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Alzheimer.
Cette peur qu’elle s’envole en vous laissant dans le noir.
Une drôle de boussole qui a balisé toute votre histoire.
Elle a forgé votre raison, en traçant une ligne d’horizon.
Si le cerveau est sa maison, la gestuelle sert d’expression.
Bien sûr, il y a des choses que l’on oublie.
Mais les bons souvenirs n’ont pas de prix.
Cachés parfois derrière un épais voile,
Ils guident vos pas comme une étoile.
Ce n’est pas marrant de perdre la tête
pour ressembler à une étrange girouette.
Comme un arbre sans racines, vous ressentez cet abandon.
Cet égarement donne le spleen en fragilisant vos actions.
Quand l’amnésie brouille les repères,
trouver son chemin devient galère.
Chaque trou de mémoire met en alerte.
Les omissions sont une grande perte.
On peut trouver quelques astuces pour combler plusieurs absences.
Rédiger un parcours de bus, une liste de courses, une ordonnance.
Cette attention de longue haleine,
en repoussant certaines limites,
vous permet d’adoucir la peine,
retardant l’échéance maudite.
Les gens vous pensent dans la lune.
Vous errez au milieu des dunes.
Votre univers est à l’envers.
Chaque journée semble un désert.
On peut rire de vos maladresses ou de vos propos incohérents.
Il s’agit pourtant d’une détresse et d’un changement assez violent.
Et cet état irréversible qui vous plonge dans un monde hostile,
tous ses effets horribles ne peuvent pas nous laisser insensibles.
Vous êtes au bord de la mer, balayée par des vents contraires.
Un enfant qui cherche sa mère pour ne pas chuter par terre.
Un orage et des éclairs qui vous donnent des frissons.
Une grotte sans lumière, des fantômes comme compagnons.
Une mare qui s’assèche, un volcan qui s’éteint.
La banquise qui fond, cette chanson sans refrain.
Un miroir sans les reflets, un bijou sans les éclats.
Un feu de bois sans les braises, une main sans les doigts.
Un bateau dans la tempête, perdu pour naviguer.
A cause du phare éteint, s’échoue sur les rochers.
Un esprit ramolli ou un ventre devenu stérile.
Une silhouette qui trébuche avec un air débile.
Ce poème qui témoigne de ma lucidité,
décrit ce rendez-vous avec l’obscurité.
Avec un peu de chance vous pourrez échapper
à ce moment fatal qui nous fait basculer.
Si ce funeste sommeil devient un long cauchemar,
demandez à vos proches d’éteindre les bougeoirs.
L’instant est propice pour souffler la flamme
quand la parole divague et que s’efface l’âme.
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