté que si j’ai garantie que vous restituez ainsi que votre mère les terres et bien qui reviennent à Dame Douce de Primelles et à ses enfants. Vous venez, en me cherchant querelle, de commettre un crime de lèse majesté envers le seigneur Raoul d’Issoudun votre suzerain. Vous avez alors deux voies possibles pour régler ça, d’abord celle de faire écrire et me remettre un acte signé de votre main jurant sur votre vie que vous rendrez en toute justice les biens et terre à leur ayant droit de Primelles.
Si cette voie ne vous agréait point, je vous mène sur le champ devant Sire Raoul pour que vous soyez jugé et puni pour forfaiture et outrage au droit féodal. Vous savez ce que cela veut dire !
On avait, du château, assisté au combat et à la vue de l’épée de Jehan sur la gorge du seigneur du lieu, trois hommes étaient sortis afin de connaître les exigences de l’envoyé du seigneur d’Issoudun pour en faire part à la châtellenie.
Le seigneur de Mareuil avait choisi, pour se tirer du mauvais pas dans lequel il venait de se fourrer, la rédaction d’un acte de restitution des biens et des terres revenant à la maison de Primelles, signé de sa main. Jehan qui tenait toujours la pointe de son épée Sonneclaire sur la gorge du seigneur avait attendu un peu avant de voir sortir et venir vers lui la propre mère du seigneur accompagnée un moine scribe qui tenait une écritoire autour de son cou.
Jehan avait dicté l’acte qu’il avait donné à signer au seigneur de Mareuil et à sa mère et qu’il avait lui-même signé avec le moine en tant que témoins.
Quand Jehan remonta en selle sur le dos d’Alan, après avoir rendu la liberté au seigneur de Mareuil encore incapable de se mettre sur ses deux jambes, sa mère s’était approché de lui pour le remercier d’avoir laissait la vie à son seigneur de fils, qui pour le temps de son ankylose du cou et de sa cervelle, allait avoir fort besoin d’elle.
En regardant tout ce piteux monde s’éloigner pour rejoindre leur château, Jehan, observant le soleil montant, avait estimé que cette affaire était réglée.
A son retour, Jehan rendu compte de sa mission au seigneur Raoul et lui remit l’acte de restitution signé de la main des belligérants. Raoul l’écouta avec beaucoup d’attention, et le félicita de la façon dont-il avait mené l’affaire. Il demanda à son conseiller Renoul de Saint Ambroys de veiller personnellement au respect du dit acte par le seigneur de Mareuil.
Jehan était d’avis que la vie sur la châtellenie d’Issoudun était plus douce que sur les autres seigneuries des alentours et même du royaume de France. Sauf que, lorsqu’il interrogeait des marchands venant des terres du sud, s'arrêtant en cette cité pour commercer, Il les entendait raconter qu'en leurs terres d'Oc, la vie y est plus bienveillante pour les paysans qui y vivaient, et plus raffinée pour les nobles qui y gouvernaient.
Il y a aussi en leur pays disaient-ils, grande misère pour le peuple et ruine pour certains petits seigneurs. Mais que cette pauvreté n'est que matérielle, et qu'elle n'afflige pas l'esprit de ceux qu'elle touche. Contrairement à ce qui se passe sur ces terres du nord - où les luttes intestines des seigneurs ruinent trop souvent les efforts de ceux qui œuvrent au bien-être des gens - les combats des nobles en ces lieux du sud se déroulent plutôt dans les cours des châteaux à coups de poèmes de chants, de parades courtoises, d'échanges d'idées, de négociations et de fiançailles, que sur le pré l'épée à la main. Ce qui ne veut pas dire, que lorsqu'il le faut, ils ne soient pas capables de prendre les armes et de montrer, lors de batailles, un courage exemplaire.
Lors d’un repas d’un soir de mi-avril, où étaient présents les membres de la famille seigneuriale, Raoul d’Issoudun, sans plus de détour s'adressa alors à Jehan : « Jehan dans dix jours, au plus tard, il vous faudra partir pour accomplir la mission qui vous fut donnée par mon cousin le comte Thibaud de Blois. Le métier que vous a appris Maître Ursulin vous permettra de vivre, et la qualité que je connais de vos ouvrages, vous permettra d'être en tout lieu considéré et respecté. Aussi comme je crois avoir compris que votre intention est de voir et découvrir les terres du sud du royaume, je vais vous donner recommandations par écrit de votre art que vous pourrez faire valoir aux différents seigneurs des terres sur lesquelles vous séjournerez. Libre à vous, si vous le jugez utile, de révéler, ou point, votre noblesse. Le chevalier de Breuilhamenon qui les connaît bien, vous en donnera la liste et les qualités. Je vais vous donner aussi un sauf conduit qui attestera de votre qualité de Chevalier attaché directement à mon service et à celui du comte de Blois, ce qui vous donnera le droit de porter l'épée et de vous en servir contre quiconque qui vous cherchera querelles. »
Le seigneur Raoul se tourna alors vers le Chevalier Pierre de Breuilhamenon au côté duquel se tenait sa fille Marie et dit : « Vous avez la parole Chevalier ». En baissant légèrement la tête en signe de respect pour Sire Raoul, il dit : « Merci mon seigneur » puis regardant Jehan assis en face de lui, il ajouta : « Durant mon service auprès de la maison seigneuriale d’Issoudun, je me suis fait dans le sud, de fidèles compagnons d'armes parmi eux, trois chevaliers me sont en amitié.
