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🤦‍♂️💀☠4 - La complainte des condamnés

le vendredi 08 février 2019, à 21:04. Posté par FRANCOIS






    Avant d'entreprendre l'inauguration de cette imprévisible ,

    versification qui m'a subordonné à de multiples questions,

    ayant fortement convulsé ma conscience, j'ai mûrement

    réfléchi, pendant de très longues heures, avant de me

    lancer dans la rédaction de ce texte.






    Bien entendu, je ne pouvais chloroformer les impulsions vives

    et claironnantes, qui fustigeaient désagréablement mon esprit,

    aussi ai-je décidé de saisir ma plume, quitte à déplaire à ces

    grenouilles de bénitier, à ces intelligences bien pensantes, qui

    courbent l'échine, en absorbant sottement les jugements

    étriqués, sans changer une virgule aux conformités imposées

    par la majorité.





    Les événements tragiques, que je vais alléguer, ne sont pas

    répertoriés dans un roman de science-fiction, non ils se sont

    effectivement déroulés, bien souvent dans le désespoir et la

    douleur, même si cette surprenante odyssée prélude la nuit

    des temps.




    En effet, les faits remontent au vendredi vingt-sept mai mille

    neuf cent vingt-et-un, jour de la publication des règles régissant

    le code de la route en France, néanmoins cette date coïncide

    avec une toute autre conjoncture, du fait qu'elle annonce une

    naissance dans la modeste ville de Saint-Joseph, située sur les

    rives du lac Michigan



    Le jeune trublion, dont je vais évoquer l'histoire, avait un avenir

    prometteur, il aurait pu trôner au panthéon des illustres auteurs

    américains, et côtoyer l'immortalité, comme Mark Twain, Ernest

    Hemingway, Jack London ou Tennessee Williams..., cependant

    il fut comme son père un éclopé du crash boursier de New-York,

    qui, du jeudi vingt-quatre au mardi vingt-neuf octobre mille-neuf

    cent-vingt-neuf, détruisit des millions de foyers américains.



    Cette effroyable Grande Dépression signifiait la faillite, le

    marasme incontestable de la doctrine libérale, non seulement

    elle engendra la chute vertigineuse de la valeur des actions,

    mais elle instaura un climat de défiance et de violence, un

    ouragan d'angoisse et de panique, ce qui déclencha la

    fermeture d'innombrables entreprises, ainsi que des

    licenciements considérables et une perte incalculable d'emplois.




    L'orthodoxie économique ne connaît aucune complaisance, et

    toute baisse de la demande impacte la production, et maints

    descendants de l'oncle Sam se sont retrouvé à la rue, sans

    logement, et ont dû faire appel aux associations caritatives et

    souscrire à n'importe quelle besogne.




    Ne supportant plus cette existence pitoyable et misérable, notre

    casse-cou grimpe allègrement les divers marches de l'escalier

    de la concussion, mais le papillon fougueux finit par se brûler les

    ailes, et dès l'âge de quinze ans, il est confié à un centre de

    redressement, dont les méthodes musclées et les traitements

    de choc forgent un caractère endurci et aguerri.




    A sa sortie, le dévoyé averti se métamorphose en un truand

    notoire,qui n'hésite plus à se mesurer à des gibiers d'un autre

    calibre, il dévalise les maisons de tolérance, moleste des

    individus, dont la profession consiste à investir de fortes

    sommes d'argent sur des événements essentiellement sportifs.




    Toutefois ces preneurs de paris sont souvent contrôlés et

    protégés par des agents de l'ordre véreux et gangrenés par la

    corruption, si bien que la rétorsion mobilise tout cet univers

    vénal, et l'arrestation du soit disant bandit à la lumière rouge

    s'effectue lors de la fameuse poursuite du vendredi vingt-trois

    janvier mille neuf-cent quarante-huit.




    L'hypothétique damnable, Caryl Whittier Chessman, escorté par

    son complice David Knowles est appréhendé au bord de sa

    Ford T de couleur grise, véhicule dérobé deux heures avant le

    cambriolage d'une boutique de vêtements




    L'imprudent souriceau a trop joué avec la chance, il est aussitôt

    capturé et est jeté dans une ratière sans issue, dont il ne pourra

    plus s'évader, il doit endosser les terribles châtiments, que la

    législation pénale de Californie lui réserve suite à l'affaire du

    ravissement de l'enfant du célèbre aviateur Lindbergh.




    Le kidnapping est considéré comme un crime fédéral,

    sanctionné par la peine capitale, surtout si l'enlèvement a

    occasionné de graves lésions physiques, en outre Caryl

    Chessman ne peut plus bénéficier de circonstances

    atténuantes, car lors de son arrestation, il était en liberté

    conditionnelle après avoir purgé une condamnation à la

    Prison d'État de Folsom près de Sacramento.




    L'épouvantable punition est fixée au trois juillet mille-neuf

    quarante-hui, et il sera transféré dans un sanctuaire consacré

    à l'anéantissement, une géhenne infernale, qui vous engloutit

    pour l'éternité : l'inoubliable ergastule de San-Quentin, installée

    dans le Comté de Saint Marin, au Nord de San-Francisco.




