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Temps mort.

le mardi 15 janvier 2019, à 19:27. Posté par Pascal


Temps mort.

Quand il est perdu, l’un veut le rechercher et un autre essaye de le rattraper. Il est vain de prétendre en garder. Il n’est ni bon ni mauvais. Il est donc inutile de tenter de le partager. C’est un filet d’eau continu et sans fin qui inonde vos illusions et noie vos tentatives de le dompter. Il passe inexorablement. C’est une perception fantaisiste, simpliste et propre à l’espèce humaine. L’Univers, immense et complexe, ridiculise toute idée de durée et de temporalité. Les rythmes biologiques réfutent les impératifs chronométriques imposés à l’individu. Chacun, au plus profond de son être, ressent sa vitalité éveillée, ses besoins de sommeil, les battements de son cœur, son état de fatigue. Le passé, le présent et l’avenir sont sans fondement. La mémoire collectionne les souvenirs qui finissent toujours par s’évanouir. Les intentions ne valent rien et s’estompent sans leur réalisation. Seul l’instant, le moment dans sa soudaineté met en actes notre existence, notre souffle de vie. Le jour comme la nuit sont des réalités physiques et des manifestations atmosphériques. Les variations capricieuses de luminosité ne trouvent pas leur explication dans les méandres d’un mécanisme d’horlogerie. L’évolution du monde et de la nature, la place de l’homme et son utilité dans un environnement hostile ou domestiqué n’est pas à la minute près. Affirmer le contraire frise la bêtise et illustre un manque évident d’humilité. La floraison, les marées, la neige, le vent, la pluie, l’ensoleillement déjouent les prévisions rigoureuses d’un métronome météorologique. Les colères de la terre, ses déferlements dramatiques, ses tremblements dévastateurs ne respectent aucune logique calendaire. Le règne des dinosaures, l’impact d’une météorite, la trace de plusieurs civilisations contredisent les effets et l’importance du temps sur la séquence des évènements contemporains. L’asservissement utilitaire et intensif à des obligations horaires, des périodes journalières, des découpages mensuels, des célébrations annuelles conditionnent notre état de dépendance, de souffrance, de peur et d’oppression existentielle.
A bas la dictature de la petite et de la grande aiguille.
Je veux me gaver de grasses matinées ou écraser des siestes de plomb. Je veux me coucher quand le jour se lève, me réveiller à la tombée de la nuit. Je veux flâner quand la mer est basse et attendre patiemment qu’elle remonte. Je veux m’étaler dans les herbes d’une prairie pour des bains de soleil à en rougir. Je veux me promener sans boussole sur les sentiers d’une forêt pour y cueillir des champignons. Je veux m’asseoir au bord d’un lac, jeter ma ligne et attendre en rêvassant qu’un poisson morde à l’hameçon. Je veux commencer un livre et le terminer d’une traite. Je veux aller voir un film, puis deux et un troisième dans la foulée. Je ne veux plus souffler des bougies sur un gâteau d’anniversaire. Je ne veux plus de pointeuse, d’emploi du temps, de tableau de service. Je veux des baisers de cinéma interminables, des préliminaires qui n’en finissent jamais. Je veux des rappels, des prolongations, des arrêts sur image. Je me fiche de l’heure qu’il est, des rendez-vous programmés, de l’âge du capitaine, de la grande faucheuse qui viendra me prendre mon âme. Je veux partir sur les routes sans me retourner. Je veux contempler des couchers de soleil. Je veux gravir les sommets des montagnes sans ressentir la fatigue. Je ne veux plus me précipiter mécaniquement, courir sous la contrainte. Je veux marcher tranquillement. Je ne serai plus jamais en avance ou en retard. Je serai là ou pas là. Je veux traîner dans mon bain, faire des bulles, mettre la tête sous l’eau en retenant ma respiration. Je veux rester à table, reprendre une part de cette délicieuse tarte et me servir encore un verre de ce vin enivrant. Je ne veux plus me presser ni prendre de la vitesse. Je veux rater un train et prendre le prochain. Je veux cultiver la lenteur comme une saine délectation. Je ne veux plus attendre, retarder, repousser l’échéance. Je fais l’éloge de l’oisiveté et de la paresse. J’accepte de vieillir mais je veux jouir de la vie. Je veux bouger, rire, chanter, danser sans penser au lendemain. C’est la fin des montres, la disparition des pendules, l’extinction des cloches pour sonner l’angélus, l’abandon des calendriers et des agendas. C’est une vision spontanée, intuitive, libre et apaisée de notre rapport à la réalité.
Le temps est mort et la vie c’est tout de suite.

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commentaires ( 4 ) (Ajouter un commentaire)
debbie le mardi 15 janvier 2019, à 21:05
Bonsoir Pascal, que dire, que dire de plus. *sourire* Que c'est splendide, oui, parce que ça l'est. Une grande inspiration, un délice. Une magnifique destinée et façon de vivre que ce lâché prise. J'adore ! Merci de ce si bel écrit qui fait du bien; c'est un merveilleux souffle de vie !
Très belle soirée à toi Pascal
Amitié
Debbie

rivaudais le mardi 15 janvier 2019, à 22:57
Une chose est sûre : ce temps mort n'est pas du temps perdu. (Il est vrai que le temps "pascal" est celui du renouveau " (rire) Une plume alerte au service d'une perception aiguë de l'instant présent et une conscience profonde de l'universalité de l'homme et du monde. Parfois cri de révolte , le plus souvent, esprit d'ouverture et revendication lucide d'un lendemain meilleur. Quelle belle vision à la fois pratique et romantique de ce monde où nous vivons !

liameliavq le mercredi 16 janvier 2019, à 10:33
Carpe Diem !!!
Un texte époustouflant !
Profite Pascal, il n'y a que ça de vrai...
Mes amitiés.
LN.

mariepaule le mercredi 16 janvier 2019, à 11:04
Bonjour Pascal

Le temps passe et notre devant de vie diminue...
Mais tout ce qui est passé derrière nous est une source d'événement "bon ou mauvais" et tout depend de se que tu entires comme leçon pour le lendemain que tu vas arpenter...

J'ai aimé te lire
Belle journée
Marie

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