Ils sont tous trois, en des seigneuries dépendantes du comté de Toulouse et du vicomte de Trencavel. Ils se nomment Eudes de Villecomtal, Thierri de Levis, Pierre de Roquebrun. Vous trouverez auprès de ces seigneurs, ouvrages, soutient et aide si le besoin s'en fait sentir ». « Merci Chevalier », répondit Jehan.
Ce n’est pas tout, reprit Raoul d’Issoudun : « Je vous donne un roncin (cheval de bat) et tout l'équipement qui va vous permettre de voyager. J’y joins cinquante livres d'argent pour le début de votre entretien, enfin le comte Thibaud de Blois vient de me faire savoir qu’il a pris toutes les mesures pour vous ouvrir crédit chez les argentiers Lombards dans les cités de Limoges, Cahors, Albi, Toulouse, Carcassonne et Béziers. Ces argentiers vous serviront aussi de courriers, car se sont eux qui pourvoiront aux portages des messages que vous ferez parvenir à mon cousin Thibaud comte de Blois pour lui rendre compte de votre mission et de vos observations. Vos messages, que le comte souhaite recevoir tous les tris mois, pour des raisons de discrétion et de sécurité, arriveront à sa demande ici, en notre seigneurie d’Issoudun, et ce sera le Chevalier de Breuilhamenon accompagné du seigneur Don Ruy Peláez, qui sera chargé de les mener et de les remettre, en mains propres, au comte Thibaud.
Enfin, comme tout le monde ici a perçu votre attachement à la Damoiselle Marie et que votre inquiétude pour elle pourrait entraver la sérénité de votre mission, La Dame Isabelle de Charrotz a proposé à Dame Margueritte mon épouse, et avec le consentement du Chevalier son père, que Marie devienne sa Dame de compagnie. Vous pourrez donc, si l’envie vous en venait, glisser un message personnel à l’intention de la damoiselle dans le courrier consacré à votre mission.
Jehan était confondu par toutes ces attentions dont il faisait l’objet. Ainsi le seigneur Raoul d’Issoudun et son entourage proche avaient savamment organisé l’environnement matériel du déroulement la mission de Jehan. « Gentes-dames et damoiselles, mes seigneurs, sir Raoul, soyez tous remerciés mille fois pour ce que votre gentillesse à fait pour moi. Je vous en serais éternellement reconnaissant dit Jehan en effaçant d’un revers de main, une petite larme qui perlait au coin de ses yeux.
La veille de son départ de la cité d’Issoudun, en direction de Château-Raoul puis Limoges, Jehan causa longtemps avec Marie. Il lui avoua que par honnêteté envers elle il ne pouvait lui faire autre déclaration que celle de se sentir lié à elle de par son cœur. Marie lui dit qu’elle comprenait ce qu’il essayait de lui expliquer et qu’elle tirait de son attitude beaucoup de fierté d’être celle que son respect plaçait au-dessus de tout. Puis elle lui dit : « Chevalier Jehan de Font-Moreau, allez l’esprit et le cœur en paix, je vous attendrai jusqu’à mon dernier jour s’il le faut et même au-delà ». Sans un mot, Jehan avait pris ses mains dans les siennes et avait déposé sur chacune un baiser.
Limoges et Cahors
Il avait quitté Issoudun et surtout la douce Marie fin avril 1206. Il était resté à Limoges les mois de mai et juin de la même année. Puis il s’était rendu à Cahors où il était resté les mois de juillet et août.
Ce fut en cette cité qu’il avait fait envoyer son premier message dans lequel, déjà, il faisait part des doutes qu’il avait sur les raisons exactes et les motivations de la croisade contre les Cathares, diligentée par le pape, Il constatait la cruelle hégémonie que faisait régner l’Eglise de Rome sur la population des cités et des campagnes. Il n’avait pas oublié de glisser un petit mot pour la douce Marie.
Toulouse et Albi
Puis il avait gagné en septembre Toulouse la rose, magnifique cité où Jehan avait pu constater l’importance qu’avaient les arts en cette terre dorée d’Occitanie mais là aussi, l’Eglise de Rome se voulait toute puissante et tenait sous son joug la petite noblesse de ce pays de lumière et faisait de grosses misères non fondées aux grands seigneurs du sud les accusant d’être tolérant avec ces Cathares pourtant chrétiens qui prêchaient pour une église sans fioritures et richesses dont les prêtres vivaient comme le peuple et pour le peuple comme eux-mêmes le faisaient.