    Il est enfermé au cinquième étage, dans un réduit privé

    de fenêtre,d'une superficie plus que superfétatoire, dans une

    cellule, qui deviendra célèbres sous le numéro deux mille quatre

    cent cinquante cinq, suite à la publication d'un livre reconnu,

    fort dérangeant pour les autorités carcérales.



    Il faut ajouter, que Caryl Chessman n'a pas été secouru par les

    événements, effectivement la période de sa claustration talonne

    à une faible encablure l'affaire du Dahlia Noir, hétéronyme

    d'Elizabeth Ann Short, dont le corps, affreusement mutilé, fut

    disséqué en deux parties au niveau au niveau de l'abdomen,

    après avoir été sauvagement torturé et vidé de son sang.




    La découverte de son cadavre, au matin du mercredi quinze

    janvier mille-neuf-cent-quarante, choqua, et révolta l'opinion

    publique américaine, si bien que l'omnipotent John Edgar

    Hoover, premier directeur du F.B.I., traduit en français par

    Bureau Fédéral d'Enquêtes, depuis sa nomination le vingt

    deux mars mille-neuf-cent trente-cinq, se fit le porte parole

    de la répression.




    Auparavant, ce singulier et puissant personnage s'était distingué

    le dix mai mille-neuf-vingt-quatre, date de son intronisation par

    le président Calvin Coolidge au poste de chef suprême du

    service de la justice, le Bureau of Investigation, institution

    antérieure au F.B.I., qui fut portée sur les fonts baptismaux

    le vingt-six juillet mille-neuf-cent-huit, par un descendant de

    la famille de Napoléon premier, connu sous l'appellation de

    Charles Joseph Bonaparte-Patterson.




    Caryl Chessman ne se laisse pas impressionner par la devise

    "fidélité, bravoure et intégrité", ciselée depuis le premier janvier

    mille-neuf-cent-quarante-et-un, sur le sceau imaginé par

    l'illustrateur Léo Joseph Gauthier, car dès le trois juillet

    mille-neuf-cent-quarante-huit, il mène une rigoureuse croisade

    pour sa survie.




    Le réquisitoire présenté par le putatif déséquilibré libidinal,

    inapte à canaliser ses pulsions charnelles, bien qu'il soit établi

    sur des prétextes et des confessions répétées d'innocence et

    des déclarations d'ingénuité sont balayés par les raisonnements

    rationnels du magistrat.




    Comment neutraliser les irrépréhensibles dépositions effectuées

    par les deux principales accusatrices : Régina Johnson et Mary

    Alice Meza, dont on annoncera plus tard, peut-être à tort, qu'elle

    était frappée d'une psychose schizophrénique, dès l'âge de

    douze ans,.




    Un paramètre primordial avait facilité son identification,

    l'éminente cassure de son appareil olfactif, pénible héritage,

    qu'un malheureux accident de la route lui avait légué en

    mille-neuf-cent-vingt-neuf, calamité,qui avait occasionné la

    paralysie définitive de sa mère chérie : Hallie Lillian née Cottle.




    Attendu que l'avocat désigné d'office se montre d'une

    incompétence absolue, et que son sommier procédurier

    s'avère extrêmement étoffé, le prévenu doit prendre son destin

    en mains, face à un redoutable adversaire, le substitut du

    procureur, un certain J. Miller Leavy.





    Rien ne lui sera épargné, car par exécrable infortune, l'audience

    est orchestrée par un effroyable élagueur de têtes, le juge

    Charles Fricke, notabilité légendaire quant au nombre

    d'exécutions capitales, qu'il a comptabilisé au cours de sa

    fructueuse carrière.




    Pendant onze ans, dix mois et sept jours, Caryl Chessman,

    taxable de dix-sept méfaits de complexions hétéroclites,

    sacrilèges fondamentaux suscitant une appréhension accrue

    dans la population, dont deux punissables de la sanction

    suprême, introduit lors de son incarcération une cinquantaine

    d'appels, qui auront obtenu huit sursis.



    Cependant, malgré une plaidoirie fantastique, et deux mille

    changements dans le texte original des minutes, suite à de

    multiples passages approximatifs, truffés d'inexactitudes, de

    mots manquants dans les transcriptions sténographiques, son

    sort est décidé le lundi deux mai mille-neuf-cent-soixante.




    Le triste épilogue de cette tragique histoire s'anéantit dans

    la catégorie des expectatives hitchcockiennes, car Georges

    Davis et Rosalie Asher, les infatigables intercesseurs de Caryl

    étaient parvenu contre vents et marrées à décrocher une

    neuvième prorogation étayée d'arguments sérieux présentant

    un comparse baptisé Charles Terranova, comme étant le

    fameux brigand à la lumière rouge.




