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Albert Spaggiari revisité (1932-1989)

le mercredi 23 janvier 2019, à 13:40. Posté par Michel Ernest


    Albert Spaggiari est un type
    Un peu comme Robin des Bois
    Qui a des valeurs, des principes
    Mais aux pauvres, ne donne pas

    Albert Spaggiari a du charme
    Un peu comme Arsène Lupin
    Qui cambriolait sans une arme
    Mais lui prend tout, ne laisse rien

    Albert Spaggiari est sans gêne
    Un peu comme l'était Mandrin
    Qui détroussait sans joie, sans haine
    Mais lui dépense son butin

    Contrairement aux apparences
    Albert n'est pas un Italien
    Il est né sur le sol de France
    Là-haut dans le pays alpin

    Ses parents, Richard et Marcelle
    Sont de petits entrepreneurs
    Qui couvent leur fils avec zèle
    Jusqu'à ce que le père meurt

    Le pauvre Albert, encore gosse
    Avec sa mère à bout de nerfs
    Pour oublier ce drame atroce
    Émigrent vers le bord de mer

    Elle ouvre à Hyères, dans le Var
    Un commerce de lingerie
    Et après dix ans sans histoire
    Albert fugue sans un bruit

    Pendant un an, il vit de pêche
    De fauche, et de petits délits
    Mais aussi d'amour et d'eau fraîche
    Bref, il s'initie à la vie

    À dix-sept ans, Albert s'engage
    Dans un bataillon de paras
    Et part où la guerre fait rage
    Il y est blessé par deux fois

    C'est aussi là-bas qu'il débute
    Dans sa carrière de truand
    Détroussant de manière brute
    Des dizaines d'honnêtes gens

    Il est renvoyé d'Indochine
    Et après deux ans de prison
    Il retrouve la discipline
    Et la chaleur de sa maison

    À vingt-sept ans, il se marie
    Avec Audi, une infirmière
    Mais vient la guerre d'Algérie
    Et ça le met très en colère

    Il milite pour l'O.A.S.
    Et se ramasse quatre ans fermes
    Aussi, dans sa grande détresse
    Une idée lumineuse germe

    À peine libre, Albert s'installe
    Dans l'arrière-pays niçois
    Car la Société Générale
    De Nice est sa nouvelle proie

    Sous la banque passe un cours d'eau
    Qu'emprunte Albert et son escorte
    Tandis que d'autres sont en haut
    Camouflés dans la chambre-forte

    Pendant que l'on perce les coffres
    Et un gros trou dans le plancher
    Albert s'éclipse en ville et s'offre
    Un copieux petit déjeuner

    Au matin du dix-huit juillet
    Après quatre jours de congés
    Les habitants restent muets
    Devant l'agence fracturée

    Cinquante millions de francs manquent
    Plus de trente millions d'euros
    C'est un coup dur pour cette banque
    La presse a trouvé un héros

    Spaggiari s'enfuit aux U.S.
    Mais en mal de reconnaissance
    De sa véritable prouesse
    Il commet quelques imprudences

    À la radio, il se présente
    Sous une fausse identité
    Et, prétentieusement se vante
    D'être le "Cerveau" recherché

    Lors, les autorités françaises
    Qui captent l'onde nuit et jour
    Reconnaissent Albert à l'aise
    Et l'arrêtent dès son retour

    Lorsque chez le juge, il pénètre
    Albert lui remet une lettre
    Puis il enjambe la fenêtre
    Et saute de presque sept mètres

    Un motocycliste l'emporte
    Avec un timing si précis
    Que d'emblée la rumeur colporte
    Le nom de Christian Estrosi

    Pour ordonner telle débauche
    D'argent et de copains-coquins
    Aussitôt la presse de gauche
    Soupçonne Jacques Médecin

    Spaggiari, quant à lui, se cache
    Sous de faux papiers, au Brésil
    Il a la barbe, la moustache
    Et coule des années tranquilles

    Il va jusqu'à écrire un livre
    Qui fait un tabac à Paris
    Puis, ressentant le mal de vivre
    Il retourne en douce au pays

    Avec une fille, il s'installe
    Dans un HLM à Puteaux
    Et offre à la presse à scandales
    De sa planque, quelques photos

    La police narguée, enrage
    Et renforce ses enquêteurs
    Car Spaggiari donne l'image
    D'un "gentleman cambrioleur"

    En quatre-vingt-trois, à Madrid
    À la télé, il philosophe
    Puis donne une interview rapide
    Dans l'émission culte : "Apostrophes"

    L'an suivant, toujours en cavale
    Il voit ses amis écroués
    Dans la foulée, le tribunal
    Le condamne à perpétuité

    Lassée de ses fanfaronnades
    La presse le laisse tomber
    D'ailleurs Spaggiari est malade
    Un cancer est diagnostiqué

    Il meurt en juin quatre-vingt-neuf
    Âgé de cinquante-six ans
    Soulagé de ce que les "keufs"
    Ne l'auront jamais eu vivant

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