Ce fut de cette cité qu’il avait fait envoyer son second message en racontant au comte de Blois ce qu’il voyait et qui n’avait rien de commun avec ce qu’on racontait sur l’Occitanie, dans les châteaux et églises du nord. Il était resté à Toulouse jusqu’à la fin novembre 1206.
Il s’était alors rendu en la cité d’Albi qui l’avait émerveillé où il avait entendu les mêmes sons de cloches qu’à Toulouse. Il avait pu voir l’impudique fortune des prélats de l’Eglise de Rome et leurs extravagantes vanités à se placer au-dessus des nobles maisons des seigneurs occitans. Indigné de par ce qu’il voyait comme malheurs découlant les prêtres qui rackettaient sans la moindre charité, les petites gens.
Cordes
Jehan avait gagné Cordes où on construisait, en haut d’une colline, une bastide de par la volonté de Raymond VI comte de Toulouse. Ce chantier était énorme, Jehan s’y était installé comme forgeron armurier, ainsi, il avait rencontré toutes les populations des plus pauvres aux plus riches qui blâmaient toutes les déviances liturgiques et des mœurs des ministres de l’Eglise de Rome. Jehan était resté sur le chantier de Cordes de décembre 1206 à début novembre 1207. Et de cette cité, il avait fait parvenir au comte de Blois et par la même occasion à Marie plus de cinq messages relatant les méfaits ecclésiastiques lui faisant penser que la croisade contre ce pays, prêchée par le pape, avait toutes autres motivations que la différence dans la manière de croire en Dieu. Le curé tout nouvellement nommé à Cordes voyait avec suspicion la forge de Jehan se remplir chaque jour et y avoir en ce lieu de grandes conversations entre le forgeron et ses clients.
Ce curé, qui n’avait pas assez de doigts a ses mains pour enfiler ses bagues d’or à joyaux et dont les habits étaient faits de fourrures et tissus précieux, était venu poser des questions à Jehan sur les propos que tenait sur lui et ses pareils, ses donneurs d’ordres. Et qu’il serait heureux que Jehan fasse versement d’une partie de ses gains à la cure pour lui prouver qu’il était bon chrétien
Jehan avait répondu qu’en rien ce qui était dit en sa forge ne pouvait intéresser un curé. Quant à lui verser une part de ce que lui rapporte son travail à la cure était hors de question d’autant qu’a voir l’opulence du curé en question il ne lui apparaissait qu’il soit dans le besoin. Paroles que le curé prit mal. Jehan l’avait revu quelques jours plus tard dans sa forge. Il était accompagné du prévôt d’armes venu d’Albi et quatre de ses soldats qui venait, aux ordres du curé qui en avait référé à son évêque, l’arrêter pour hérésie.
Jehan avait alors décliné ses titres de Chevalier et de seigneur de Font-Moreau. Il avait fait lire au prévôt d’Albi les documents signés du roi attestant sa noblesse. Il avait tranquillement ouvert la barrière de l’appentis où logeait Alan puis avait saisi Sonneclaire son épée de combat dont il avait tiré de son fourreau et débarrassé sa poignée du sien.
Ainsi, Alan à son côté, Sonneclaire en main gauche, la lame sur son épaule droite et son marteau de forgeron en main droite, il s’était planté au milieu de la rue face au prévôt et de ses quatre soldats derrière lesquels, à l’annonce de la noblesse de Jehan et de son épée, le curé avait couru se réfugier en perdant du même coup son arrogance.
« Messire prévôt et vous, pleutre curé, si vous me voulez saisie, il va vous falloir venir me querir en contrainte. N’attendez point de moi, la moindre faiblesse dans la défense de mon droit car votre accusation, perfide curé, est calomnieux mensonge ! À vous de voir prévôt si le mensonge de ce répugnant et avide personnage qui se dit serviteur de Dieu, vaut que vous risquiez de perdre à coup sur votre honneur et peut-être votre vie » avait dit calmement Jehan.
Le prévôt avait alors répondu : Messire de Font-Moreau s’il n’en dépendait que de moi, je passerais outre et vous laisserez en paix, mais, bien que j’en sois marri, ici en ces terres d’Albi, l’Eglise de Rome est maitresse et si le père curé maintien l’ordre, je vais être contraint de vous saisir par les armes. « Arrêtez-le, arrêtez-le » s’était alors mit à hurler le curé. En entendant ces cris, les badauds s’étaient alors agglutinés et formaient un cercle autour des belligérants. Sur un signe du prévôt, les quatre soldats s’avancèrent vers Jehan la lance en avant, son marteau, lancé en grande force par Jehan, vint briser l’épaule de l’un d’eux qui de douleur, tomba genoux à terre. Jehan avait alors tenu Sonneclaire de ses deux mains et en pivotant sur lui-même comme une danseuse, avait fait décrire à la lame, pointe vers le bas, un grand cercle qui avait tranché une à une le bois des lances des soldats au ras de leurs mains pour qu’Alan sur son signe, vienne charger en furie ces mêmes soldats. Jehan s’était alors tourné vers le prévôt, qui l’épée à la main, encore tout surpris de ce qui venait de se passer, voulut parer de cette épée la trajectoire que Jehan avait donnée à Sonneclaire. Le choc fut tel que la lame de l’épée du prévôt fut entaillée et brisée provoquant une vibration si forte qu’elle avait ankylosé d’un coup tout le bras du prévôt qui avait vu ce qui restait de son épée s’envoler de sa main. Il était ainsi, navré et désarmé, à la merci de Jehan. De son côté, après avoir obligé les soldats à s’agenouiller pour éviter ses ruades, Alan avait saisi le curé par le col de sa chasuble cousue de fil d’or et en levant sa tête l’avait élevé au-dessus de sol, en le balançant sans ménagement, ce qui avait fait sourire Jehan et rire, à gorge chaude, les badauds qui avaient assisté à l’échauffourée.
