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Charlotte Corday revisitée (1768-1793)

le mercredi 09 janvier 2019, à 14:42. Posté par Michel Ernest


    D'après miss Agatha Christie
    Les femmes tuent par le poison
    Rarement ne fut démentie
    Par l'Histoire, cette assertion

    Pourtant il existe une dame
    Que la France entière connaît
    Qui assassina d'une lame :
    La noble Charlotte Corday

    J'ai dit "la noble", car Charlotte
    Est une "de Corday", pur sang
    Et dans sa famille on chuchote
    Que de Corneille, elle descend

    Elle naît au pays des pommes
    En mil sept cent soixante-huit
    D'un père, élégant gentilhomme
    Dans l'armée officier d'élite

    Sa mère meurt au dernier né
    Lors, son père François désire
    Que, comme il n'est pas fortuné
    Elle fût inscrite à Saint-Cyr

    Mais à quatorze ans, avec peine
    Son père la place au couvent
    Où passent les jours les semaines
    Pour n'en sortir qu'après huit ans

    Or malgré cette solitude
    Qui devait la conduire à Dieu
    Elle dirigea ses études
    Vers Rousseau et vers Montesquieu

    La Convention entend dissoudre
    Et fermer sa congrégation
    Charlotte alors doit se résoudre
    À retourner dans sa maison

    Son vieux père ardent royaliste
    N'apprécie guère ses idées
    Et la jugeant trop extrémiste
    Il la chasse de son foyer

    Partie à Caen chez une tante
    Elle y écoute les échos
    Des Parisiens dans la tourmente
    Qui s'entassent sur l'échafaud

    Parmi ces révolutionnaires
    Les plus haineux envers le roi
    Ils sont quelques loups sanguinaires
    Parmi lesquels Jean Paul Marat

    Ce Jacobin au bonnet rouge
    Ce "boutefeu" comme le note
    Sagement Olympe de Gouge
    Devient la cible de Charlotte

    En mil sept cent quatre-vingt-treize
    Le quatre du mois de juillet
    Charlotte quitte ses falaises
    Pour réaliser son projet

    Celui d'assassiner le traitre
    À sa société idéale
    Dès que ce lâche va paraître
    À la Convention nationale

    Malheureusement le Jean Paul
    Est malade et cloué au lit
    La Charlotte en est presque folle
    Et médite toute la nuit

    Alors, dans la soirée du treize
    Celle-ci vient toquer chez lui
    Mais l'autre encore mal à l'aise
    Dedans son bain, se rafraîchit

    Elle griffonne à toute hâte
    Quelques lignes d'admiration
    Que le prétendu démocrate
    Déchiffre avec délectation

    Bien qu'en tenue un peu choquante
    Dans la douceur des clapotis
    Il crie de loin à sa servante
    De la faire venir à lui

    À quelques pas de la baignoire
    Charlotte observe l'œil en coin
    Le fier tribun sans son peignoir
    Le fier Jacobin, dans son bain

    Alors de son sein, elle tire
    Un couteau qu'elle plonge droit
    Profondément et sans faiblir
    Dans le cœur de Jean Paul Marat

    Maitrisée par les domestiques
    Protégée des passants meurtris
    Elle est conduite à coup de piques
    À la prison de l'Abbaye

    Convoqué devant le terrible
    Tribunal révolutionnaire
    Sa défense n'est pas possible
    Tant le public est sur les nerfs

    Le seize juillet à la brune
    Charlotte est condamnée à mort
    Le dix-sept au soir, sans rancune
    Elle accepte son triste sort

    Au moment où tombe sa tête
    L'aide-bourreau l'attrape au vol
    Et face au peuple la soufflette
    Pour venger Marat, son idole

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