    Lorsque le destin s'acharne, et qu'une mauvaise étoile vous

    accompagne, une malencontreuse numérotation téléphonique,

    de la ligne directe reliant le cabinet de Louis Earl Goodman,

    juge fédéral à la Cour du Tribunal du District Nord de Californie

    au bureau du responsable de la prison de San Quentin, ne fit

    pas parvenir à temps la décision d'ajournement de l'assassinat,

    puisque le mécanisme d'extermination avait été amorcé un

    quarteron de secondes au préalable.





    Le fourvoiement humain est compréhensible et pardonnable,

    cependant la secrétaire Céleste Hickey, qui avait composé

    un faux numéro devait mesurer toute la grave étendue de

    sa regrettable erreur.






    Non, rassérénez-vous, je ne suis ni devin, ni médium, étant

    donné que j'ai entrepris d'incessantes recherches, afin de

    débusquer quelques articles de presse poussiéreux, trop

    souvent émaciés, relatant avec impartialité, franchise et

    exactitude ce douloureux dilemme.





    Il est dit, que Caryl Chessman, vêtu d'une chemise blanche

    s'était adressé une ultime fois à Fred R. Dickson, dirigeant

    du pénitencier de San Quentin, en proclamant son innocuité

    d'une voix ferme et assurée, vu que le mensonge n'est d'aucune

    utilité, quand la messe est dite et que la situation ne peut plus

    être remise en cause.





    Les treize pas conduisant à l'alcôve du repos éternel sont

    accomplis dans un silence religieux, si bien qu'aux environs

    de dix heures, selon le fuseau horaire californien, escorté de

    quatre gardiens, il pénétra dans le réduit, où ses mains et ses

    pieds furent solidement attachés à un fauteuil.




    Un déferlement d'anonymes me voueront aux gémonies, mais je

    ne puis trahir sa souvenance, en ne vous m'abordant pas le

    sujet de cette chambre à gaz. un étroite cabine, de couleur

    vert-pomme, de forme octogonale, ceinturée de parois

    métalliques, percée de grandes fenêtres blindées permettant

    à une soixantaine d'observateurs d'assister à ce désolant

    'spectacle.





    Les processus techniques élaborés par les Etats-Unis sont

    rarement déficients, car aussitôt des comprimés de cyanure

    de potassium se désagrégèrent dans un récipient d'acide

    sulfurique, placé au-dessous du siège, si bien que cet

    harmonieux mélange produisit des gaz délétères, dont le

    subtil parfum avoisine les odeurs d'amande amère et de fleurs

    de pêcher, qui vous agressent sauvagement les narines.





    Bien qu'elle eût suivi scrupuleusement les consignes du

    directeur de prison pour adoucir ses souffrances, l'agonie

    de Caryl Chessman atteignit un peu plus de huit minutes,

    certes, il disparut dans la dignité, mais sa tête accomplit un

    macabre ballet, sa bouche grande ouverte ne peut retenir un

    cri étouffé, et ses yeux s'embuèrent de larmes, voilà la divine

    justice des hommes avait fini par triompher.







    -----------------------------1------------------------------------


    L’âpre sévérité nous | griffe d’un coup de racloir.

    La barbarie cave nos | cœurs d’un éclat de jabloir.

    La cruauté arbore | nos restes sur un fichoir,

    Aux bras d’une nomade, | fleur fragile de trottoir.


    -----------------------------2--------------------------------------


    Pourtant, des germes féconds, | des grains riches en espoir,

    Avaient rondement empli | ou gorgé plus d’un semoir,

    Mais les folles paroles | d’un réputé ange noir

    Ne sont que des fourberies | confuses à concevoir.


    ------------------------------------3---------------------------------------


    Quel fait, une˽ indocile | paralysie peut valoir ?

    Quand un sort pernicieux| et fétide peut échoir,

    Que le hasard vous pousse| dans un vilain avaloir,

    Et vous soustrait du chemin | de l’honneur et du devoir.


    ----------------------------------4----------------------------------------


    Le dédain pulvérise| nos ardeurs dans un fouloir,

    Mine˽ et brûle nos ferveurs | par le labeur d’un rifloir.

    Constamment, elle nous troue | par clou, poinçon ou perçoir,

    Elle nous noie dans un lac, | nous défend de nous mouvoir.


    ----------------------------5-----------------------------------------


    Cet anéantissement | est plus fatal qu’un suçoir.

    Ce châtiment engourdit | l’emploi des mots du terroir,

    Car le destin nous exclue, | nous retire du parloir,

    Des aveux, des tréfonds et | confidences du boudoir.


    -------------------------------6---------------------------------------


    Oui, du repos éternel, | nous guettons le bon vouloir,

    Car la vie nous a jeté | en ce sépulcral couloir,

    Pour l’homélie finale| dans cet ultime˽ abattoir,

    Elle taira nos peurs et | nos pleurs sous un éteignoir.


    -------------------------------7-------------------------------------


    Elle nous a englouti | dans le secret d’un tiroir.

    Mais, nos esprits briseront | l’opacité du miroir.

    Pour hurler de conserve | ce déchirant au revoir,

    Qui fuira dans les brumes | étincelantes du soir.




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