Puis tous avaient vu les pièces d’or et d’argent dégringoler des habits du curé et tomber au sol. Telle une volée d’étourneaux affamés, les gens s’étaient abattus sur cette fortune pour en saisir le plus qu’ils pouvaient.
Le prévôt avait alors dit à Jehan : « Messire de Font-Moreau, après l’humiliation que vous venait de faire subir au curé et à travers lui l’évêque Guillaume de Pierre de Brens, je vous donne conseil de ne point rester en ces lieux de l’Albigeois. Quand à moi, je rends hommage à votre tempérance qui n’a couté aucune vie, ni la mienne, ni une de mes soldats.
Thomière
Le lendemain, Jehan avait quitté Cordes et, en évitant Albi, il se rendit à Levis pour confier au seigneur de ces terres, Thierri de Levis, un massage pour le comte de Blois dans lequel il lui contait ses mésaventures avec le curé de Cordes et le prévôt d’Albi ainsi qu’un petit mot pour Marie.
Ceci fait, il avait pris le chemin de Mazamet pour se rendre à Thomière cité qui se trouvait être sur les terres du seigneur Vicomte Raymond Roger de Trencavel.
Lorsque Jehan arriva à Thomière, le jour de la fête de tous les Saints, sa bourse qu’il avait remplie par une année de travail à Cordes, près d’Albi, lui permettait logis et pitance pour un certain temps.
N'ayant pas l'intention de séjourner longtemps en ce bourg, Il n’avait nul besoin, comme à l'accoutumée d'aller proposer ses bras au forgeron du lieu.
Pourtant, l'idée qui lui était venue sur le chemin entre Albi et Thomière, le poussait à aller trouver l'homme afin de lui demander d'utiliser sa forge pour des travaux personnels.
Le tintement de l'enclume le guida jusqu'à lui. Jehan lui proposait, en contrepartie de sa requête, d'effectuer gratis et pour son compte des travaux d'armurerie dont il reconnaissait volontiers, au regard des armes qui s'entassaient dans un coin, n’être que passablement compétent.
L'entente avec maître Aubin et Jehan fut rapide et tellement joviale qu’il s’était retrouvé, en moins de temps qu'il faut pour le dire, moyennant pécunes, pensionnaire du forgeron et de son aide Lia qui était aussi son épouse.
Le premier ouvrage de Jehan consista à ferrer à neuf les quatre sabots d’Alan son compagnon de voyage. Ce compagnon n'était pas pour lui qu'un simple cheval, c'était aussi son ami à qui il devait beaucoup. Il était à ses côtés depuis qu'avait commencé son errance, il y a maintenant bientôt quatre ans. Alan portait bien son nom. Il était toujours prêt et d'une égale humeur. D'une vive intelligence, bien souvent il anticipait les demandes de Jehan et en était toujours récompensé par une joviale caresse sur son encolure. Alors il devenait si fier, que Jehan sentait son pas devenir plus léger.
Sa seconde tâche devrait amener Jehan à modifier son épée à deux mains qui lui venait de son père adoptif qui avait été aussi son Maître d'ouvrage. Cette arme, faite pour le combat à pied, ne lui permettait pas de l'utiliser sur le dos d'Alan. En plus, elle était un peu encombrante lors de son transport durant ses successifs déplacements sur des sentiers de montagne souvent très étroits.
Cette épée avait trois pieds de longueur de lame et dix pouces de poignée de la garde au pommeau.
La longueur de la lame à deux tranchants était de deux pouces à la garde et d’un pouce à deux pouces du pointu ce qui en fait une arme de taille et d'estoc. L’intention de Jehan était donc d'en raccourcir et modifier la lame, en retouchant la poignée pour préserver le bénéfice du secret qu'elle contient et qu’il était, depuis la disparition de son Maître et père adoptif, le seul détenteur. Malgré son poids et son encombrement, lorsque Jehan était pieds à terre, cette épée nommée "Sonneclaire" dans ses mains, faisait de lui un adversaire redoutable. Cette épée était si parfaitement équilibrée, que le moindre mouvement de ses poignets faisait mouvoir sans effort sa large et lourde lame d'acier avec une précision et une force sans failles que lui avait fait acquérir l'expérience de son maniement.
