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L’abandon.
Le moment est venu de mettre le nez dehors,
de sortir de ce nid devenu si petit.
Je suis maintenant trop grand pour rester à l’abri.
J’emprunte l’étroit chemin qui conduit dans la vie.
Je connais son odeur, les battements de son cœur,
sa façon de bouger et les sons de sa voix.
Mais je sens bien aussi qu’elle n’en a pas l’envie.
Et je suis expulsé au lieu d’être accueilli.
C’est donc moi ce bébé, la chose non désirée
qui pour continuer devra être adopté.
Je passe de bras en bras pour être cajolé.
Elles s’y mettent à plusieurs quand une seule suffirait.
Elles me prodiguent les soins de l’hospitalité.
Mais je ne suis pas certain de vouloir rester.
Je regarde au plafond la lueur des néons.
Mon corps encore chétif frissonne de l’abandon.
Aucun de ces regards ne capte mon attention.
Par instinct de survie, je tète mon biberon.
Sa présence diffuse commence à s’estomper.
Impossible de retenir cette femme et ses regrets.
Le miroir inversé de mon acte de naissance :
attendre des parents pour entrer dans l’enfance.
Je suis un formulaire glissé dans un dossier,
Juste un simple prénom qu’on pourra remplacer.
Je suis un nouveau-né cherchant une renaissance,
un foyer pour grandir et combler son absence.
Voilà une grosse main qui attrape la mienne,
un genre de géant me serrant contre lui.
Il se lève la nuit et veille sur mon sommeil,
me console, sourit, contant maux et merveilles.
Cette force tranquille est un gage de confiance
qui trace le sillon d’une nouvelle espérance.
Tout en étant comblé, je ne dois pas m’attacher.
Les belles émotions d’un état provisoire.
Des personnes bienveillantes en quête d’un espoir.
Avec persévérance, trouver la perle rare.
La voici devant moi, celle qu’on a choisie,
en posant des questions, validant des avis.
Elle a l’air si émue et tellement sincère,
sans retenir ses larmes de devenir ma mère.
Au fil des rencontres, je vais l’apprivoiser
et faire prendre la greffe pour ne plus se quitter.
Quand la séparation choisit votre horizon,
il y a mille façons de bâtir son destin.
Le monde des adultes a ses contradictions.
Mais je croque à pleines dents cet unique festin.
Celui d’une maman qui me donne son amour,
sans être parfaite mais remplie de bonté,
perdant parfois patience sans jamais renoncer
qui préfère les actes aux fadaises d’un discours,
voulant juste mon bonheur, la beauté d’une histoire
comme un jardin en fleurs pour nourrir ma mémoire.
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