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Slamdo, la voie du slam.
C’est un lieu sans muraille, subtil et divin, sans dedans et sans dehors, pour ressentir, comme un samourai, le temps qui s’écoule et écouter, tel le bonzai, le corps qui s’écroule. Tu laisses ta gêne dans le vestibule qu’on nomme le genkan, un espace zen et cool qui t’accueille et te dépouille de tout embarras ou scrupule. Tu délaces tes souliers, tu ôtes tes chaussures, tu enfonces tes petons dans d’étranges chaussons, pour délasser tes pieds, en enfilant les confortables patins de la sincérité, afin d’être certain d’ancrer durablement, au plus profond du sol, natté en paille de riz et recouvert de jonc tressé, les aspects simples et authentiques de ta singulière personnalité. Ici, la grandeur n’a pas besoin de talon. Pour prendre de la hauteur, gagner en sagesse et en talent, la première chose à faire, en signe d’humilité, c’est d’accepter sa taille du plancher au plafond, allant du géant colossal appelé sumotori au type plus ordinaire nommé petit nippon. En éloignant ainsi toute domination, okusan te salue, en respectable maîtresse de maison, rassurée et ravie de tes bonnes intentions. L’élégante geisha, fleur de beauté et icône du japon, t’invite à la suivre le long de la passerelle engawa qui entoure la maison, pareil à un serpent de bois, en longeant les shogis, ces cloisons coulissantes, surplombée d’un chapeau lisse et pentu qui lui sert de toit. Ici, les portes ne s’enfoncent pas, ne se claquent pas non plus. Elles se glissent, avec délicatesse, pour ouvrir en grand, en profondeur, en long et en large, sur l’éternelle tradition, tous les chemins légendaires d’un unique univers. Chaque fusuma, de son papier de riz, inonde les tatamis, étalés dans le zashiki, d’une douce lumière, d’un calme apaisant, d’une naturelle tranquillité, baignant de son clair obscur et ancestral la composition florale et la calligraphie Hokusai qui ornent le tokonoma de ces mythiques reflets, évoquant les quatre saisons qui courent à l’infini et vous échappent sans cesse. La délicieuse nipponne, dans ce nid douillet daidokoro, vous harponne, vous aguiche, vous régale de sa cuisine savoureuse et raffinée, aux mets locaux, tempuri crus ou frits dans l’huile frémissante, sukiyaki frais et cuits dans un bouillon épicé, yakitori marinés et vinaigrés à souhait, yosenabe enroulés dans les feuilles de Nori et servis avec son bol de riz mouillé de shoju. Ses mains expertes et sa dextérité magique orchestrent, à la baguette et sans fausse note, la symphonie de la farandole des sushis : maqui-zushirondelles, futomakimono, hosomakivala, temakilimandjaro, hip hip hip uramaki. Elle entame le cérémonial du cha no yu, le sado et ses quatre vertus : l’harmonie, le respect, la pureté et la sérénité. Il se délecte du macha agrémenté de succulents okashi, youkan, daifuku, taiyaki et l’épaisse confiture azuki. Tout finit par une ultime cascade, dégoulinante de rasades de saké qui lui montent à la tête, brûlent la gorge et chatouillent le nez. Elle lui susurre au creux de l’oreille un haiku du slamdo, la voie du slam : l’amie au saké, en piteux état t’a mis, sur son tatami.
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