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Souviens-toi des chemins embaumés de jeunesse,
Du verger d'herbe folle où couraient les beaux jours.
Dans ton coeur flotte encore un relent de tendresse
Et l'odeur des blés verts quand tu jurais"Toujours".
En labourant les flancs de la Grande Femelle,
Un vent dru de noroît nous portait du lointain
Les appels des péris. Un goëland fidèle
Les reprenait alors quand venait le matin.
La chaumine était basse et la gréve déserte.
Mais la soupe sentait la saucisse et les choux.
Oh ! les yeux de ta mère et sa bouche entrouverte
Pour apaiser ta peine avec des mots si doux.
As-tu donc oublié les paroles du père?
-Lui qui portait si droit la fierté des aïeux -
Maintenant tout courbé d'avoir servi la terre
Et qui se meurt là-bas, à la maison des vieux
Lorsque, les pieds collés lourdement à la glèbe,
Avec ce large dos soutenant le ciel gris,
Jaillissaient les mots vrais de lumière et de plèbe
Où le bonheur est simple et les désirs petits.
Dans la douceur du soir qu'on eut dit des légendes,
Il semblait que le temps eût cessé de tourner.
Y songeant aujourd'hui, vraiment tu te demandes
Si ton pays n'est pas terre d'éternité.
Le passé se déroule en visions chimériques.
Un nuage obscurcit ton regard embué.
Mais si ton rêve encor cherche des Amériques,
C'est un air de chez nous qui te fait sangloter.
Ils sont loin les beaux jours. Tristesse t'accompagne.
Mais, par-dessus le toit de l'usine-prison,
Le vent t'appelle fort qui souffle de Bretagne.
On t'attend au pays. Viens. Rentre à la maison !
Paris été 1973
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