Jehan n’était pas un homme d'armes, et il n’avait jamais guerroyé, mais comme un luthier est aussi un peu musicien, le forgeron armurier qu’il était connaissait parfaitement le maniement des armes qu'il fabriquait. En plus, avoir grandi dans la forge d'un château et avoir été le compagnon et l'ami du fils de son seigneur, son apprentissage de la fabrication des armes s'était immédiatement accompagné de l'enseignement de l'art de s'en servir.
Durant son long voyage, certains seigneurs, peu scrupuleux, qui lui avaient cherché noises en abusant de leurs prérogatives de nobles, furent surpris de se retrouver avec sa lame sur leur gorge de renégats. Ce qui avait souvent pour effet d'arrêter les élans belliqueux de leurs gens. Quand ce n'était pas le cas, "Sonneclaire" fendait une épaule jusqu'à la côte, ce qui finissait de les dissuader.
Ces travaux personnels effectué, Jehan avait quitté Thomière un an après s’y être installé, pour se rendre à Minerve
Minerve
Son installation dans la forge de la cité de Minerve, en 1208, était due à sa rencontre fortuite à Thomière près de l'abbatiale de Saint Pons, avec le seigneur Vicomte Raymond Roger de Trencavel.
Tout en chassant le loup en Montagne Noire, le Vicomte Raymond Roger venait à Saint Pons signifier vigoureusement à son abbé, l'interdiction, qui avait déjà été faite à son prédécesseur par son père Roger II de Trencavel, de fortifier les lieux de Somail et d'au delà, dépendant de l'abbatiale de Saint-Ponce certes, mais faisant d'abord partie de sa vicomté.
Tout comme son père, le Vicomte Raymond Roger ne voulait pas que cette partie de ses domaines devienne une base avancée de l'Eglise de Rome d'où partiraient ces chiens de Dieu dressés par les légats du Pape pour la persécution des hérétiques Cathares dont on le disait être le protecteur.
L'incendie d'une partie des communs de l'abbatiale, qui avait résulté de la colère vicomtale contre cette désobéissance ecclésiastique, avait éclairé, toute la nuit, le village de Thomière où Jehan s était installé depuis l'avant de l'hiver en l'an de grâce 1207.
Lors de cette sévère mise au point avec l’abbé de Saint Ponce, Le vicomte était venu à la forge de Maitre Aubin pour une commande importante d’armes blanches épées, pointes de lances, pointes de flèches pour équiper les soixante hommes d’armes qu’il allouait à Guilhèm de Minerve pour défendre sa cité contre les agressions des mercenaires armés par l’évêque de Narbonne. Maitre Albin avait expliqué au vicomte que sa compétence d’armurier était fort limitée et qu’en plus, une telle commande était bien trop importante pour lui et pour sa forge. Il avait dit, en désignant Jehan de la main, qu’il y avait, en ce moment dans sa forge, un jeune homme bien plus compétent que lui et que peut-être serait-il intéressé par ces ouvrages. Le seigneur Raymond Roger avait alors été vers Jehan qui était en train de tremper une lame d’épée. Après s’être présenté à lui, il lui avait alors demandé s’il pouvait assurer une si importante commande.
Jehan lui avait alors répondu que pour assurer un tel ouvrage, il fallait réunir plusieurs exigeantes
Œuvrer en l’endroit où seront destinées à être utilisées les armes. Exécuter cet ouvrage dans une forge assez grande, et bien pourvue en minerai de fer et en charbon de bois et disposer de bonne quantité d’eau. Le seigneur de Trencavel avait répondu à Jehan qui lui semblait, qu’en la cité de Minerve, ces trois exigences étaient réunies. Et comme lui-même se rendait en cette cité, Jehan n’avait qu’à l’accompagner et ainsi il le pourrait s’en assurer lui-même. Ce que Jehan accepta.
Le lendemain matin, avec une escorte d’une vingtaine de cavaliers, le vicomte Raymond Roger de Trencavel était venu à la forge où déjà, Jehan, sur le dos d’Alan, l’attendait, son épée Sonneclaire à son côté et un sac de cuir contenant ses effets en bandoulière. Jean avait vu alors le regard du seigneur de Trencavel qui exprimait à la fois le courroux et la curiosité. Courroux de voir une épée pendre à la ceinture d’un forgeron tout armurier qui fut, curiosité de voir l’étrange la poignée de cette superbe épée cachée des regards pas un Foureau de cuir. À ce moment, Jehan avait cru plus honnête de décliner au vicomte de Trencavel sa qualité de noble et son titre de chevalier. Ce qui avait encore plus aiguisé la curiosité de vicomte que Jehan avait dû satisfaire durant la chevauchée entre Thomière et Minerve. Il lui avait expliqué la raison de sa venue en Occitanie pour témoigner à son retour dans les châtellenies du Berry et de Loire de ce qu’il en était réellement de la situation que le pape avait jugée si grave qu’il avait prêché une croisade pour extirper le catharisme des pays et châteaux d’Occitanie. Le Vicomte lui avait dit qu’il était satisfait et honoré de sa venue sur ses terres et qu’il pouvait tout à son aise observer la réalité de la situation et du comportement hégémonique de l’Eglise de Rome et de ses ministres vis-à-vis du peuple et de la noblesse occitane
Ce que Jehan connaissait bien au travers de ce qu’il avait vécu il n’y avait pas si longtemps à Cordes.
