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L’esprit de la forêt.
Ce besoin qui vous prend de quitter le sentier
et d’entrer plus profond dans l’immense forêt.
Vous errez lentement sous cette Canopée,
en rompant le silence de craquements sous vos pieds.
L’ombre et la lumière transpercent les frondaisons,
un soleil rougeoyant disperse ses rayons.
Les arbres au garde à vous s’élancent vers les nuages,
leurs racines millénaires enfoncées dans le sol.
Des branches offertes au vent se secouent avec rage
et font danser les cimes comme une farandole.
Ces perles de rosée sont des gouttes de chagrin
quand la brume vous cajole dans le petit matin.
Cette nature sauvage vous aspire lentement.
Et elle réveille en vous d’étranges sentiments.
En vous laissant bercer par les bruits d’un ruisseau,
vous ressentez l’émoi du bébé au berceau.
Les galets scintillent dans le lit du cours d’eau.
Votre cœur se noie au son des trémolos.
Une mélancolie glisse sur les fougères
en libérant la vie du ventre de sa mère.
Cet endroit gorgé d’eau, à l’étrange atmosphère,
est le couffin sacré d’une naissance sur terre.
Vos souvenirs se mêlent aux odeurs forestières,
l’orage zébrant un ciel où grondent des éclairs.
Les oublis du passé, gravés au creux des troncs,
dessinent les amours d’une fougueuse passion.
La mousse, les champignons suintent de vos frissons,
sont aussi le rappel d’une cruelle décision.
Les couleurs rouge et jaune d’un automne fertile
embrasent les regrets d’un désir stérile.
Elle couche délicatement sur des feuilles froissées
le fruit de ses entrailles qu’elle veut abandonner.
Les cris de cet enfant inondent les feuillages,
ravivent la mémoire de ce triste naufrage.
Moment de solitude, de peur, de désarroi,
l’affreuse turpitude d’une femme aux abois.
Mais aucune naissance pour la mère nature
ne mérite l’offense d’une funeste fêlure.
La protection divine d’une passante curieuse
arrache ce nouveau-né à une mort odieuse.
Après plusieurs années, une promenade dans les bois
déterre tous les secrets et pardonne ce choix.
En revenant sur place, elle retrouve sa trace.
Rencontrer ce jeune homme est un instant de grâce.
Les plantes et les feuillus sont des témoins discrets.
Elle pleure à chaudes larmes, le bonheur est complet.
Il la serre dans ses bras comme une renaissance.
L’esprit de la forêt souffle sa bienveillance.
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