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En plein coeur du Quartier Latin, il y a, dans un petit square, une vieille, très vieille église romane , aussi charmante que méconnue. On dit que c'est la plus ancienne église de Paris.
Son nom?
Tout aussi charmant, mais révélateur de sa modicité : Saint-Julien le Pauvre. Elle vaut d'être visitée et qu'on s'y arrête pour prier. Afin peut-être d'y retrouver un peu de la sagesse de ses bâtisseurs et d'y puiser, dans sa pénombre douce et son silence vénérable, une leçon de patience et d'humilité.
Si j'ai employé le verbe "puiser", c'est aussi dans le dessein de vous entretenir d'une autre curiosité. Contre le mur de l' humble demeure de Dieu, et plus modeste encore, il y a un puits, vieux de quelques onze siècles et auquel est rattaché une bien jolie légende. L'origine semble en être inconnue. Cette légende prétend que celui qui se penche par-dessus la margelle, aperçoit, loin, très loin, tout au fond, dans le cercle étroit où miroite l'eau, le monde tout entier. C'est pourquoi les parisiens qui le fréquentent-(que ne sont-ils plus nombreux : nul n'en sait jamais trop !) l'appellent "le puits de la Connaissance".
J'y suis allé un soir, en sortant de l'église. J'espérais vous y voir -du moins votre reflet -, priant aussi peut-être -et peut- être pour moi- , ou alors méditant, studieuse et blonde sous la lampe.
Hélas je n'ai rien vu, il n'y avait plus d'eau. Pauvre puits, épuisé à ne plus être utile, qui ne conserve plus pour demeurer au monde que sa légende et son ancienneté.
Un instant j'ai été déçu. Et puis (c'est le mot qui s'impose) j'ai réalisé combien cette appellation : "Puits de la Connaissance" est merveilleusement vraie. Je venais tout d'abord de vous voir en esprit. Je veux dire par la pensée et par le souvenir. Et de prendre la décision de vous écrire. Donc de communiquer autrement que par ces élans intérieurs qui pour être puissants, n'en restent pas moins ignorés de vous, leur inspiratrice et leur destinataire.
Mais aussi et surtout -pardonnez-moi, Très Douce, si cette conception des choses me semble plus importante encore : -je la crois essentielle- j'ai découvert soudain que la Vraie Connaissance était au fond de moi. Peu m'importe le monde ou plutôt ses apparences, c'est la façon que j'ai, que j'aurai désormais, de le "visionner", qui me permettra de m'y intégrer. Et d'y faire oeuvre utile en me réalisant. Sans ostentation, sans frime ni flonflons, mais dans la vérité du miroir que recèle la conscience.
S'il n'y avait pas d'eau, Très Chère, au fond du puits, il y avait bien un miroir. Un peu terne et sali, aréolé plus qu'auréolé, et même arénacé d'un sable qui n'était pas seulement celui du puits, ni même celui d'un sablier, mais grains multiples de mes faiblesses et de mes hésitations, pourtant pas irrémédiablement condamné. Oui, j'y ai lu mes bassesses et mes insuffisances, mais aussi ma bonne volonté, mon envie d'espérance et mon amour pour vous, signe de résurgence. Et j'y ai vu mon âme, rayonnante d'amour puisque vous y étiez ainsi qu'une lumière.
Et je suis parti, riche d'avoir bu en désir l'eau de la connaissance modeste de moi-même, de vous avoir trouvée, fidèle sans le savoir au fond de ma mémoire.
Riche d'avoir, un instant et, sans rien demander pour moi, obtenu qu'un saint pauvre et oublié sur terre, aide un pauvre pécheur plus miséreux que lui, à voir clair en lui-même. Et pour la première fois depuis bien longtemps, j'ai cheminé heureux.
Et parce que, peut-être, je suis de ceux qui ne peuvent concevoir le bonheur que partagé, je devais sourire en marchant.
A qui?... A vous peut-être, à vous sûrement. Je ne sais si vous avez perçu ce bonheur, mais j'ai lu dans les yeux d'un homme fatigué qui sortait du métro, comme un remerciement. Je le joins aux miens pour vous dire combien il est doux de se sentir utile et que vous soyez belle.
Paris1956
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