Le chemin entre Thomière et Minerve était assez escarpé voire même quelquefois franchement périlleux pour les cavaliers lorsqu’il s’accrochait aux flancs abrupts de la montagne. Il avait donc demandé à la troupe une vigilance de tous les instants. Soudain, au détour du chemin, au sommet d’une hauteur, était apparu à cette petite troupe, au loin, en contrebas Minerve. Le Vicomte de Trencavel et les cavaliers de son escorte n’avaient pas semblés troublés par cette vision. Ce n’avait pas été le cas de Jehan, qui avait été immédiatement ébloui par cette apparition. Lui, homme de plaine, chevaucher en ce sentier de montagne, l’avait d’abord mis mal à l’aise. Puis il s’était peu à peu habitué. Mais là, cette cité plantée sur une hauteur de ce paysage grandiose, lui avait remué le cœur et l’âme. Il avait de suite, pensé à Marie, comme il aurait été heureux de partage ça avec elle. La cité de Minerve était implantée telle l’arche de Noé échoué au sommet de la montagne. Elle était bordée à l’ouest, au sud et à l’est, des deux abimes qu’avaient creusé les deux torrents la Cesse et le Brian, et par leur confluant qui, au sud, mélangeait leurs eaux à ses pieds. Au nord, une étroite langue de roche, que protégeaient un profond fossé et son château, la reliait au plateau calcaire grisonnant sous l’éclat du soleil, recouvert de broussailles et sillonné de petites crevasses que les eaux avaient peu à peu creusées. Cette cité était ceinte de murailles défensives qui bordaient le vide. Cette cité, d’une inouïe fierté qui régnait sur le somptueux désert minéral environnant, avait tout d’un joyau perché sur son orfèvrerie de rocher. Et puis, il y avait tous ses parfums qui émanaient des fleurs et des herbes de ce causse qui, par la chaleur du mois de mai, s’élevaient en se mélangeant en une indéfinie senteur.
La troupe de cavaliers, qui avait à leur tête le vicomte de Trencavel et Jehan chevalier et seigneur de Font-Moreau, qui avait voulu se présenter à la porte du château de Minerve, avait été obligée de contourner la cité par l’ouest en chevauchant sur le rebord du profond canyon au fond duquel coulait la Cesse. Le pont-levis descendu, le seigneur Guilhem de Minerve et son épouse Blanche de Termes avaient accueilli en personne leur suzerain le vicomte Trencavel. Le vicomte avait alors présenté Jehan au seigneur Guilhem et son épouse, en leur expliquant que ce Chevalier de Font-Moreau qui venait du Berry était aussi forgeron armurier. Et que de sa volonté, si le Chevaliers trouvait en la cité les conditions requises pour s’y installer, ce serait lui qui fabriquerait les armes nécessaires aux soixante hommes qui allaient venir renforcer la défense de la cité de Minerve contre l’éventualité d’une attaque des sbires de l’évêque de Narbonne qui jalousait la prospérité minervoise.
Après un repas servi dans la grande salle d’armes du château, Le seigneur Guilhem avait entrainé le vicomte Trencavel et Jehan dans une impétueuse descente qui les avait conduits sur une petite place qui surplombait le confluent de la Cesse et du Brian, sur laquelle était implantée une ancienne forge attenante à une petite demeure qui possédait une écurie pour abriter Alan. Les murs de cet ensemble étaient construits en pierres et le toit était couvert de lauses. Ce qui diminuait considérablement les risques d’incendies que pouvaient générer les activités d’une forge. De cette placette partait un escalier couvert qui permettait de se rendre au niveau des eaux du confluent où se situait le seul puits de la cité. Ce qui expliquait que chaque maison de Minerve possédée une citerne recueillant les eaux des pluies.
Jehan, ayant l’assurance du seigneur Guilhem, d’avoir les approvisionnements en minerai et charbon de bois, avait estimé que rien ne l’empêchait de s’installer en ce lieu pour y assumer la tache que le vicomte de Trencavel voulait lui confier.
L’année 1208 avait été pour Jehan une année de grand labeur. Sa venue à Minerve avait été très bien acceptée par les habitants de la cité qui, en curieux, venaient le voir œuvrer ou simplement lui dire le bonjour. Il s’était logé dans le petit logis attenant à la forge. L’entretien de son logis et ses repas étaient assurés par « Garsenda » une voisine. Garsenda était une maitresse femme qui se faisait obéir sans concessions, d’un mari passif et pas très courageux et de huit marmots allant de 16 ans pour le plus vieux et 6ans pour le plus jeune. Il lui était arrivé plusieurs fois de réparer, pour rendre service aux gents, qui n’avaient pas les moyens de s’en acheter de nouveaux, des outils agraires fatigués par l’usure subie par leurs emplois.
