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Soliloques du Désenchantement.
…..Le Sommeil fut un Enchantement et le Réveil amer, d’une Amertume grise et de Glace. Rêves défunts, décomposés. Triste Déploiement du Jour dont il faudra porter l’Impossible et la Fissuration. Une Aube de Détresse et de Désespérance. Amer Savoir, la Désolation de la Terre et de Soi, les Autres une Enigme, une Aphasie, des Meutes. Le Corps gangrené de Laideur et de Raideur. Le Déclin est à l’Oeuvre dans le Coeur de la Chair. Toute Beauté du Jour, lourde, putride. Les Consolations de l’Esprit et des Oeuvres suintent l’Illusion, l’Incompréhensible. Le Gel pétrifia les Lambeaux du Rêve. On ne sait ni la Faute ni la Justice ni où ni quand ni quelle Signifiance ni le Bien ni quel Amour. Comme il fait froid !…..
…..Les Dorures éclatantes du Bonheur se sont écaillées une à une pour moi. Fil noir de l’Âge. L’Âge dénie les Chatoyances de l’Irréel, les prodigieuses Irisations de tout Imaginaire. Pas à pas, la Cruauté aveugle du Réel érode les Idoles que nous forgeons, agrandit les Fissures et les Failles natales jusqu’à l’ultime Abîme où tout retourne. Être perdu, se perdre, Voilà tout...La Jeunesse et l’Inexpérience promettaient une Infinité de Plaisirs dont l’Imagination intensifiait le Désir au Pays des Possibles. Heureux Hasards, Vies multiples, Rencontres éblouissantes, Amours sublimes, Voyages inouïs, Créations de Chefs-d’Oeuvre, Langues nouvelles, Concepts pour la Révolution, Aventures de l’Esprit, secrètes Origines et Fins dernières révélées, Ferveurs des Sens renouvelées, Vérité mise à Jour, prodigieuse Liberté ! L’Immensité de l’Être semblait à portée de Main ! Toutes Contradictions levées et résolues. Ivresse belle, Plénitude vitale !…..Le Présent ne fut que Parodie, Grimace et Défiguration, un Désenchantement. La Grâce de l’Instant ne s’est pas accomplie et les Ferveurs rêvées ne furent que des Siliques, des Simulacres de Bonheur…..
…..J’attendais l’Absolu d’une Vie, une Vie absolue dans sa Substance-même, libre des Accidents et de la Contingence, une Vie nécessaire, déliée des Vicissitudes et des Fissures du Temps, une Vie fondée en Raison et Ferveur sur le Roc et le Marbre inébranlables des Principes. J’aspirais et prétendais aux Vérités premières et ultimes, aux Lois d’Airain intangibles, l’Être, le Beau, le Vrai, le Juste, l’Un, le Bien et l’Immortalité de l’Âme. Je croyais à la Transparence des Consciences, à l’universelle Exactitude des Langues réunies, à la Force du Droit, à l’Equité, à l’Unité pacifique d’une République rationnelle jusqu’aux Extrémités de la Terre, Architecture et Symétrie sublimes du Simple en son Eternité…..L’Epars rompit le Charme, l’Âge brisa la Rectitude des Principes et l’Absence éroda le Marbre des Idées. Un Sortilège vicia toute Substance, toute Présence pleine, la Vérité devint Errance, l’Être sans Fondement, la Mort mêla le Mal au Bien dès lors indiscernables, l’Absolu éclata en de lointaines et pâles Effigies. Alors, je bus l’amer Breuvage du Désenchantement…..
…..Dans l’Enfer du For intérieur, s’égrène la Litanie des Impossibles. Kyrielle des Manquements. Série sans Fin des Finitudes. Les Déchirements de l’Amour, les Apories de la Connaissance, l’Ingouvernable des Volontés particulières, les Labyrinthes de l’Inconscient, l’obsédante Fascination de la Mort, la Présence mutique des Amis inconnus, l’inamical Vieillir, l’Inéluctable des Passions, le Fond inaccessible de la Nature et du Réel, l’Irréversible de l’Instant, l’Hubris originelle de la Chair, l’Imparticipable des Principes, l’Inhumanité minérale de l’Humain, l’Opacité de l’Acte d’exister et de mourir, la vaine Attente du Divin et le Litige des Consciences, la Brisure-même du Coeur de l’Ouvert, la Dissimulation et la Pénombre, l’Incompréhensible de la Loi...Seules les Oeuvres d’Art ? Je cherche en vain une Sagesse du Désenchantement…..
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