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Vérité et Mensonge.

le mardi 04 décembre 2018, à 21:51. Posté par Pascal


Vérité et Mensonge.

« Jurez-vous de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité levez la main droite et dites je le jure » : une phrase apprise et commune à tous, coupables ou innocents. Elle est prononcée systématiquement dans l’enceinte d’un tribunal. Elle est présente à notre esprit comme élément fondamental d’un socle de valeurs essentielles et morales issues de notre éducation. Elle accompagne nos actes et conditionne nos réactions au sein du prétoire de l’Existence où se plaident les décisions de notre vie.
Cet idéal de vérité suppose un monde de perfection, empreint de certitudes et dépouillé de tous les aléas.
Mais la contingence, les phénomènes incontrôlables, les manifestations extérieures à notre être, nos faiblesses et nos tentations dressent sur les chemins de notre liberté les embuscades du mensonge.
Les mensonges ne justifient pas l’ignominie de notre lâcheté. Ils n’excusent pas la médiocrité de nos erreurs. Ils n’effacent pas la bassesse de nos instincts. Ils n’atténuent pas l’égoïsme de nos intentions.
Ils expliquent la vulnérabilité de nos prétentions. Ils limitent la portée de nos ambitions. Ils restreignent les apparences de nos engagements. Ils brouillent les pistes de nos exigences.
Ils sont les indicateurs d’adaptation de notre conscience dans sa capacité à assumer l’errance, à reconnaître l’impuissance, à accepter le doute, à supporter la différence, à surmonter la douleur, à dépasser la peur, à accepter la mort.
Le mensonge a son verbe : mentir. Il se décline à tous les temps et en toutes circonstances. Comme si nous ne pouvions pas échapper à son usage providentiel tout au long de notre vie.
La vérité est un mot entier et unique. Dire la vérité est un principe, une constante inaltérable et éternelle.
La vérité sort de la bouche des enfants. Ils leur arrivent aussi de mentir. Mais ils sont encore dans la naïveté, la spontanéité, l’intuition, la découverte des codes sociaux. Aux réflexes simples et naturels se substituent progressivement, au fur et à mesure des apprentissages, des gestes et des attitudes distinguant le bien du mal, corrigeant l’être et déterminant le paraître.
La vérité est une femme nue surgissant d’un puit, vous tendant un miroir pour contempler votre visage.
Nourri aux seins par le lait vertueux de la vérité, toute dérobade ou entorse à son expression déclenchent sur vous les stigmates et les symptômes du mensonge. Vos joues se mettent à rougir. La sueur perle sur votre front et le long de vos tempes. Votre respiration augmente en intensité et en soupirs. Des palpitations accélèrent le rythme de votre cœur qui s’emballe. Votre embarras s’extériorise et déballe les secrets enfouis au fond de vous, dans les entrailles de votre nature profonde et de votre intimité.
Vous êtes mis à nu, soumis à votre propre examen de conscience et démasqué par le regard de l’autre. Si vous parvenez à vous taire, votre silence devient suspect. Et vos gesticulations saccadées lèvent le voile sur l’embarras de vos turpitudes inavouables.
Pour ne pas étouffer, perdre complètement pied, sauver les apparences, ne pas rendre l’âme il vous faut relater d’une manière vraisemblable. Avec un peu d’aplomb et de discernement, vous éloignez les soupçons et vous gagnez du temps.
A trop choisir le faux au détriment du vrai, l’histoire parvient encore à séparer le bon grain de l’ivraie.
Même si vous enjolivez les faits, si vous enivrez votre interlocuteur de paroles sûres et mielleuses, si vous argumentez votre propos d’un ton tranchant et décisif, la vérité finit toujours par triompher.
C’est souvent une victoire à la Pyrrhus tant les pertes, les peines, les déceptions, les désillusions, les dégâts, les reproches, les blessures, les humiliations vous laissent seul et déchu.
Ainsi la vérité n’est pas toujours bonne à dire. Pour ne pas faire souffrir, pour ne pas dramatiser, pour ne pas exagérer les causes d’une situation et ne pas aggraver ses conséquences, pour ne pas compliquer une relation, pour ne pas tomber dans la surenchère vous choisissez un pieux mensonge pour accomplir vos desseins.
C’est pourquoi les mensonges, comme des soupapes de décompression, produisent des effets de régulation. Ils repoussent les pathétiques disputes, dissipent les irréparables malentendus, facilitent les salvatrices issues de secours, négocient les bénéfiques sorties de crise.
Je ne fais pas l’apologie du mentir. Je comprends l’indignation et la colère que le parjure déclenche. Mais je ne mythifie pas pour autant l’idée d’une vie sans faille, sans échappatoire et authentiquement vraie.
Mensonges de la raison d’Etat, de la passion du cœur, de la pulsion de la folie, de l’obsession du pouvoir, de l’inclinaison à l’amour, les exemples complexes foisonnent et soulèvent de longues controverses.
Evidemment, le recours au mensonge n’a aucun fondement légal. Sa dénonciation est juste. Non seulement il altère votre crédibilité mais encore il entache votre réputation.
Cependant, son usage ne constitue pas l’aveu de culpabilité, la déclaration de fautes, la confession d’un pêché.
Finalement, le mensonge cherche sa légitimité, en devenant l’impossible refuge pour l’individu, pris en défaut dans ses engagements intellectuels et ses responsabilités humaines.

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commentaire ( 1 ) (Ajouter un commentaire)
debbie le lundi 11 mars 2019, à 16:09
Bonjour Pascal, je viens de voir que je ne l'avais pas commenté celui là. *sourire* Et quel vaste sujet que vérité ou mensonge ! Tu défends si bien l'un et l'autre. Une prose très psychologique je dois dire. J'aime beaucoup cette partie " le mensonge cherche sa légitimité, en devenant l’impossible refuge pour l’individu" Je ne l'avais jamais perçu comme cela avant d'en faire la lecture ici. Mais c'est une grande vérité je dirais.
Le mensonge m'a souvent beaucoup blessée dans le passé. Si j'avais lu cette phrase avant ça m'aurais peut-être permise de mieux comprendre le mensonge. Mais comme on le dit si bien il n'est jamais trop tard pour comprendre les choses de la vie. J'ai beaucoup apprécié cette prose, merci.
Amitié poétique
Debbie

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