Le seigneur Guilhem, son épouse Blanche et Jehan étaient devenus amis. Ils passaient ensemble de grandes soirées à parler de l’Occitanie et de sa merveilleuse culture artistique, architecturale et littéraire, de la préciosité du langage qu’employaient les nobles les bourgeois et les gens du peuple. Ce qui avait permis à Jehan de faire parvenir de nombreux messages au comte Thibaut de Blois en lui assurant qu’il était convaincu que les raisons qu’invoquait le pape pour prêcher une croisade en Occitanie étaient infondées et qui lui semblait que les vraies motivations plus mercantiles étaient bien autres combattre l’hérésie cathare. Comme toujours, il avait glissé dans ses messages, un petit mot à Marie.
Chaque matin, tous pouvaient voir le seigneur Guilhem et le Chevalier Jehan de Font-Moreau, tous les deux sur le petit espace au pied de la léproserie, non loin de l’église Saint-Lazard, s’exercer au maniement de l’épée. Ainsi chacun enrichissait l’autre de ses connaissances en la matière.
Tous aller donc pour le mieux jusqu’au jour où Jehan avait été demandé au château par le seigneur Guilhem qui avait un grand besoin de le voir. Lorsqu’il était arrivé au château, le seigneur Guilhem l’attendait assis dans le renfoncement de la roche qui formait à cet endroit, un banc naturel. À son invitation, Jehan s’était assis près de lui pour écouter ce qu’il avait à lui dire. Ainsi, Jehan avait appris que l’évêque d’Albi Guillaume de Pierre de Brens qui n’avait pas digéré l’humiliation que Jehan lui avait fait subir en dévoilant l’extrême cupidité de son curé de Cordes, avait envoyé ses chiens de Dieu sur ses traces en vue de l’arrêter mort ou vifs pour subversion hérétique. Ces chiens de Dieu avaient appris par leurs espions, que Jehan était à Minerve et avaient demandé à l’évêque de Narbonne, Bérenger de Narbonne qui n’attendait qu’une raison pour discréditer la Cité de Minerve, d’envoyer sa milice l’arrêter. Pour le seigneur Guilhem, qui connaissait bien l’évêque Bérenger de Narbonne, Jehan était en danger dès qu’il sortirait de la protection des murs de la cité.
Quelques jours plus tard, alors que Jehan était en train de puiser de l’eau au puits Sant Rustic, pour abreuver Alan, une troupe d’une dizaine de mercenaires accompagnés d’un légat de l’évêque était venu pour l’arrêter. Alan, sur l’ordre de Johan, avait foncé au galop sur l’étroit chemin qui longeait le confluent du Brian et la Cesse par où les mercenaires de Narbonne arrivaient, faisant tomber dans l’eau, qui était toujours profonde à cet endroit, six de ces individus dont le prélat. Les mercenaires avaient coulé à pique sous le poids de leur cote de mail, seul le prélat dont la robe de bure noire avait gonflé par l’air emprisonné dessous, avait flotté avant de partir à la dérive dans le courant et aller se fracasser la tête sur un rocher à demi-immergé. Jehan qui avait suivi Alan s’était occupé de combattre les quatre mercenaires qui avait eu le reflexe de se plaquer contre la paroi rocheuse. Ne pouvant se tenir à plus de deux de front, Jehan son épée Sonneclaire en sa main, n’avait eu aucun mal à en blesser sérieusement trois, en les mettant ainsi hors d’état de combattre. Voyant cela, le quatrième voulu alors fuir, mais Alan qui revenait lui avait barré le chemin, ce qui avait fait que l’homme s’était rendu sans combattre. Déjà des habitants de Minerve étaient venus pour prêter main-forte à Jehan. Ils avaient alors ramassé les blessés pour penser leurs blessures et les conduire dans la prison de la cité.
Jehan, de son côté, avait conduit au château, devant le seigneur Guilhem, le mercenaire qui s’était rendu. En l’entendant parler avec arrogance de sa divine mission donnée par l’évêque de Narbonne qui consistait à capturer par tous les moyens Jehan mort ou vif, le maitre des lieux était entré dans une forte colère. Il avait fait pendre l’arrogant et les blessés et avait envoyé leurs dépouilles à l’évêque Bérenger de Narbonne, avec un message qui lui signifiait que si de nouveau il lui reprenait l’envie de faire pénétrer ses sbires sur les terres de Minerve sans lui avoir demandé l’autorisation, il les lui renverrait dans le même état que ceux-là.
Cet incident avait été oublié jusqu’à ce jour du 15 mai 1209.
Jehan avait assisté toujours avec la même admiration à la naissance de cette journée nouvelle.
