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Addiction psychique.
Dans un lieu convivial où l’on vient pour manger
commence un étrange rituel qui peut déconcerter.
Elle est présente au monde mais perdue dans sa tête.
Elle entame un étonnant ballet avec de curieux gestes.
Puis elle dépose son plateau sur le bord de la table,
se tient au garde-à-vous en scrutant chaque détail.
Elle attrape une cuillère pour se mettre à gratter
toutes les petites saletés avant de s’installer.
Elle organise l’espace pour mieux se protéger,
quelques chaises bien rangées servant de boucliers.
Son assiette plate est centrée au millimètre près
et copieusement remplie avec des légumes frais.
Elle s’assied nerveusement, tenant son buste droit,
se penche sur son assiette pour attaquer le repas.
Sa pile de haricots est une botte de paille.
Elle manipule sa fourchette comme on ramasse le foin.
Et la seule différence se limite à la taille.
Pour soulever chaque bouchée, il suffit d’une seule main.
Cette anxieuse phobie ressemble à un casse-tête
où se remplir le ventre consiste à faire place nette.
Et ce grain de folie qui la tient prisonnière
lui fait ingurgiter jusqu’à la dernière miette.
En fait, s’agit-il pour elle de manger à sa faim
ou alors combler un vide qui l’obsède sans fin.
Elle saisit son assiette et la porte à ses lèvres,
la lèche frénétiquement sans faire la fine bouche.
Elle va encore gratter avec des gestes saccadés
en effaçant toutes les traces de son déjeuner.
Un récital maniaque, une vaisselle rudimentaire,
avec en touche finale un rangement minutieux.
Elle ne partira pas si tout n’est pas parfait.
Elle lustre chaque couvert qui brille comme un sou neuf.
Avec acharnement, elle frotte encore le plateau,
auscultant la table pour traquer un dernier défaut.
Elle se lève et se fige en promenant ses mains,
inclinant ses doigts serrés, une sorte de lévitation,
tel un magnétiseur avec son fluide de précision,
en cherchant l’équilibre, le point de suspension
pouvant la libérer d’une méticuleuse obsession.
Soudain elle décide que les choses vont bien.
Elle rompt le sacrement, reviendra le lendemain.
Cette sinistre partition qu’elle répète chaque jour,
quels que soient les légumes est un menu d’enfer.
Elle ne prend pas d’entrée, encore moins un dessert.
Rien que le plat principal est une foutue galère.
Un esprit, possédé par des tocs qui enchaînent,
ne peut se soulager des entraves quotidiennes.
Son intrigante agitation ne dérange personne.
Après l’effet de surprise, elle peut juste troubler.
Cette solitude forcée est une terrible épreuve
qui la maintient à l’écart des liens d’humanité.
Si une âme bienveillante se risque à l’approcher,
elle déclenche sa colère, un balancement surexcité.
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