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Sauvetage en eaux troubles
Ch’uis là, juchée sur mon tabouret, au bar, un demi devant moi attend que ma soif l’étanche, et franchement, il est peinard, j’ai le schisme, déjà, j’ai englouti un quart de litre de cette boisson qui m’accompagne ce soir.
Je regarde même pas qui m’entoure, j’entends des voix, aperçois des ombres, hume parfois un parfum de passage prés de moi.
Je me demande si je vais tenter un autre demi, mais il y aura le retour at home tout à l’heure, et le quartier est infesté de flics, sans doute l’altercation d’hier soir avec les mecs de la cité les aura fait traîner par ici.
Une musique floue transperce la fumée ambiante …. Je connais cet air, mais impossible de me souvenir et de l’interprète, et du titre….. Je commande un dernier demi, et puis des cacahuètes, avec un truc dans le ventre, ça passera mieux.
Il me semble entendre mon prénom dans mon brouillard, ça revient, encore, encore, quelque chose me secoue le bras.
Je reconnais un visage, mais comme la musique, impossible de mettre un nom dessus ….. il s’annonce : « Jean-Louis » ………. Jean-Louis ! Ca y est, je le remet !
Putain ! Jean-Louis ! Toute une histoire lui et moi …. Une d’il y a longtemps, bien loin ce temps là.
Nous nous installons à une table à peu prés tranquille, et nous voilà à nous raconter ce que nous sommes devenus, ou pas, à rire de notre temps d’il y a longtemps. Pour moi, pas grand chose à dire, surtout ce soir, ce soir où plus rien ne va, lui, cool, deux enfants, un job sympa, divorcé mais bien dans tête, un tas de pots et de choses agréables autour de lui et dans sa vie.
Moi, j’ai un fils, qui vit plus avec moi, mais on se voit ! Non, pas de taf, depuis un an maintenant, quand au reste, des amis, oui, mais le moral qui est pas là, et comme on dit, quand le moral va, tout va ! Une histoire de bâtiment je crois …..
Il me propose un verre, j’ose pas lui dire à combien j’en suis, de toute façon, je tiens bien l’alcool, alors va !
Un petit tour aux toilettes plus tard, et un litre de moins dans le ventre, nous continuons à papoter et à rire, et d’un coup, je percute que je souris !
Peut être même que j’ai les yeux qui pétillent !
Nous décidons de sortir marcher dans la rue, peut être aller boire un autre verre quelque part, ici, c’est pas terrible. L’air de la nuit me fait du bien, la marche fait revenir mes pieds sur terre, les effets de l’alcool s’évaporent doucement.
Nous nous engouffrons dans un pub, rien à voir avec le troquet d’où il m’a sortie.
Lumière tamisée et couleurs chaudes, clients selects et musique d’ambiance, il me conduit à d’une table où des gens discutent gaiement, ils se connaissent.
Présentations, regards obliques, déshabillage intégral, c’est quoi ces types ??
Bon, calme, on s’assoit et on commande……..
Pas si cons ses pots, au bout d’une demi-heure, on est tous pliés de rire, je sens des trucs éteints en moi qui se rallument !
Une heure plus tard, on est devant chez lui, il m’invite à entrer, les gosses sont chez leur mère, le mien est chez son père, je monte.
…./…..
J’ouvre un œil, la lumière empli la pièce …. que je ne reconnais pas …….
Je suis nue, sous les draps, je tourne la tête et en voit une autre à côté de la mienne … !!
Doucement les souvenirs remontent à la surface.
Jean-Louis dort encore, je reste là à repenser à notre soirée de retrouvailles, imprévue. Je sens que j’ai plus rien à voir avec la fille qui était accoudée à ce bar de quartier hier soir. Une lueur est apparue dans la nuit, qui m’a fait remonter à la surface.
Aucune question ne m’habite, juste le plaisir de cette nuit de plaisirs.
Hier soir, j’ai fait un bond de vingt ans en arrière, et ma foi, je crois que je peux encore être cette fille qui partait sur les startings blocks de la vie.
Je me lève, prends une douche, fait couler du café.
Je suis prête à partir, je laisse un message griffonné sur le bar de la cuisine, mon numéro de téléphone, au cas où.
Je veux pas qu’il se sente obligé de quoi que ce soit, mais, au fond, j’espère bien qu’il m’appellera.
…../……
Je suis en train de pianoter sur mon pc, lettres de motivation, cv, et toute la clique.
C’est cool, les offres remontent en flèches après un no man’s land de plusieurs mois !
J’ai envoyé environ deux à trois courriers par jour ces derniers temps, et demain, j’ai un entretien d’embauche !
Le téléphone sonne, je décroche, envoie un truc enjoué : « allo !» ……on sait jamais, si c’est un appel pour un rendez-vous boulot, il faut assurer le contact ! La voix au bout du fil me semble familière …..
C’est Jean-Louis !
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Amis lecteurs, voici donc ma première tentative dans l'art de la nouvelle ....
SL le 17 juin 2005
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