Le blanc rosé du ciel de ce jour naissant, s'était coloré d'azur à mesure que le soleil avait monté.
Les ombres des petits nuages que poussait le vent "Cers", avaient coulés dans les ruelles du village, assombrissant les pierres des maisons avant de les faire éclater de lumière sous ce soleil de mai.
Comme à l’habitude, le marteau de Jehan avait teinté sur l'enclume pour rappeler, s'il en était besoin, à tous les habitants, que le temps de vaquer à leurs occupations quotidiennes, était arrivé.
Les portes ouvertes des remises avaient laissé naître, en leurs milieux, les carrés d'obscurité d’où s’écoulaient les bruits du travail des hommes. Malgré l'absence des troupeaux sortis après la traite de l'aube pour boire et pâturer, les entrées des bergeries avaient laissé encore s'échapper une douce tiédeur emplie des âcres et mielleuses senteurs d'herbes fraîches, d'animaux, de fourrage et de cuir. Pendant que les enfantelets, tous propres de la toilette du matin, assis dans un coin d'ombre, essayaient de sortir de l'enveloppe de sommeil qui les engourdissait encore, en jouant silencieusement avec des cailloux de la Cesse, leurs mères s'étaient activé aux tâches laitières qui transformaient le lait des brebis et celui des chèvres en fromages. En s'interpellant gaiement de leur voix cristalline, des jeunes femmes avaient remonté, d'un pas lent et rythmé du puits Sant Rustic, l'eau nécessaire à la vie de ce jour. Elles avaient laissé derrière elles, comme témoins de leurs rires, les traces humides des paquets d'eau qui en s'échappant de leurs seaux de bois, s'étaient écrasé dans la poussière du chemin comme une claque sur une joue. Plus tard, lorsque toutes ces tâches matinales avaient pris fins, c’avait été le tour des métiers à tisser de faire entendre le chant de leur battant. Aux abords du château de Messire le Vicomte Guilhem et de Dame Blanche de Termes son épouse, les étals des marchands s’étaient garnis des victuailles que aller venir choisir celles qui tiennent maisonnées et tablées d'hôte. De temps en temps, la lourde porte grinçante d'une maison, pivotant sur ses gonds avait dessiné dans l'ombre qui tapissait le sol, une bande de lumière ou s’était détaché la silhouette d'un Bon Homme s'en allant prêcher et aider aux travaux dans le Causse environnant.
Dans la soirée, Jehan avait cru voir plusieurs fois une furtive silhouette se déplacer derrière les roches de la rive d’en face du ravin au fond duquel coulait la Cesse. Il s’était alors approché pour savoir ce qu’il en était. Il n’avait entendu que le claquement de la corde d’une arbalète et avait ressenti une profonde douleur au nivaux de son cou lorsqu’un carreau était venu avec force s’y ficher. Il était alors tombé à genoux puis il avait perdu la conscience du réel. Il avait su qu’il venait de perdre sa vie lorsque le sublime visage de Marie de Breuilhamenon Dame de Font-Moreau lui apparut en lui répétant ses paroles d’amour : « Chevalier Jehan de Font-Moreau, allez l’esprit et le cœur en paix, je vous attendrai jusqu’à mon dernier jour s’il le faut et même au-delà »
Fin. Johan (JR.).
Epilogue :
L’assassin de Jehan, un routier payé par l’évêque d’Albi, avait, après l’alerte lancée par les guetteurs, été cerné au bord du canyon de la Cesse, par les bergers de Minerve qui l’avait alors lapidé sans pitié. On avait retrouvé dans son escarcelle une ordonnance de l’évêque d’Albi offrant une forte somme d’argent et le paradis à ce personnage, pour qu’il assassine Jehan Chevalier et seigneur de Font-Moreau.
Marie de Font-Moreau, eut un incommensurable chagrin lorsqu’elle apprit la mort de Jehan.
Jamais elle ne se maria. Elle finit de construire son château dans les bois de Font-Moreau puis s’y installa pour y vivre dans le souvenir de Jehan. À la mort de son père, le chevalier Pierre de Breuilhamenon, Marie regagna le château de Breuilhamenon et suivant les dernières volontés de son père, garda auprès d’elle, comme intendant, seigneur Don Ruy Peláez ! Le seigneur Raoul d’Issoudun et son entourage familial se souvinrent très longtemps de Jehan.
Le comte Thibaut de Blois ne prit pas part à la croisade contre les Albigeois qui ne fut rien d’autre qu’une curée organisée par l’Eglise de Rome pour s’approprier les richesses du sud.
L’année d’après l’assassinat de Jehan Chevalier de Font-Moreau sur le rempart de Minerve, en 1210, en juillet, la cité fut assiégée durant cinq semaines par les pseudo-croisés de Simon de Montfort.
Minerve se rendit le 22 juillet 1210 et Arnaud-Amaury légat du pape, qui était venu rejoindre Montfort, organisa avec jubilation, un bûcher sur lequel furent brulés cent-quarante bons chrétiens (Cathares) de Minerve.
Johan (JR.).
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