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Chez eux on vient pour le spectacle vivant
De cette famille connue de Gradignan
De loin, on voit les gens entrer et sortir
Des paniers, des cageots sous les bras
A pied, à vélo sans mentir
Une gare épicière, ça n’arrête pas.
On y vient de loin s’approvisionner la santé
Dans la fourmilière d’ici, profondément encrée
Les gens du coin ne s’y trompent pas,
Le chemin du cœur passe par l’estomac.
Dans l’air vif, ça sent la boulange
Les croissants chauds, les pains craquants
Le poulet du dimanche
Les patates juteuses et l’ail dedans.
D’un regard, le butane en prison
Le hangar aux semences
Les huîtres fraîches qui dansent
Sur les rondelles de citron.
Les Belchards et Akanes bien rangées
Clémentines et poivrons en sachets.
Dans le fond dans leurs boites
Oignons, carottes et navets
Epinards, poireaux qui miroitent
Les patates en vrac à laver.
On y trouve les produits de la mer
Sardines, baunites et chipirons sous verre.
Chocolat du Costa-Rica, guinettes sauvages
Ananas, mangues, exotique voyage.
En fait, il y a tout
Râteaux, nutella, artichauts, caoutchouc
Graines à poules, canards, lapins
Plants de tomates, géranium, romarin.
Entre copines noix, amandes, endives
Même les chiens de race y salivent.
Au Carrefour des quatre voies, le quartier prend racine
On y vient sans grise mine
Se réchauffer quand il fait froid.
Etranger, tu t’y sentirais chez toi !
Ce lieu convivial et d’amitié
Endroit de résistance à la modernité
Où l’humain et le lien est protégé
Comme une réserve naturelle commerçante.
Comme les croissants et les brioches sentent !
On fait la queue pour les voir s’affairer
La Maryse présente, souriante aux gestes précis
Pour chaque client des détails se soucie.
Mamie à la caisse, l’institution, connait son monde
Toute une vie à calculer le prix des tickets
Elle ne perd pas une seconde
Te rend la monnaie au centime près.
La minerve raide, la main attrape le pain
De sa place elle aide, le petit sourire en coin.
Le père, le fils et l’essaim d’amis amènent
Par va et vient, des cartons sans répit.
Une vie de franchise et de privation
Quinze jours par an de vacation.
Les Dupuch, c’est eux qui font le quartier
Et c’est les gens qui les font.
Mais tout ça s’est terminé
L’amère affaire juteuse, la juste récompense
D’un travail familial, honnête, collectif, immense.
La fin du pacte
Et des générations plus tard, l’impact.
Tout se tient dans la vie
Les hommes, la nature et le temps qui nous lie
Et bientôt à la place de l’épicerie
Des parkings, du béton, des maisons rétrécies
Abandonnant les habitants à leur triste sort
Dans l’hôtel-restaurant, le cuistot est mort.
Elle gagne du terrain, la jungle urbaine
L’animal traqué hurle sa peine
Ce n’est pas un chant
Mon enfant
C’est l’arrachement du cœur
Il le savait qu’ainsi cela finirait
Que viendrait sa dernière heure
Le prédateur des brumes
Il viendra nous hanter
Nous voler dans les plumes
Il est toujours parmi nous
Le loup de Canteloup.
LRP
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